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Essais (Direction ) Nacer Djabi- "Les mouvements amazighs en Afrique du nord......"

Date de création: 14-08-2019 12:12
Dernière mise à jour: 14-08-2019 12:12
Lu: 3 fois


CULTURE- BIBLIOTHÈQUE D’ALMANACH- ESSAIS DIRECTION NACER DJABI- «  LES MOUVEMENTS AMAZIGHS EN AFRIQUE DU NORD..... »

Les mouvements amazighs en Afrique du nord. Elites ,formes d’expression et défis. Sous la direction de Nacer Djabi. Ouvrage collectif. Chihab Editions, Alger 2019, 367 pages, 1 500 dinars.

 

Cinq pays ciblés par la recherche : Algérie, Maroc, Tunisie, Egypte et Libye et une douzaine d’universitaires chercheurs mobilisés .Une idée née en 2014......à Beyrouth à l’occasion d’une conférence. A la base, selon le coordinateur du projet, « la découverte  (non surprenante) que les intellectuels du Moyen-Orient (présents ce jour-là) ne connaissaient presque rien sur la question ».  A qui la faute ? Nous « qui n’avons rien écrit dessus ». Un reproche sévère, me semble-t-il .....Peut-être fallait-il ajouter, « rien écrit en arabe ».

Trois rencontres en deux ans (temps imparti à l’étude), à Alger, Djerba et Ghardaïa. Des analyses  d’échantillons recueillis dans neuf régions des cinq pays. Une première du genre dans toute l’histoire des études amazighes....avec les inévitables retards dus aux aléas nés des situations politiques et les difficultés habituelles rencontrées , chez nous, par la plupart des recherches sociologiques (comme l’absence de statistiques , à l’exception du cas marocain, prenant en considération les profils linguistiques des populations....ce qui donne une « bataille des chiffres ») .Malgré tout,  la rigueur académique et scientifique a prévalu .

Postulats de départ :

Ne pas partir d’une lecture ethnique ou raciale de la question amazighe et favoriser une approche socio-démographique, les sociétés étudiées ayant connu un brassage culturel et un métissage certain.

La revendication amazighe diffère d’un pays à un autre selon l’histoire nationale particulière de chaque pays, selon l’émergence (ou pas) d’une élite politique, selon la démographie, selon la répartition géographique (la réalité amazighe étant très diffuse concernant aussi bien des montagnards que des oasiens que des habitants du désert que des îliens....et, aujourd’hui, des citadins...dont des émigrés) ,  selon le dynamisme de chaque communauté..... :

Des confirmations : Précocité de la revendication en Algérie (Kabylie) puis au Maroc, en comparaison du retard constaté dans les autres pays......dégâts de la folklorisation du fait amazigh, poussée par   des finalités purement touristiques et mercantiles (cas de la Tunisie et de l’Egypte)

Une dimension  (nouvelle) éludée (car nouvelle) , celle de la graphie (Tifinagh, Arabe, Latine) à choisir pour la transcription de tamazight ; faisant actuellement l’objet de débat (passionné, cela va de soi !) ......  Et attendant son dénouement, ce  qui facilitera la diffusion de tamazight dans les médias et son incorporation au sein du système éducatif.

Quelques conclusions :

 . Maroc : Les transformations de la question amazighe ne sont pas à dissocier de la politique de cooptation institutionnelle et semi-institutionnelle pratiquées par l’Etat.

. Algérie : Après des décennies de combat, ponctuées par des hauts et des bas, la revendication amazighe trouve de plus en plus d’écho positif à l’échelle nationale, aussi bien chez les élites que chez les couches populaires....mais, encore de nombreux obstacles.

. Tunisie : L’analyse des positions des acteurs, des parcours et des ressources du mouvement amazigh qui voit le jour au lendemain de la « révolution de la dignité »  de 2011 , tout en ayant des racines profondes dans le passé lointain et récent, aboutit à un bilan fort mitigé.

. Libye : La question amazighe en Libye est récente, ayant eu peu d’impulsion dans l’histoire moderne et contemporaine du pays , jusqu’à la révolution anti-Kadhafi

. Egypte :On ne peut évoquer la question amazighe en Egypte  de la même manière qu’au Maroc, en Tunisie et en Libye. Ceci est du à un ensemble de facteurs  dont le plus important est sans doute la minorité numérique des amzighophones égyptiens (espace restreint à l’oasis de Siwa, au cœur du Sahara, bien loin des centres urbains....et assez exploitée touristiquement). A noter que le règne des Amazighs qui avait duré près de 200 ans (de 950 à 746 av. J-C) , avec trois dynasties a ensuite périclité pendant quatre siècles environ.

 

Les Auteurs : Nacer Djabi (coordinateur) ,  Noureddine Harami (décédé avant la publication de l’ouvrage)  , Khalid Mouna, Idris Ben El Arbi,   Dida Badi, Nouh Abdallah, Samir Larabi, Mohamed Kerrou, Asma Nouira, Houaida Ben Khater, Bilal Abdallah, Hany El-Assar.....et Sarah Haidar pour la traduction

Une recherche effectuée grâce à une subvention du Centre de recherches pour le Développement international (Crdi) , établi à Ottawa, au Canada , en collaboration avec le Centre de recherche d’Economie Appliquée du Développement en Algérie (Cread). Et, « les opinions exprimées ne représentent pas nécessairement celles du Crdi ni de son Conseil des gouverneurs »

 

 

Avis : Du sérieux, du lourd, de l’utile et du nécessaire (pour les étudiants et les chercheurs.....et les journalistes intéressés par la question....ainsi que pour les « influenceurs » ; ce qui leur éviterait de raconter n’importe quoi sur la question)

Extraits : « Les années 1960 ont vu apparaître (au Maroc)  le mot amazigh/homme libre, et le rejet du terme « berbère », perçu comme péjoratif. Cependant, toute critique du choix de l’arabisation faite par l’Etat était réprimée et considérée comme une atteinte à la cohésion de la nation, car synonyme de division coloniale entre Arabes et Berbères » (p 27), « L’élément « amazigh » est déclaré par la Constitution (marocaine) de 2011  « composante fondamentale » de la nation .Le berbère est déclaré langue officielle du pays » (p 35), « La Kabylie fut et reste le fer de lance de la revendication amazighe en tant que caractéristique politique propre grâce notamment à ses élites fortes et intégrées dans l’Etat national » (p 88), « Si la Kabylie était et est toujours à l’avant-garde du Mouvement Amazigh , comparée aux autres régions berbères en Algérie et au Maghreb, c’est dû principalement à son parcours socio-historique » (p 173), « La question  amazighe émerge en Tunisie au lendemain de la « révolution de la dignité » qui entraîna, le 14 janvier 2011, la chute du régime autoritaire de Ben Ali » (p 187), 

Citations : « Le Hirak  a fondé une nouvelle culture politique, autonome mais surtout il abrite un véritable débat audacieux sur la question de la démocratie au Maroc » (Driss Benlarbi, Harrani Noureddine et Khalid Mouna/Université Moulay Ismail, p 61)  , « Contrairement à ce que prétend le discours du courant autonomiste et indépendantiste, l’élite politique kabyle est l’une des plus intégrées au pouvoir depuis l’apparition du mouvement national, durant la révolution et après la naissance de l’Etat national » (Dida Badi, Nouh Abdallah, Samir Larabi, p 154), « L’amazighité est fondamentalement un fait d’histoire et de culture, plus qu’un fait ethnique et démographique » (Asma Nouira, Houaida Ben Khater, Mohamed Kerrou, p 194)