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Groupe Takhout

Date de création: 14-05-2020 17:36
Dernière mise à jour: 14-05-2020 17:36
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ECONOMIE- ENQUETES ET REPORTAGES- GROUPE TAKHOUT

 

Mystérieuse et fulgurante ascension d’un empire

 

©  Abla Chérif

/Le Soir dAlgérie, jeudi 14 mai 2020


Mahieddine Tahkout comparaîtra devant de tribunal de Sidi-M’hamed durant la seconde semaine du mois de juin prochain. L’homme d’affaires est poursuivi pour des faits qui risquent de surprendre grandement l’opinion.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Son ascension fulgurante dans le monde des affaires laisse sans voix. L’aventure de Tahkout commence en 1984 avec la mise sur pied d’une petite société spécialisée dans la fabrication de chaussures. Elle porte son nom et ses deux frères y sont associés. L’entreprise prospère et ne semble se heurter à aucun problème particulier, mais l’aîné de la fratrie ne s’en suffit pas et décide d’aller de l’avant. En 1986, il monte une seconde société spécialisée cette fois dans les ventes et achats de pièces détachées. Trois ans passent (nous sommes en 1989), et cette fois c’est une société de transport public qui voit le jour. Les premiers bus privés de Mahieddine Tahkout desservent les lignes est de la capitale. Le transport s’effectue de Réghaïa vers Rouiba puis, progressivement, vers Alger. Puis le rythme s’accélère. Très vite, et sans que l’on sache alors comment, les entreprises en son nom se multiplient.
Des sources bien au fait de ce dossier affirment que l’homme d’affaires parvient à monter pas moins de dix-huit entreprises entre 1989 et 2000. Il investit tous les domaines possibles et imaginables. Une énumération des secteurs d’activité auxquels il a touché permet de mieux cerner la situation : ses sociétés sont versées dans les activités commerciales, industrielles, de transport de voyageurs, transport de marchandises, location de véhicules, société de gardiennage, l’industrie plastique et pharmaceutique, la concession automobile...
Une partie de l’empire Tahkout s’est mise en place. Entre 2013 et 2014, il décide d’entrer dans la cour des grands et procède au rachat de la chaîne de télévision privée de droit suisse Numidia News (qui devient Numidia TV) à un particulier. Mahieddine incarne alors l’image d’un homme d’affaires puissant qui loue un jet privé à une société d’aviation américaine, 16 000 dollars le mois. Officiellement, l’avion se trouve au service de la TMC (Tahkout Manufacturing Company). Lors de leur déplacement, ses frères et son fils l’utilisent naturellement aussi. Ses activités, l’essor qu’elles connaissent, la multiplication des domaines dans lesquels il agit, attirent, à différents moments, l’attention des services compétents, des rapports signalant des irrégularités sont transmis aux autorités mais ils restent sans suite.
Les affaires de Tahkout s’étendent. En 2016, il fait partie des hommes d’affaires qui postulent pour un projet d’investissement. Il se veut être le représentant officiel de la marque automobile Hyundai. Le dossier qu’il présente est incomplet, mais il est accepté par la Commission d’évaluation technique (CET) du ministère de l’Industrie et des Mines. Abdeslam Bouchouareb est alors aux commandes. Les éléments recueillis durant les enquêtes ayant précédé son inculpation dans cette affaire attestent que ce dernier a perçu des pots-de-vin conséquents en échange de son appui. Son dossier passe ensuite auprès du Conseil national de l’investissement (CNI), présidé par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui approuve à son tour.
L’accord est donné en décembre 2016. Cinq mois plus tard, Ahmed Ouyahia lui succède. Il signe le fameux décret 344-17 qui accorde aux hommes d’affaires une année entière pour compléter leurs dossiers. Durant les procès de l’automobile où il a comparu, l’ancien chef de gouvernement a tenté de se disculper en expliquant que la signature de ce décret était une décision du gouvernement entier, et que rien ne se faisait sans l’accord de la présidence de la République.
Dans l’affaire Tahkout, Ouyahia a été inculpé sur la base de preuves attestant qu’il aurait lui aussi reçu des pots-de-vin en échange des facilités accordées à l’homme d’affaires. Il est également poursuivi pour déclarations mensongères et blanchiment d’argent puisqu’une partie de cet argent a été transférée à l’étranger de manière irrégulière. Tahkout, que la rumeur fait passer comme étant très proche de Ouyahia, obtient tous les avantages cités dans les dispositions de loi sur les investissements.
Un terrain de 24,76 hectares situé à Tiaret lui est octroyé. Six hectares de l’assiette foncière sont occupés par la bâtisse de la société nationale Sonitex. Des sources bien informées indiquent que le coût du projet est évalué à 42119 milliards de centimes, dont 70% convertibles en devises. Cette nouvelle affaire lui permet d’étendre ses biens. Il est désormais propriétaire de quatre maisons en France, à Nice et Nîmes.
Le 11 juin dernier, Mahieddine Tahkout est arrêté et incarcéré pour corruption et obtention illégale d’avantages ayant porté préjudice au Trésor public. Ses deux frères et son fils sont également placés sous mandat de dépôt. Seïf Eddine Tahkout (son fils) bénéficie cependant d’une remise en liberté provisoire quelque temps après. Les deux anciens chefs de gouvernement et plusieurs ex-ministres comparaîtront eux aussi durant le procès.
Seront jugés, Abdeslam Bouchouareb (en fuite), Abdelmalek Sellal également (accusé d’avoir perçu des pots-de-vins dans cette affaire), Youcef Yousfi, Abdelghani Zaâlane, Djamel Khanfar, ancien wali d’El-Bayadh et Amar Ghoul. L’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, a été également inculpé dans cette affaire, son dossier a cependant été transféré au tribunal de Tipaza juridiction compétente pour les faits le concernant.