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Roman Fawaz Hussain- "Les Kurdes aussi savent rêver"

Date de création: 04-03-2020 19:12
Dernière mise à jour: 04-03-2020 19:12
Lu: 79 fois


POPULATION – BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN FAWAZ HUSSAIN- « LES KURDES AUSSI SAVENT RÊVER »

LES KURDES AUSSI SAVENT RÊVER. Roman de Fawaz Hussain. Editions Frantz Fanon, Tizi Ouzou, 2019, 187 pages, 600 dinars

Quatre jeunes kurdes, vivant dans un pays écartelé entre Syrie, Iran Turquie et Irak, vivant…… la tête pleine de rêves…..rêves de liberté, de fortune et d’amour. Objectif : L’Europe et, surtout, Paris, la ville –lumières.

On a donc Sino, de Kotiya, au  Kurdistan turc…..Grand lecteur du Prince de Machiavel, fils d’un mollah ( imam) défroqué  qui tire le diable par la queue mais qui, en « fabriquant » des amulettes, arrive à (bien ) s’en sortir et accepte, le gamin ayant décroché son bac, de le laisser partir…..avec le secret espoir , bien sûr , de le voir revenir au pays au volant d’une belle voiture..et, peut-être même demander en mariage une jouvencelle de la région issue d’une famille aisée et noble.

Il y a Dara, de Taliké, au Kurdistan irakien…..Fils unique de la famille, né le 6 mars 1975, le même jour de l’Accord d’Alger qui avait mis fin aux hostilités entre l’Iran et l’Irak et à la révolte kurde.

Il y a Sherko, de Mahabad, au Kurdistan iranien……Né le 1er février , l’année de retour de Khomeini en Iran après quinze ans d’exil. Il voulait mettre fin à une vue dépourvue de sens et il aspirait à vivre heureux « non comme un poisson dans l’eau , mais plutôt comme un toutou choyé dans un appartement somptueux de Paris »

Il y a , enfin , Rustemé Zal, né en Syrie. Marié et père d’enfants qui le comblaient de joie….il ne supportait pas d’être privé de ses droits civiques et d’être considéré comme un étranger sur le sol où lui et ses ancêtres avaient vu le jour

Tous les quatre ont le même passeur (un métier florissant avec ses rabatteurs!) et  empruntent la même filière mise en place par la même organisation

Pour tout bagages (selon les consignes strictes du passeur !) un maillot de corps, un caleçon, une paire de chaussettes, une chemise de rechange et une trousse contenant le strict minimum pour se raser devant un bout de miroir cassé……et donner une apparence de propreté à son arrivée.

Paris, enfin ! D’autres tracasseries…administratives, surtout pour obtenir le statut de réfugié politique……Quatre aventures humaines douloureuses, émouvantes, avec leurs espoirs de lendemains meilleurs, de rêves inaboutis…..Quatre autres histoires qui se croisent mais qui ne se ressemblent pas …..avec trois échecs –des décès - et une seule réussite……celle du mieux armé (bachelier et connaisseur de Machiavel……devenu « croque-mort », spécialisé dans les inhumations et les rapatriements des corps de ses compatriotes)….Moralité : l’exil n’est jamais doré pour les damnés. Il est bien souvent mortel !

L’Auteur : Ecrivain et traducteur kurde. Né en Syrie en 1953...... études à la Sorbonne (1978-1992), docteur en langue et littérature française (1988). Auteur d’une dizaine de romans en français. Traducteur du français au kurde (Camus, Saint Exupéry...)  et du kurde au français (auteurs kurdophones)

Extraits :  « Dans la région, et dans tout le monde musulman, quand on se projetait dans l’avenir et qu’on voulait augmenter ses chances de réussite, on implorait systématiquement l’assistance du Créateur des Deux mondes et on se plaçait sous sa protection » (pp 29-30), « Cette terre qui n’avait connu que des dictatures violentes dispersait ses habitants aux quatre vents pour y chercher une vie meilleure » (p 43), « Toutes les raisons étaient bonnes pour obtenir l’asile politique et les permis de séjour et de travail. Des Egyptiens, musulmans depuis des dizaines de générations , prétendaient être des chrétiens coptes qui fuyaient la terreur exercée contre eux par les Frères musulmans. Des Mauritaniens alléguaient fuir l’esclavage que leur imposaient les chefs religieux et les seigneurs féodaux comme si l’on vivait encore au Moyen Âge et non au troisième millénaire !Des pères de famille, qui avaient laissé au pays des nuées de marmots, se disaient homosexuels et donc très mal vus dans les sociétés arabo-musulmanes » (p 105)

 Avis :Un roman certes mais , à travers lui  le récit de la « harga » kurde......une région écartelée et écrasée  par les dictatures nationalistes et des populations écrasées par la misère.....et une Europe idéalisée pas si accueillante que ça !

Citations : « Comme le dit un adage kurde, à la racine de chaque poil de sa barbe, il y a un démon accroupi » (p 24), « Dans l’islam, le monde entier tournait autour du trou de la femme et de la membrane fragile qui le couvrait. La femme aux droits bafoués et qu’on méprisait tant dans la vie ici-bas était l’ultime récompense dans l’au-delà, la paradis promis aux fidèles de la foi mohammadienne était avant tout connu pour ses vierges » (p 126)