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Hirak - Mustapha Hamouche

Date de création: 06-11-2019 10:19
Dernière mise à jour: 06-11-2019 10:19
Lu: 2 fois


VIE POLITIQUE- OPINIONS ET POINTS DE VUE- HIRAK- MUSTAPHA HAMMOUCHE

(c) Liberté (Chronique Contre champ) /Mustapha Hammouche, lundi 4 novembre 2019

Hirak”, une révolution culturelle

Vendredi dernier, les Algériens ont manifesté pour la trente-septième fois. En ce 1er novembre, l’affluence a probablement battu tous les records.
Mais malgré la densité humaine, celui qui se laisse fondre dans le flot épais et continu de marcheurs ressent une ambiance plutôt détendue, bien qu’euphorique. Même la contraction excessive de la foule, par endroits, ne donne pas cette impression d’étouffement que l’on éprouve généralement dans ces situations. Dans les pires moments d’inconfort, le désagrément passager semble comme annihilé par l’entrain jubilatoire : la grandeur et la beauté de la cause ont un effet antalgique sur la douleur et le désagrément. Ainsi, la chaleur, la pluie, la soif, la faim et la fatigue sont sans effet sur des personnes à la santé et au moral forcément divers. Le nombre, le jour des manifestations, ajoute à l’exubérance des marcheurs. On le comprend aisément.  
L’attention mutuelle manifeste et partagée engendre un surplus d’assurance et de sérénité, en particulier chez les personnes accompagnées de leurs enfants et chez les femmes pas très habituées à une telle liberté de communication. Une sérénité bruyante et trépidante, il faut le dire.
Cette humeur conviviale entretient une tranquille mixité. On est frappé par cette cordiale coexistence entre des hommes et des femmes de tous âges dans un espace où, en d’autres circonstances, la cohabitation ne va pas sans problèmes. On se prend à rêver de ce que l’esprit du hirak se perpétue après la manifestation, puis au-delà du hirak lui-même.
Le hirak, s’il constitue en effet un prodigieux phénomène de société, ce n’est malheureusement pas la société. En tout cas pas encore. On peut en rêver ; on peut délibérer de la manière de capter cet état d’esprit et de le cultiver. Mais il n’est pas sûr d’y arriver.
Ce civisme de circonstance renseigne seulement sur le fait qu’une société de convivialité est possible, que la discourtoisie, l’individualisme, l’intolérance et la violence, aujourd’hui répandus chez nous, ne sont pas des fatalités.  Qu’est-ce qui explique alors cette résurrection civique et unitaire dans la révolution politique à laquelle on assiste ? Elle est probablement le fruit de ce que les Algériens s’attaquent à un système qui est à l’origine de la formation et de la prolifération de nos endémiques maux sociaux, un système qui cultive l’arrogance, l’accaparement, le sectarisme, le régionalisme, la violence… 
Les Algériens en insurrection s’appliquent alors à prendre le contrepied comportemental de tout ce que le système a instillé comme vices dans la société. Y compris dans la manière de conduire leur révolution : sans heurts, sans moyens, sans autorité, mais avec endurance et solidarité.
Quel que soit le retentissement politique de ce soulèvement pacifique, il faudra sûrement en évaluer un jour les retombées culturelles. Des écueils psychologiques, comme la mixité politique, le régionalisme et le sectarisme identitaire, sont tombés. Pour ces derniers archaïsmes, c’est le pouvoir qui a aidé à leur dépassement en voulant en faire des instruments de manipulation et de répression. Au moment de faire le bilan du hirak, au demeurant toujours en cours, on s’étonnera de ce qu’il aura d’abord constitué, pour les Algériens, une révolution mentale.
 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr