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Fake news - Mustapha Benfodil

Date de création: 05-04-2019 15:11
Dernière mise à jour: 05-04-2019 15:11
Lu: 50 fois


COMMUNICATION- ENQUETES ET REPORTAGES- FAKE NEWS- MUSTAPHA BENFODIL

 

Accélération des événements et fébrilité au sommet de l’état

Guerre des clans, rumeurs et fake news

 

(c)  MUSTAPHA BENFODIL/El WATAN, lundi 1 AVRIL 2019

 

Réunion secrète à Zéralda, arrestation de Ali Haddad, interdiction de quitter le territoire pour un certain nombre de personnalités et d’hommes d’affaires, supposé déploiement des forces de la Gendarmerie nationale à Alger…

Les événements s’accélèrent frénétiquement ces derniers jours, notamment depuis les dernières sorties médiatiques d’Ahmed Gaïd Salah, charriant leur lot d’informations contradictoires, de récits fantasmatiques et de sensationnel au goût douteux. Nous sommes devant le scénario-type des dictatures agonisantes et des ambiances de fin de règne, avec la fébrilité qui les caractérise.

C’est le genre de micro-climats où prospèrent les rumeurs, l’intox, et prolifèrent les fake news. Nous en avons eu un vif aperçu samedi soir avec cette info balancée par la chaîne Echorouk TV, annonçant un déploiement massif de la Gendarmerie nationale dans la capitale. Cela a obligé des dizaines d’Algérois à sortir vérifier par eux-mêmes, faisant parfois de longues rondes en voiture, jusqu’aux abords du palais d’El Mouradia et les autres quartiers susceptibles d’être bouclés par les forces de l’ordre. Beaucoup ont posté des images de rues désertes assorties de commentaires acerbes.

D’autres ont répondu par l’ironie, l’arme redoutable des «antisystème». «Selon Echorouk de Ali Fodil, Alger est (en) état de siège», a posté le comédien et humoriste Idir Benaibouche, accompagnant son message d’une photo d’Alger by night et la caricature d’un hélicoptère survolant la ville, un hélico pas plus menaçant qu’un dessin d’enfant.

«Echorouk, même lorsqu’ils me donnent l’heure, je vérifie sur ma montre pour être bien sûr», se gausse Farid Kadache, l’une des plumes les plus acérées et les plus drôles de la communauté Facebook. Sidali Kouidri Filali – dont la moindre saillie fait mouche – écrit de son côté : «Hey les gars, qui croient sérieusement Echorouk TV ? Je vous rappelle que c’est la chaîne de Belahmar, du complot universel, des djnoune et du professeur Zaibet

Pour sauver la face, Echorouk News a cru bon de diffuser des images tard la nuit montrant des convois de véhicules de la Gendarmerie nationale fendant une foule nocturne massée à la place Audin. Mais rien n’y fait : pour beaucoup d’internautes, l’info était à tout le moins exagérée et créait un climat de peur. Même la très décriée Ennahar TV a consacré un sujet à «l’infox» de sa rivale.

«Sortie de milliers de citoyens dans les rues de la capitale pour démentir l’information relative au déploiement de la gendarmerie», indique la chaîne d’Anis Rahmani sur sa page Facebook en postant un reportage télé réalisé dans la foulée. Loin de soigner sa cote de popularité, Ennahar TV reste exécrée par un large pan de l’opinion pour son jeu trouble et sa proximité coupable avec la «îssaba», la bande à Saïd. Résumant la gémellité éditoriale des deux chaînes concurrentes, El Manchar titre : «Ennahar et Echorouk fusionnent dans une seule chaîne, Zigou TV».

Réunion secrète

La chaîne dirigée par Ali Fodil fait l’objet depuis quelques jours de tirs groupés sur les réseaux sociaux, lui reprochant notamment de semer la confusion et de verser dans la psychose et la «désinformation», dans un contexte extrêmement délicat, marqué par une guerre des clans féroce et de fortes velléités de manipulation. Le pauvre Ali Fodil qui a été enlevé, selon ses dires, jeudi dernier, dans des conditions rocambolesques en pleine autoroute avant d’être conduit à la caserne Antar, à Hydra, a vite perdu l’élan de sympathie que son interpellation musclée a suscité.

