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El Kala

Date de création: 20-01-2018 17:41
Dernière mise à jour: 20-01-2018 17:41
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HABITAT- VILLES- EL KALA

© Par Amara Zitouni/Le Soir d’Algérie, jeudi 18 janvier 2018


L’information publiée dans ces mêmes colonnes, le 3 janvier 2018, sur la relance de l’opération de réhabilitation du vieux bâti de la ville d’El-Kala (El- Tarf) constitue la meilleure nouvelle de l’année pour les défenseurs du patrimoine.
Quel est le citoyen algérien qui ne connaît pas cette cité millénaire située sur la côte algérienne à une vingtaine de kilomètres de la frontière algéro-tunisienne dont la fondation remonte aux guerres puniques entre Rome et Carthage, aux empires romain et byzantin, aux conquêtes arabes, aux Ottomans et aux concessions accordées par le dey d’Alger au début du 16e siècle à des compagnies françaises pour la pêche du corail ? Les millions de touristes algériens se rendant chaque année par route en Tunisie ne s’y arrêtent que pour effectuer quelques emplettes ou faire le plein de carburant (moins cher que dans le pays voisin), n’ignorent pas, du moins pour certains, l’histoire de cette ville et de sa région, ses richesses naturelles et son patrimoine archéologique antique et contemporain qui lui ont valu son inscription sur la liste de la Convention Ramsar des zones humides d’importance internationale et comme réserve de la biosphère inscrite à l’Unesco. Les Algériens qui ne font pas escale à El-Kala pour découvrir ses lacs, ses forêts, ses plages et ses sites archéologiques doivent-ils être blâmés ? Bien sûr que non. Aucun effort n’a été consenti par les autorités en charge du tourisme pour offrir un minimum de conditions de séjour (hébergement, restauration, loisirs, etc.) à nos compatriotes ou aux touristes étrangers. L’unique hôtel de standing conçu par l’architecte Pouillon dans les années 1070, à savoir l’hôtel El-Mordjane, est fermé depuis une dizaine d’années. Les rares infrastructures hôtelières telles que les pensions de familles construites par des promoteurs privés ou les appartements loués par les habitants en période estivale ne répondent pas aux besoins et aux normes et standards internationaux exigés en la matière en termes de prix et de prestations. Pour revenir à l’histoire de cette ville dont le nom avait changé au cours des siècles écoulés, à son rôle et son apport à la civilisation et de l’humanité dont la Méditerranée a été le berceau, il est utile de rappeler les périodes fastes qu’avait connues cette cité. Figurant dans les cartes de l’Empire romain établies au 3e siècle sous le nom de Tunisa, cette ville a été rebaptisée «Marsa El-Kharaz» par les conquérants arabes dès le 10e siècle du fait que les coraux pêchés dans les fonds marins de cette région étaient transformés en bijoux de toutes sortes pour être commercialisés localement et échangés sous forme de troc avec des étrangers. L’historien arabe El-Bekri disait que ce port servait à la construction de navires que les khalifs de Kairouan utilisaient pour attaquer les ports byzantins de la Méditerranée. El-Jadrissi, autre historien arabe, avait décrit cette ville en 1150 dont la prospérité repose sur la pêche du corail qui s’y trouve en quantité et en qualité supérieures à celui du reste du monde. Comme l’histoire se répète, l’exploitation du corail représente actuellement et depuis quelques années l’activité la plus lucrative pour les jeunes de cette contrée confrontés à un chômage endémique. Les pratiques de son extraction ne permettant pas, toutefois, d’augurer la pérennité de cette richesse en voie d’extinction. Pour revenir à l’histoire de cette ville, il est important de citer le récit d’un religieux espagnol qui l’avait visitée en 1633 et qui avait indiqué que la quantité de ruines subsistantes sur le site proviendrait de l’ancienne Utique. Utique était, selon les livres d’histoire, une ancienne ville d’Afrique située sur la Méditerranée au nord-ouest de Carthage. Elle fut fondée par les Phéniciens. Après la fin des guerres puniques, elle devint une cité romaine puis déclina et disparut après les nombreuses invasions qu’avait connues l’Afrique du Nord en ces temps-là. El-Kala renaîtra après des siècles de déclin suite à la concession accordée par le dey d’Alger à la France au début du 16e siècle pour l’exploitation du corail en contrepartie d’une redevance. Le non-respect des engagements par