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Khelifi Ahmed

Date de création: 26-04-2020 17:00
Dernière mise à jour: 26-04-2020 17:00
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CULTURE- MUSIQUE- KHELIFI AHMED

Surnommé le chanteur de la steppe, Khelifi Ahmed est le plus célèbre interprète du genre bédoui. Avec sa voix puissante et chatoyante, il a incarné à lui seul pendant près d’un demi-siècle le genre Ayèye Ayèye, cette forme musicale typiquement algérienne.

Khelifi Ahmed a interprété les grands poètes du melhoune, tels Mohamed Ben Guittoun de Sidi Khaled, Cheikh Smati d’Ouled Djellal, Abdellah Ben Keriou de Laghouat et Aissa Ben Allal de Ksar Chellala

Chantre de la musique bédouine, il garde sur scène son apparat du passé avec son burnous et ses chaussures typiques de sa région steppique. Il incarnera durant près d’un demi-siècle ce genre bédoui caractérisé par des vocalises sur les deux syllabes «Ayèye-Ayèye» accompagnées des complaintes du couple guesba-bendir interprété par ses fidèles compagnons, Saad et Kaddour, à la flûte et Dahmani à la percussion. Khelifi Ahmed, de son vrai nom Ahmed Abbas Ben Aïssa, est né en 1921 à Sidi Khaled dans la wilaya de Biskra. Issu d’une famille paysanne aisée des Ziban et propriétaire d’une palmeraie.

 

Instruit à l’école coranique, le jeune homme est initié au chant et à la poésie populaire par son oncle maternel Hadj Ben Khelifa, meddah (conteur public), un des plus anciens chanteurs du genre saharien qui avait, en 1933, enregistré avec grand succès chez Anouar et Bachir Essaïssi en Tunisie une chanson sur l’héroïne de Mohamed Ben Guittoun, Haïziya. Il introduisit son neveu dans la chorale de la confrérie Rahmania qu’il dirigeait et lui permit de participer aux soirées qu’il animait dans la région de Messaâd et Biskra et cela jusqu’en 1939. C’est le nom de son oncle qu’Ahmed Abbas Ben Aïssa va prendre pour nom de scène, «Khelifi Ahmed». 

 À la suite d'une période de sécheresse de plusieurs années ayant entraîné la ruine de la famille et la vente du patrimoine, le jeune Khelifi, réduit à la misère, émigra en 1941 et se réfugia chez une de ses sœurs à Ksar Chellala. Là, il fit une rencontre décisive, celle de Djerbi, menuisier de son état, qui l’engagea comme apprenti et le fit vivre au milieu de sa famille. Un des fils, joueur de mandoline, l’entraîna, en raison de ses dispositions pour le chant, dans les soirées intimes que les jeunes organisaient dans la région, développant ainsi son goût pour la musique. C’est dans cette famille qu’il viendra prendre femme, plus tard, en 1951. En 1943, Khelifi Ahmed monte à Alger, recommandé auprès d’un religieux, conservateur de la mosquée de Sidi M’Hamed à Belouizdad, qu’'il assistera lors de la réception des pèlerins et participant toujours aux soirées de Med’h, lors des fêtes et cérémonies religieuses. Boudali Safir, directeur artistique de Radio-Alger, instruit du talent du jeune homme, lui fait appel, en 1947, afin de lui confier l’orchestre bédouin qu’il avait créé. Khelifi fait sa première émission avec Ahmed Ababsa au piano et, lors des émissions suivantes, il s’adjoint un ami qu’il connut lors des quatre années passées à Sidi M’Hamed, Sid Ali Touil, bon luthiste et connaisseur du Med’h.

 C’est en 1949 que Khelifi se lance dans la musique typique du Sud avec l’emploi des flûtes et son fameux «Ayèye Ayèye». Cette année-là, il entame une tournée en Algérie avec la troupe d’Abdelhalim Raïs. Malheureusement pour lui, cette tournée fût interrompue à Annaba sur ordre de l’administration coloniale. Khelifi Ahmed se réfugie à Constantine auprès de la confrérie Kettania. En 1952, il collabore à l’émission «Min koul féne chouiya» de Mohamed El Habib Hachelaf. Il enrichit son répertoire et certaines de ses interprétations des poèmes des maîtres du passé connaissent un grand succès, tout particulièrement «Guelbi tfekkar ourban rahalla» de Cheikh Aïssa Ben Allal. Il participe également à une émission voisine «Badawi Âsri» qui était une tentative de modernisation du genre saharien, animée par Rahab Tahar et à laquelle participe également un orchestre moderne sous la direction de Mustapha Skandrani. Khelifi Ahmed devient, dès l’indépendance, une vedette très courtisée par les médias, s’imposant comme le maître incontesté du «Ayèye Ayèye».

 En 1966 il reçoit le Prix de la chanson traditionnelle pour la maîtrise parfaite et l’interprétation superbe d’une œuvre très connue, «Qamr Ellil» d’Abdellah Benkerriou. Il participe à la semaine culturelle algérienne à Paris en 1972 ainsi qu’à plusieurs représentations à travers le monde arabe. Le maître décroche des distinctions des hautes autorités des Etats visités, ainsi que des institutions spécialisées en matière de préservation et de développement du patrimoine populaire. À partir de 1989, Khelifi Ahmed se retire de la scène artistique après avoir participé à la première semaine culturelle organisée en Arabie Saoudite en décembre 1987, ainsi qu’à une grande tournée artistique organisée au Maroc en juillet 1988. Dans le cadre de la manifestation «Alger, capitale de la culture arabe en 2007», le ministère de la Culture lui consacre un coffret de dix CD ainsi qu’un livre reproduisant la plupart des œuvres qui ont fait sa célébrité. Cette publication a été conçue et réalisée par Abdelkader Bendamèche et organise un hommage à la salle Ibn Khaldoun à Alger le 15 décembre 2011 en reconnaissance à la dimension de sa personnalité et pour son apport au patrimoine immatériel national algérien. Éternel défenseur des valeurs anciennes, Kelifi Ahmed se définit comme le «Palmier du cœur de l’Algérie».

Il est décédé le 18 mars 2012 à Alger laissant derrière lui un riche héritage.