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Roman Anisa Boumediène- "La fin d'un monde"

Date de création: 07-05-2019 09:36
Dernière mise à jour: 07-05-2019 09:36
Lu: 18 fois


CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN ANISSA BOUMEDIENE- « LA FIN D’UN MONDE »

La fin d’un monde. Roman de Anissa Boumediène. Editions Houma, Alger 2003, 550 dinars, 300 pages

Une véritable saga arabo-musulmane, partant d’une histoire vraie, celle d’une passion ayant défrayé la chronique dans la péninsule arabique et dont les protagonistes étaient deux poètes célèbres.....Tawba Ibn al-Humayyir et Laylâ.

Avec la description d’une passion hors du commun, célébrée dans des poèmes, il y a les passions politiques qui, à cette époque (le 7ème siècle) de troubles et de grande violence, agitaient les gouvernants et leurs sujets.

Le héros, encore tout jeune homme, s’était trouvé immergé de manière fortuite et par l’intermédiaire d’une famille influente dans les coulisses du pouvoir (le « pouvoir profond » , déjà !) qu’il ignorait totalement. Il va assister, triste privilège, à la « fin d’un monde » , celui de la concorde entre tous les musulmans, tel qu’il existait du vivant du Prophète.

Bien après  la mort de celui-ci, on eut des combats sans fin, chaque partie essayant de justifier le sien ...en s’appuyant sur des versets coraniques pour se disputer le pouvoir , non sans tuer d’autres croyants musulmans comme eux. Le temps d’ « al-fitna al-kubra » qui posait , en vérité, la question de la légitimité du pouvoir califal  ! Tout particulièrement avec les opposants au troisième calife, Othman Ibn Affân (qui fut assassiné par des musulmans, ce qui fut la cause du premier grand schisme entre eux ). Ils estimaient qu’au cours de la dernière période de ses douze années de règne, le calife s’était écarté du Coran, qu’il avait mal gouverné  en faisant preuve de faiblesse, qu’il avait manqué de discernement en pratiquant le népotisme et le clientélisme.....De nombreux griefs les autorisant, pensaient-ils, à réclamer sa destitution, voire son élimination physique pour le cas où il (le calife) ne se soumettait pas à leurs exigences. Pour sa part, le calife évoquait le serment d’allégeance....et invoquait de nombreux versets coraniques.

Au fil de ses recherches, l’auteure a croisé beaucoup de  femmes de cette époque : belles, cultivées, dotées d’une forte personnalité et d’un grand courage, participant, pour bien d’entre-elles aux batailles.

Certaines étaient poétesses comme Âtika Bint Zayd ou  Asmâ Bint Abi Bakr.......et surtout Laylâ el-Akhyaliyya.....dont on découvre , dans l’ouvrage, l’histoire.

Un homme. Une femme. Ayant vécu leur passion , n’écoutant que leurs cœurs. La gloire avait fondu leurs noms (et leurs œuvres poétiques) dans le creuset de l’immortalité. Un amour de trop dans leur vie...mais un amour qui, « s’il les perdit dans l’esprit de leurs familles, ne fut point perdu pour le salut de la poésie ». Sans cet  amour, Tawba (une centaine de vers seulement nous sont parvenus) et Laylâ (seuls trois cent vers nous sont parvenus) « auraient existé sans vivre »

 

 

L’Auteure : Avocate, épouse et veuve du président  Houari Boumediène, auteure d’une étude sur la vie et l’œuvre de la poétesse al-Khansâ (« Moi, poète et femme d’Arabie », Edition Sindbad, Paris 1987)

Extraits: « Mes recherches  se sont avérées très fructueuses puisqu’elles m’ont révélé à quel point les alliances matrimoniales pouvaient jouer un rôle non négligeable dans les alliances politiques de cette époque » (p 7) « A présent, les Musulmans s’assassinent au nom du respect de la Loi divine. Ils se tuent les uns les autres au nom de Dieu. Chacun s’approprie la Parole d’Allah pour les besoins de sa cause, et les gens se battent avec férocité à coups de versets du Coran » (p 115)

Avis : L’histoire politique riche  mais tourmentée et tragique  de l’Islam......racontée à travers l’histoire d’un homme et d’une femme qui n’avaient pas eu peur d’aller jusqu’au bout de l’amour et du malheur.  Au centre, la foi, la poésie ....mais surtout et avant tout, les luttes continuelles pour le  pouvoir

Citations : « La vie appartient à celui qui ose :ceci est vrai en politique comme en amour. Quand on se laisse écraser par les contraintes, le conformisme et les conventions sociales, autrement dit qu’on refuse de devenir maître de son destin, il ne faut pas ensuite gémir et pleurer sur le fait qu’on meurt étouffé......Si, au début de sa prédication, il (le Prophète) avait cédé à la pression sociale, il n’y aurait jamais eu l’Islam » (p 25) ,  «Il y a deux sortes de gens dont la vertu est un bien, et la corruption un mal pour les hommes : les savants et les gouvernants » (p 69) , « Les gens avisés ont coutume de dire que l’amour est à l’âme ce qu’un bon repas est pour le ventre :si l’on n’en jouit pas, c’est à son détriment, mais si l’on en goûte à profusion, cela vous tue » (p 165), « La haine n’est qu’une autre face de l’amour. La haine, c’est l’amour qui ne se résigne pas à avoir été rejeté » (p 198), « La bonheur s’arrache, il n’est jamais donné .Le plus souvent, il doit s’édifier sur les ruines d’autres bonheurs, mais nous ne sommes pas responsables de la peine que nous causons malgré nous » (p 253)