Et le positionnement de sa chaîne y est sans doute pour beaucoup. Un des sujets les plus polémiques diffusés par Echorouk News portait sur les dessous de la réunion secrète évoquée par Gaïd Salah dans sa dernière annonce. Le chef d’état-major de l’ANP a affirmé ce samedi que «certaines parties malintentionnées s’affairent à préparer un plan visant à porter atteinte à la crédibilité de l’ANP et à contourner les revendications légitimes du peuple».

C’est ce qu’a indiqué un communiqué du MDN qui nous apprend qu’«en date du 30 mars 2019, une réunion a été tenue par des individus connus, dont l’identité sera dévoilée en temps opportun, en vue de mener une campagne médiatique virulente à travers les différents médias et sur les réseaux sociaux contre l’ANP et faire accroire à l’opinion publique que le peuple algérien rejette l’application de l’article 102 de la Constitution».

Croyant détenir la vérité sur ces fameux cercles occultes, Echorouk News nous explique qu’un conclave s’est tenu mercredi dernier en présence de «responsables du renseignement français». D’un ton martial, l’auteur du sujet avance les noms de Saïd Bouteflika, Bachir Tartag et le général Toufik, ainsi que «certains partis politiques qui ont des liens avec l’étranger», qui auraient pris part à ce conclave. Les conjurés auraient abouti à une feuille de route «dont l’objectif est de faire des concessions à la France». Ce plan secret prévoirait, toujours selon la même chaîne, les étapes suivantes : dissolution des deux Chambres du Parlement, démission immédiate du président Bouteflika et provocation d’un vide constitutionnel.

Proposition aurait été faite à Liamine Zeroual, assure la même source, de diriger la période de transition avec attribution d’un poste-clé au général Toufik à titre de «conseiller sécuritaire». Cependant, c’est à l’ex-patron du DRS que reviendrait le «pouvoir réel», et ce, «en coordination avec la France». Pour parvenir à leurs fins, les auteurs de ce plan méphistophélique seraient prêts à tout : ils s’emploieraient notamment à «attiser les tensions régionales au centre et au sud du pays, et à pousser au chaos (…) sur le modèle du scénario libyen ou vénézuélien». A terme, le but recherché est «la création d’un gouvernement local et un autre reconnu à l’étranger».

Les ISTN, un nid d’«infox»

La chaîne télé ajoute qu’une autre réunion s’est tenue ce samedi 30 mars «entre le général Toufik et l’ancien président Liamine Zeroual». Son objectif aurait été d’étudier la mise en application du plan machiavélique présumé. Echorouk News a pris soin de préciser que Zeroual aurait finalement rejeté ce stratagème et serait «rentré à Batna».

D’après la chaîne, ce seraient donc ces derniers développements qui auraient poussé Gaïd Salah à convoquer cette importante réunion à laquelle ont pris part les «commandants de forces, le commandant de la 1re Région militaire et le secrétaire général du ministère de la Défense nationale», selon le communiqué du MDN.

Il tombe sous le sens que le sujet diffusé par Echorouk News fait des révélations très graves qu’il est difficile d’authentifier, et de l’avis de beaucoup de téléspectateurs, ce traitement sert surtout à donner de Gaïd Salah l’image du «sauveur de la nation» et à transformer le «khawa-khawa» scandé par les manifestants en blanc-seing au vice-ministre de la Défense, surtout après que plusieurs voix, et pas des moindres, aient exprimé leur rejet du plan de transition centré sur l’article 102.

Toujours au chapitre des fake news, il convient aussi de faire attention aux infos concernant les interdictions de sortie du territoire et autres arrestations de personnalités proches du sérail. Selon le site Actu’fil, Cevital a apporté un démenti concernant une prétendue interdiction qui aurait touché M. Rebrab.

«Issad Rebrab ne fait pas l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national contrairement à ce qui a été diffusé sur les réseaux sociaux, a-t-on appris auprès de Cevital», indique le site d’information qui ajoute : «Issad Rebrab est en train d’embarquer pour l’Allemagne où il a des rendez-vous d’affaires en marge de la Foire d’Hanovre.» Mahieddine Tahkout a lui aussi démenti les allégations selon lesquelles il serait concerné par une ISTN. «Contacté, son frère Rachid dément : “Mon frère est dans son bureau. Nous travaillons normalement”», rapporte TSA.