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Corruption - Téléphonie internationale- Famille Kouninef

Date de création: 24-05-2019 16:58
Dernière mise à jour: 24-05-2019 16:58
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TELECOMMUNICATIONS -ENQUETES ET REPORTAGES- CORRUPTION- TELEPHONIE INTERNATIONALE- FAMILLE KOUNINEF

LES APPELS TELEPHONIQUES INTERNATIONAUX : LE BUSINESS SECRET DES KOUNINEF QUI A FAIT PERDRE DIMMENSES  SOMMES EN DEVISES  A LALGERIE

 (c) par Abdou Semmar/www.algeriepart.com, 23 mai  2019

C’est un secteur secret et entièrement méconnu des Algériens. Les appels téléphoniques internationaux, voici un business insoupçonné qui permet d’engranger des millions d’euros par an. Il faut savoir, tout d’abord, que l’interconnexion téléphonique internationale est l’échange de trafic (voix, SMS) entre les réseaux de deux opérateurs de deux pays différents, afin d’acheminer les appels entre les abonnés de ces réseaux, dans les deux sens.

 Il existe deux types d’interconnexion téléphonique internationale :

Interconnexion directe et interconnexion indirecte

1.        L’interconnexion directe ou Service de Terminaison d’appel, consiste, pour un abonné d’un opérateur A, à terminer un appel vers un abonné d’un opérateur B. L’appel est acheminé par l’opérateur A jusqu’au point d’interconnexion ; il est ensuite pris en charge par L’opérateur B sur son réseau à partir du Point d’interconnexion jusqu’à l’abonné appelé et ceci réciproquement entre les opérateurs.

2.       L’interconnexion indirecte (cas du trafic téléphonique de transit) ou service de collecte d’appel consiste pour un opérateur B à collecter un appel d’un abonné de l’opérateur A. L’appel est pris en charge par l’opérateur A depuis l’abonné appelant jusqu’au point d’interconnexion, puis par l’opérateur de transit à partir de ce point jusqu’au point d’interconnexion de l’opérateur de destination.

L’opérateur qui a initié l’appel doit partager les revenus issus de cet appel avec l’opérateur qui l’a terminé puisque des équipements du réseau de ce dernier sont utilisés pour l’établissement de la communication. L’interconnexion téléphonique internationale est régie par des accords entre les opérateurs ou le tarif d’interconnexion qui représente le montant par minute que l’opérateur A doit verser à l’opérateur B pour les appels  envoyés est défini d’un commun accord dés le départ.

Des réconciliations, généralement mensuelles, entre les opérateurs sont effectuées. Les volumes du trafic téléphonique enregistrés par chacun des opérateur sont comparés et des paiements de part et d’autre en conséquence sont effectués. Le trafic téléphonique international constitue un enjeu stratégique pour les opérateurs mobiles et fixes parce qu’il génère un chiffre d’affaires conséquent.

Il est à souligner qu’un appel téléphonique international départ coûte généralement plus de quatre fois le coût de l’appel national. Le trafic international arrivé constitue une source de revenu en devise forte pour un pays comme l’Algérie.

 Le trafic téléphonique frauduleux  appelé trafic « Gris » :

Les opérateurs étrangers qui génèrent des appels téléphoniques vers l’Algérie  et dans le but d’éviter de payer les tarifs d’interconnexion contractés avec les opérateurs téléphoniques algériens  en empruntant la connexion directe ( le chemin direct ) recourt à un procédé astucieux et unique en son genre. Ce procédé consiste à acheminer un volume important de ces appels téléphoniques vers l’Algérie à travers des opérateurs appelés «opérateurs alternatifs »  qui vont les acheminer via internet (protocole voix sur IP)  avec un tarif faible ( moins de la moitie du tarif qu’ils devraient payer à l’opérateur algérien s’ils utilisent les voix d’interconnexion directes conventionnelles ).

Il y a lieu de préciser que ce phénomène de « trafic téléphonique gris » n’est pas propre à l’Algérie et il est observé dans plusieurs pays. Il est à noter que les appels acheminés par internet ont une qualité d’écoute moins bonne que lorsque l’écoulement de l’appel se fait directement. Pour réaliser cette fraude, ces opérateurs alternatifs doivent avoir  des partenaires locaux algériens pour réceptionner ces appels téléphoniques de l’internet et les faire aboutir vers le client algérien à qui  l’appel est réellement destiné.

