Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Culture amazigh- Production- Hakim Hamzaoui (Entretien)

Date de création: 15-11-2019 17:37
Dernière mise à jour: 15-11-2019 17:37
Lu: 7 fois


CULTURE- ETUDES ET ANALYSES- CULTURE AMAZIGH  - PRODUCTION- HAKIM HAMZAOUI (ENTRETIEN)

(c) Hakim Hamzaoui/EL WATAN/ENTRETIEN HAFID AZZOUZI,  mercredi 13 NOVEMBRE 2019

 

Hakim Hamzaoui. Docteur en sciences de l’information et de la communication : «Les médias sont importants dans la préservation du patrimoine culturel»

 

Pouvez-vous nous parler des recommandations du colloque national sur la production culturelle amazighe que vous avez organisé à l’ENSJSI d’Alger ?

En résumé, les recommandations du colloque visent à encourager cette production par des moyens financiers et davantage de formations pour l’effectif humain. Cela pour répondre aux besoins du public. L’Etat et le secteur privé sont appelés à s’impliquer davantage dans cette action. La promotion de cette langue et culture doit être également gardée comme objectif principal pour éviter d’être utilisée à des fins idéologiques. Les participants au colloque ont relevé surtout l’importance de la problématique abordée comme ils ont émis le vœu de voir ce genre de rencontres se multiplier.

Quel est, selon vous, l’apport des médias dans la promotion de la production culturelle amazighe ?

Les médias peuvent jouer le rôle de retransmettre l’héritage culturel afin qu’il soit inscrit et présent dans la mémoire collective de la société. Les contes qui peuvent être transformés en scénarios de films, de dessins animés ou même romans sont un meilleur exemple. Les films documentaires s’inscrivent essentiellement dans cette logique. Grâce aux médias aussi, un nombre considérable de mots sont devenus connus et couramment utilisés par les gens dans la société. Certaines productions ont redonné vie à un patrimoine immatériel (proverbes, devinettes,etc.), voué à la disparition. C’est le cas pour certains mots

Certains textes pris dans des livres ou poèmes chantés sont utilisés par les enseignants de langue amazighe comme support pédagogique. On peut parler également fonction économique qui valorise la langue et la culture : c’est vrai que nous ne disposons pas de chiffres qui nous permettent de faire le point sur cet aspect, mais en tant qu’observateur qui a eu, par le passé, exercé dans les médias (journaliste à la radio Chaîne II), il est clair que ce domaine est à l’origine du déclenchement d’une dynamique de production, de vente et de consommation considérable, surtout dans quelques secteurs, comme celui du livre. Cela donne une valeur fonctionnelle à cette langue et à cette culture.

Les communications présentées lors de ce colloque ont porté sur l’entreprise, professionnels, circuits de distribution et réception de la production culturelle amazighe dans les médias, pouvez-vous nous expliquer les raisons du choix de ce thème ?

L’entreprise, professionnels, circuits de distribution et réception sont les principaux acteurs qui peuvent asseoir les fondations de cette langue en cette période de transition de l’oralité vers l’écrit. Ce sont aussi les principaux canaux d’influence. Les entreprises subissent constamment les influences du propriétaire et de la logique économique.

La logique militante est moins présente et influente dans certains cas. Heureusement que certaines maisons d’édition sont fondées par des militants et des propriétaires convaincus du combat amazigh et connaisseur de la sociologie de la réception du produit culturel et même du système politique. Les professionnels et particulièrement ceux qui travaillent dans les médias de masse ne travaillent pas dans des conditions socioprofessionnelles favorables à la création intellectuelle et artistique.

C’est pour cela qu’ils se sont inscrits plutôt dans la logique de fonctionnaire. Ce qui explique d’ailleurs le recul de la production dans certains domaines, comme celui du cinéma amazigh par rapport aux années précédentes. Sur le plan linguistique, je pense que les responsables des entreprises productrices doivent mettre en place un programme de formation continue pour une remise à niveau, étant donné que ces professionnels ne sont pas tous formés en tamazight.

Comment évaluez-vous justement la production culturelle amazighe en Algérie ?

Dans certains secteurs, la production et la consommation sont abondantes, à l’exemple de celui de la chanson. Même son effet sur la promotion de la langue et sa socialisation est considérable. Mais malheureusement, les textes retranscrits sont peu et nous perdons un nombre considérable de poèmes. Les travaux de recherches sur cette production sont également insuffisants. Dans d’autres secteurs comme celui du cinéma, elle a considérablement régressé. Cela est dû, en particulier, à la particularité de la production cinématographique qui demande beaucoup de moyens financiers et de savoir-faire.

C’est dommage pour la culture amazighe parce que le cinéma a un pouvoir «extraordinaire» de faire connaitre la culture et l’identité d’un peuple au- delà des frontières nationales. C’est le cas du cinéma indou ou chinois et d’autres après s’être industrialisés.

Dans le secteur public, les acteurs (journalistes, réalisateurs, animateurs, etc.) souffrent essentiellement de liberté de création et d’initiative. Je pense qu’on doit également profiter d’internet pour réfléchir sur la meilleure manière de faire connaître la langue et la culture amazighes et la valoriser sur le plan économique.