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Presse quotidienne- Titre tamazight- Tighremt

Date de création: 04-03-2020 18:58
Dernière mise à jour: 04-03-2020 18:58
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COMMUNICATION- PRESSE- PRESSE QUOTIDIENNE- TITRE TAMAZIGHT- TIGHREMT

La presse écrite algérienne vient d’accueillir un nouveau-né médiatique : Tighremt (la Cité en kabyle). Tighremt prend le pari risqué de se faire une place dans le climat hostile du paysage médiatique national. Le défi est d’autant plus osé qu’il s’agit du tout premier quotidien national en tamazight.

L’équipe a installé le siège de sa rédaction nationale dans la ville de Béjaïa et a produit hier le numéro 1 du quotidien. Mais l’aventure a commencé avec le numéro zéro, tiré à 3000 exemplaires, le samedi dernier, 22 février. «Nous avons voulu marquer le double événements du premier anniversaire du hirak et la journée internationale de la langue maternelle», nous dit Djamel Ikhloufi, qui forme avec Yacine Zidane la paire de la rédaction en chef. Le titre est issu d’un cahier bihebdomadaire puis hebdomadaire qui a compté, depuis 2015, 550 numéros insérés dans le quotidien La Cité de Fodil Mezali.

En janvier 2016, il est passé mensuel et n’a résisté qu’une année avant de céder sous le poids de difficultés assassines. Revenir, malgré tout, et sous la forme d’un quotidien, est révélateur d’une détermination de fer à offrir à tamazight son propre journal. «Lorsqu’on se dit être dans un pays amazigh et où tamazight est devenue langue officielle, il faut donner à celle-ci sa chance.

Elle, aussi, a droit à son média», nous dit Fodil Mezali qui a dû batailler pour avoir l’agrément. «Je me bats depuis huit ans pour avoir un journal en tamazight», nous confie celui qui a été co-fondateur, en septembre 1991, du journal Le Matin, disparu en 2005, et fondateur du journal La Cité qui survit difficilement faute de manne publicitaire. «La Cité n’a pas de siège. Je fait le journal chez moi», confie-t-il encore. «Cette fois-ci, j’ai demandé à voir le ministre. Et puisque j’ai l’agrément, je me lance», ajoute l’ancien porte-parole du collectif d’Alger républicain. Il a dû emprunter de l’argent pour sa nouvelle aventure médiatique qui ne manque pourtant pas de risque.

C’est que Fodil Mezali considère que «toute offre crée sa propre demande» bien que la problématique du lectorat amazighophone se pose. Mais, il est attendu de celui-ci d’adopter le premier quotidien national qui lui parle dans sa langue maternelle. «Akken ur iderru ara wayen yedran akked Alger républicain, L’Opinion, Algérie-actualité, le Nouvel Hebdo akked l’Hebdo libéré, ilaq-agh ad nefru snat n temsal : tamsalt n yimeghriyen akked tin n udellel. Ghef tamsalt n yimeghriyen sin n yisteqsiyen : anwa i yeqqaren Tamazight, deg wanta tamnadt i tt-qqaren bigher Tamurt n leqbayel ?» écrit Fodil Mezali dans l’édito du n°0.

Traduction : «Pour qu’on ne revive pas l’expérience d’Alger républicain, de L’Opinion, d’Algérie-actualité, du Nouvel Hebdo et de l’Hebdo libéré, il nous faut régler deux questions : la question des lecteurs et celle de la publicité. Au sujet des lecteurs, deux questions : qui lit tamazight, dans quelle région la lit-on en dehors de la Kabylie ?».

Pour lui, l’urgent ce n’est pas la quête du lectorat, mais «d asebded n ughmis s tutlayt 3zizen ghef Dda Lmulud at M3emmer !» (C’est la mise sur pied d’un journal avec la langue chère à Dda Lmouloud At Mâamer).

De premières expériences ont mis dans les kiosques, au début des années 90’, des journaux d’expression kabyle dont ceux ayant servi d’organes des partis politiques du FFS (Amaynut) et du RCD (Asalu). Deux titres qui n’ont pas fait long feu, disparus plus rapidement que Tamurt qui a résisté quelques années sous la forme d’un cahier dans les pages centrales de l’hebdomadaire Le pays, ou encore la revue Izuran.

Edités avec les caractères latins, ces journaux étaient l’émanation d’un engagement militant pour la cause identitaire qui n’était pas dans les pages en tamazight des journaux étatiques El Moudjahid, Echaab et El Massa. «Tamazight était un simple enjoliveur», estime Yacine Zidane, également inspecteur de tamazight dans l’Education nationale.

Les pouvoirs publics n’ont pas accédé à la demande de financer sur fonds publics un journal d’expression exclusivement amazighe. Pour seule concession, on a mis en place, en mai 2015, une édition amazighe de l’APS, l’agence officielle. Après l’expérience du quotidien Le Matin, La Dépêche de Kabylie dispose aussi d’un cahier hebdomadaire en tamazight.

Y a-t-il des enseignements à tirer de toutes ces expériences pour permettre une longue vie à Tighremt ? L’équipe du nouveau-né est convaincue qu’un lectorat s’est formé depuis l’introduction de tamazight dans le système éducatif et universitaire. «Le lectorat n’est plus un problème, tout dépend du contenu que nous offrons», répond Mohand Aït Ighil, directeur de la rédaction. Et c’est ce qui fait dire à Fodil Mezali que l’avenir est pour la presse amazighophone. «Les journaux d’expression amazighe seront les plus importants», nous dit-il. Ces journaux seront-ils portés par les contingents d’étudiants que forment les quatre départements de langue et culture amazighes du pays ?

En tout cas, à la porte 22, du bâtiment A2, à la cité 254 logements qui fait face au lycée El Hammadia, l’équipe rédactionnelle de Tighremt est à pied d’œuvre pour honorer un engagement quotidien, inaugurant un parcours qui se doit d’être le plus long possible. Bon vent.