Ces partenaires locaux algériens facturent en euro leur « prestation » au profit des opérateurs alternatifs étrangers  en calculant le nombre de minutes terminés par mois. Pour ce faire, il existe des solutions techniques qui se vendent pour le grand public appelés « SIM BOX ».  Cette fraude est devenue  un « un sport national » au regard de la disponibilité à bas prix à grande échelle de ce type de solutions.

C’est une carte électronique simple dotée d’emplacements (10, 20,50,….) pour placer des puces d’opérateurs locaux (Mobilis, Ooredoo, Djezzy). Ces cartes seront connectées à l’internet par une simple liaison ADSL.

Ainsi l’appel  téléphonique  émet par le client français par exemple vers un numéro algérien  va emprunter le protocole internet pour se terminer sur l’une des puces installées sur l’équipement Sim Box qui va le transformer en appel national et ce en appelant le numéro algérien avec la puce algérienne afin de le connecter avec le client français qui a généré l’appel d’origine.

Ces  équipements travaillent H24 et 7 jours sur 7 d’une façon autonome et ne nécessite pas beaucoup d’espaces : juste un petit coin dans une chambre et une connexion ADSL. Ainsi, le partenaire local algérien va payer en dinars l’appel national et se fait payer par son partenaire étranger en monnaie forte en devise.

Le coût de terminaison d’un appel international est de 15 à 20 centimes d’euro par minute mais le volume des appels mensuels qui se compte par des dizaines de millions de minutes permettant à cette fraude de générer des centaines de milliers voir des millions d’euros par mois à ces fraudeurs.

 Mobilink, un cas d’école :

Algérie Part avait consacré récemment toute une enquête à l’affaire Mobilink-Algérie Télécom. Cette affaire démontre que tout l’appareil politique de l’Etat algérien a été manipulé par les frères Kouninef qui ont voulu arracher à Algérie-Télécom, une entreprise publique endettée employant des milliers d’ouvriers algériens, plus de 25 millions de dollars de dédommagements et d’indemnisations pour un projet d’installation de cabines téléphoniques qui n’a presque jamais vu le jour !

Le partenariat de Mobilink, une entreprise appartenant aux frères Kouninef, avec Algérie Télécom, au lieu d’offrir un service publique de cabine téléphonique comme il était stipulé dans le contrat initial de lancement de ce projet, a été utilisée pour faire  collecter les appels téléphoniques internationaux à destination de l’Algérie, une  prestation génératrice de revenus en devises pour le Trésor public Algérien. Ces appels internationaux ont été détournés par Mobilink en les transformant  en appel nationaux ce qui constitue une fraude de blanchissement d’argent illégal conformément aux lois algériennes  relatives à la réglementation des changes.

Mobilink faisait terminer ces appels internationaux en simulant des appels de ces cabines téléphoniques vers le destinataire de l’appel international d’origine. Mobilink se fait payer ainsi plusieurs millions d’euros par son partenaire étranger. Et pourtant, les Kouninef étaient censés payer la quote-part en dinars d’Algérie Télécom soit 60 %  des appels écoulés par ces cabines téléphoniques conformément au contrat conclu entre Algérie Télécom et Mobilink.

En raison de ces pratiques, la dette des Kouninef envers Algérie Télécom a atteint rapidement les 300 millions de DA. Les trois frères bien introduits au sein du sérail se sont engagés par écrit  pour payer ces redevances suivant un échéancier. Malheureusement, nous avons confirmé au cours de nos investigations que cet engagement n’a jamais été honoré.

Le comble de l’histoire est que c’est Algérie Télécom, victime de cette fraude et malversation, qui a été traduite en justice et sommée de payer 2,7 Milliard de Da, à savoir près de 25 millions de dollars. Et fin de l’année 2018, l’opérateur historique a été contraint par voie judiciaire de  payer cette somme astronomique. Un scandale inédit dans l’histoire sur lequel nous continuons d’enquêter pour publier de nouvelles révélations dans nos prochaines publications.