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Abbas Ferhat

Date de création: 03-09-2019 17:53
Dernière mise à jour: 03-09-2019 17:53
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VIE POLITIQUE- PERSONNALITES- ABBAS FERHAT

 

(c) Par Nassim Abbas, neveu de Ferhat Abbas.in Le Soir d’Algérie, mardi 3 septembre 2019.Extraits

Personnalité en vue du mouvement national et modèle républicain, cette grande figure de l’histoire de l’Algérie contemporaine nous lègue des idées et des valeurs d’un humaniste d’une grande sincérité et d’un esprit de grande envergure. Celles-ci constituent par ailleurs l’hommage à la terre qui l’a vu naître et à ses illustres aïeux qui lui ont légué des racines et des ailes. Pour rappel, Ferhat Abbas est originaire du aârch de Bouhamdoune, commune de Tassoust ; sa famille, les Bendaoui, appartient à la tribu des Béni Amrane dont les terres sont situées dans la plaine de Tassoust, à l’est de la ville de Jijel. Il fréquenta le lycée Luciani de Skikda, ex- Philippeville, puis la Fac d’Alger où il obtint son doctorat en pharmacie. Il s’installa en tant que pharmacien à Sétif et représenta la ville comme conseiller général, puis conseiller municipal, ensuite membre des Délégations financières (qui font office d’Assemblée algérienne) pendant la colonisation et comme député de Sétif et président de l’Assemblée législative constituante jusqu’à sa démission en août 1963.
Il a grandi dans le respect absolu de la foi de ses ancêtres, des coutumes de son pays natal, profondément enraciné dans les valeurs de sa famille, il a su à merveille incarner l’Algérien authentique et moderne.
1899. Le XIXe siècle a vu naître Ferhat Abbas. Le 24 août à Chahna – Taher (Djidjelli). Ce siècle prit fin à la fin de la grande guerre de 14/18, début de l’entrée en politique du jeune étudiant Ferhat Abbas. Ce dernier a traversé pratiquement tout le XXe siècle et ses soubresauts. Il a observé, analysé, interprété, contesté en passant de citoyen à spectateur et d’acteur à résistant, puis à combattant. En acquérant le savoir et les outils d’évaluation permanente imposés par la modernité, il a pu mesurer les perspectives sur la nature du colonialisme puis du pouvoir personnel et du totalitarisme sous quelques formes que ce soit. Il sut également conserver jusqu’au bout l’enthousiasme premier du militant qu’il ne cessa jamais d’être, dénonçant avec la même vigueur l’arbitraire, l’autoritarisme et le sort injuste qui était fait à son peuple et à son pays. De là est né son rejet total de l’oppression et de la violence mais surtout son adhésion aux valeurs des droits de l’homme, de la liberté et de la démocratie. Cette position fut la sienne durant les sombres années de la colonisation et également tout au long de celles qu’il vécut après l’indépendance......................................................
Déjà en 1931, Maurice Violette, futur gouverneur général de l’Algérie, responsable des Cahiers des droits de l’homme, était impressionné par «la cinglante réponse de Ferhat Abbas aux déclarations de Louis Bertrand qui recommande aux musulmans la naturalisation, seule voie pour exprimer leurs droits électoraux». Ferhat Abbas lui répliqua en ces termes : «Voilà ce bon néo-Français dont les aïeux ne se sont arrêtés en Algérie que parce qu’ils y étaient moins persécutés que partout ailleurs, le voici qu’il s’empare de l’étendard de Jeanne d’Arc pour nous défendre l’accès du Parlement français. Et il nous indique pour y rentrer la petite porte : la naturalisation. Souvenons-nous que cette naturalisation a existé pour lui de 1863 à 1871. Qu’a-t-elle donné ? Rien. C’est pour cette raison qu’il nous la conseille à son tour.»
Qui mieux que Jean Lacouture pour avoir résumé la carrière politique de Ferhat Abbas. Ce journaliste-historien engagé qui avait déjà dressé le portrait de l’homme du Manifeste dans son livre Cinq hommes et la France (paru aux éditions du Seuil) aux côtés de Mohammed V, Bourguiba, Ho Chi Minh et Sékou Touré reparla à la fin de sa vie, toujours avec tendresse, de l’homme.
Ferhat Abbas, disait-il, «n’est pas un homme de guerre, il symbolisait toutes les tentatives d’évolution pacifique».
Il ajouta : «Qui a connu cet homme généreux sait que le patriotisme algérien porte en lui une part de la culture française.» Il constata que «Ferhat Abbas est une des expressions de l’homme algérien qui est pour quelque chose, héritier des lumières, des soldats de l’an II, de Victor Hugo comme de la renaissance du monde arabe. Etudiant, il signait Kamel Abencerage, ce pseudonyme savoureux résumait à lui seul son programme : le kémalisme et Chateaubriand»!...............................................................................................................
Son rôle au sein de la grande Fédération des élus du Nord-Constantinois, sous la présidence du Dr Bendjelloul, et sa place au sein du Congrès musulman puis la création de partis politiques tels que l’UPA, les AML ou l’UDMA aux côtés d’hommes exceptionnels tels que maîtres Sator, Kessous, Boumendjel Ali et Ahmed, Benabdelmoumene Ali, Ahmed Yahia, Mostefaï ou des docteurs Saâdane, Francis, Benabid, Benbouali, Benkhelil, Bousdira, Sabeur, Aït Si Ahmed, de pharmaciens comme Ounoughene de Tizi Ouzou, Djemam Mohamed El Hadi de Djidjelli et Abbas Allaoua de Constantine, de normaliens à l’image de Mohamed Tahar Lounis de Djidjelli, cheikh Zammouchi de Aïn Beïda, Messaï de Sétif, Mahdad, Allal et Rahal de Tlemcen, ou encore de militants humbles aux hautes valeurs morales à l’instar de Mahmoud Hakimi, Si Amar Guemache, Boureghda, Hadj Mokhtar Boussaâd des Ouacifs, Sahli Hachemi et Hadj Ali de Sidi Aïch, Abdelkader Dhob, Bensalem de Laghouat, Adda de Bel-Abbès, Boutarene, Abdelkader Hattab, Boukadoum, Bey Lagoun, Hadj Tahar Yousfi ou Ali Al Hammami, de jeunes loups encadrant les JUDMA tels Kaïd Ahmed, Layachi Yaker, Ahmed Hasnaoui ou Ali Maâchi ainsi que de nombreux militants qui mériteraient tous d’être cités… ayant l’intime conviction que les populations qui souffrent, soumises, n’ont pas entamé leurs mises en marche vers la modernité avec une remise en cause de leur perception du monde. L’offre politique est de dire «faire partir l’envahisseur et tout ira bien»................................................................