la France qui y érigea des ouvrages militaires comme si ce territoire lui appartenait amena le dey d’Alger à ordonner la destruction de ce comptoir. Pour rappel, et dans le cadre du traité de paix conclu en 1534 entre Charles Quint et le sultan de Tunis, le monopole de la pêche du corail dans la zone maritime située entre Tabarka et Annaba (ex-Bône) a été octroyé à des sociétés italiennes et espagnoles en échange d’une forte redevance versée au Trésor public tunisien. Cet accord ne fut pas toutefois exécuté en territoire algérien en raison de l’opposition des tribus locales réfractaires à la présence étrangère. Les plus hautes autorités de l’Etat français notamment François 1er allié de la Sublime Porte du temps de Soliman 1er obtinrent finalement en 1540 le privilège de la pêche du corail sur ce territoire et furent autorisées à édifier un établissement non fortifié dans une baie située à 10 km à l’ouest d’El-Kala appelé «Bastion de France» connu actuellement sous le nom de «la Vieille Calle» réputée pour la splendeur de sa plage et les ruines des fortifications édifiées par les compagnies de pêche françaises qui comptèrent à leur apogée plus de 400 bateaux corailleurs employant des marins de toutes sortes de nationalités (Français, Anglais, Espagnols, Hollandais, etc.). Détruit une seconde fois sur ordre du dey d’Alger et des tribus locales, ce bastion avait été restitué aux compagnies françaises après une courte période de concession aux Anglais et aux Génois après l’intervention du cardinal de Richelieu et Louis XIII auprès du sultan ottoman. En 1679, le «Bastion de France » fut transféré sur le site de l’actuelle ville d’El-Kala (ex-La Calle) où fut bâtie la première église d’Afrique du Nord (Sainte-Catherine). Le nom de la Calle proviendrait, d’après les historiens, des facilités pour «caler les bateaux qui venaient depuis bien longtemps se réfugier dans les deux anses de ce port naturel, selon la direction du vent». Pour le culte musulman, une mosquée a été construite au 16e siècle aux environs de l’ancien port où les indigènes venaient faire leurs prières. Cet édifice religieux comptait parmi les plus anciens lieux saints musulmans implantés sur le littoral maghrébin, rapportent les chroniques historiques. Une nouvelle mosquée fut érigée dans la nouvelle ville au 19e siècle. Après plusieurs transformations, cet édifice appelé Rejelel- Marsa, en référence aux marins, et qui abritait une école coranique, était dirigé par l’Association des Ulama musulmans algériens qui y désigna en 1899 Abdallah Abdelmoumène en qualité d’imam. Cette mosquée située au centre-ville est toujours fonctionnelle ainsi que l’école coranique qui lui est rattachée. L’histoire d’El-Kala avait été intimement liée à celle de l’Algérie et elle avait été mêlée aux conflits algéro-français durant des siècles qui avaient mené l’occupation française de l’Algérie. Un bref rappel des principaux événements ayant précédé le débarquement des troupes françaises à Sidi-Fredj en juillet 1830 confirme cette thèse. Il s’agit, notamment, du contentieux des créances dues par l’Etat français à la Régence d’Alger pour l’exportation des céréales et d’autres produits à partir de certains ports algériens dont la concession de la Calle pour ravitailler les armées françaises d’Italie et d’Egypte qui aurait été à l’origine de l’incident «du coup d’éventail» que le dey d’Alger aurait donné au consul de France qui avait justifié l’occupation de l’Algérie. Des répercussions des destructions des fortifications qui avaient été érigées par les compagnies françaises sur le site de la Calle qui leur avait été cédé pour la pêche du corail contrairement aux engagements de l’Etat français. Des mesures de rétorsion furent suivies par des expéditions d’intimidation de la flotte française qui organisa le blocus et bombardement des ports algériens. Ces installations avaient été rasées plus de dix fois en trois siècles tantôt sur ordre du dey d’Alger tantôt par les tribus locales. La dernière opération de destruction du bastion de la Calle eut lieu en 1827, soit trois années avant le débarquement de Sidi- Fredj. En conclusion de cette contribution, il convient de saluer l’initiative des pouvoirs publics pour cette opération de sauvegarde du patrimoine de cette ville millénaire dans toutes ses dimensions et sa diversité phénicienne, berbère, romaine, byzantine, arabe, ottomane, française.
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