Président de l’Amicale des étudiants musulmans d’Afrique du Nord (AEMAN) dès les années 1920, il élabore des réponses à ce monde pour ne pas le subir. L’assimilation politique, c'est-à-dire l’égalité des droits et des devoirs, rentrera dans ce cadre.........................................................

N’a-t-il pas combattu en 1963 puis en 1976, après l’indépendance, le système inique, prédateur et sclérosé qu’il qualifia, à juste titre, «d’indépendance confisquée». Car aussi bien «la révolution» que l’indépendance était plus qu’un «code», mieux qu’un «nedham», comme certains le laissent supposer, pour Ferhat Abbas il s’agit d’une épopée !.....................................................
Ferhat Abbas a toujours mis l’accent sur le rôle de l’éducation dans l’émancipation du peuple algérien. Du Jeune Algérien à Demain se lèvera le jour (1922-1985), l’éducation et la pédagogie en politique sont, en effet, appréhendées chez Ferhat Abbas comme de puissants leviers d’émancipation de notre peuple. Qu’en est-il, en effet, de la jeunesse, de la science, de la connaissance, de l’éducation, de la démocratie, du savoir, de la modernité qui sont des thèmes centraux de son combat ?
Les pamphlets et textes fondamentaux laissés à la postérité par Ferhat Abbas –La France c’est Moi, Lettre à la jeunesse française et musulmane, communément connu comme Mon Testament politique, Le Manifeste du peuple algérien, Rapport au Maréchal Pétain, J’accuse l’Europe, la lettre de démission de l’Assemblée en 1963, l’appel au peuple algérien de 1976 contre une charte octroyée et le pouvoir personnel — ainsi que les ouvrages écrits — Le jeune Algérien, La nuit coloniale, Autopsie d’une guerre, L’indépendance confisquée et le sang trahi des chouhada ou, celui posthume, Le jour se lèvera — sont le témoignage du regard lucide qu’il a continué à poser, jusqu’à la fin de sa vie, sur les défis d’un siècle lui aussi finissant..........................................................Certains ont depuis lors fait mea-culpa, d’autres restèrent recroquevillés dans leur petitesse, indigence et vanité. Sa réponse est prémonitoire : «Oui, leur dit-il, je suis bourgeois, possédant de biens matériels par la sueur, l’effort et le travail, mais viendra le jour où en Algérie apparaîtra une caste bourgeoise à l’esprit possédant.»....................
(Voir, aussi, texte in HISTOIRE- PERSONNALITES)