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Roman Mohamed Sadoun - "La débâcle"

Date de création: 13-01-2018 13:14
Dernière mise à jour: 13-01-2018 13:14
Lu: 3 fois


La débâcle. Roman de Mohamed Sadoun (Préface de Aïssa Kadri) . Casbah Editions, Alger 2017. 800 dinars, 430 pages

Une vaste saga des tribus de l’Ouest algérien.  Surtout celle d’une tribu, les Doui Aïssa, faible  fraction  de la confédération des Béni Amer. Une tribu nomade ,  vivant de  la terre ( qui, bien qu’ingrate, était nourricière ) et de l’élevage , se croyant forte à jamais à travers le nombre de bras masculins engendrés, et une foi religieuse réduite à son expression la plus simple.

Tout cela bien loin d’un autre monde, outre-mer, fait de puissances (en concurrence : la France, l’Angleterre, l’Espagne....) à l’orée de la révolution industrielle , à la recherche de conquêtes territoriales pour leurs armées, de ressources nouvelles pour leurs ateliers et leurs usines , de débouchés pour leurs  produits et leurs « déclassés », de main-d’œuvre à bon marché (pour ne pas dire d’esclaves).....et aussi d’une  « nouvelle croisade » cultuelle et culturelle.

Le choc est brutal ....et les résistances non durables, le courage des hommes et des femmes ne suffisant pas face à des stratégies militaires s’appuyant sur de nouvelles armes de destruction massive..... aux trahisons habituelles venant de l’intérieur même de la famille........et aux « soutiens « comptés » des nations-sœurs (Maroc, Tunisie, Turquie, Egypte, Syrie ..) , elles aussi bientôt victimes des appétits coloniaux ou préoccupés par les secousses engendrées par leur nécessaire modernisation.

Trop tard donc ! Oublié  Si Messaoud , l’ancêtre .Toute la tribu (comme toutes les autres à travers le pays) se retrouve totalement éclatée, éparpillée, aux liens familiaux perdus ou oubliés........Même l’origine est gommée et  les noms sont perdus avec les inscriptions semi-folkloriques au nouvel état –civil.....Un père bien chasseur de gazelle.....le fils aura  pour nom Ghazalli.... !

 

 

L’Auteur :Famille originaire de la wilaya de Sidi Bel Abbès(père migrant travailleur rural et maman au foyer) , né dans le sud de la  France en 1973. Haut -fonctionnaire et magistrat après une première carrière dans l’enseignement .S’intéresse aux questions de justice et à l’histoire du bassin méditerranéen ...plus particulièrement l’Algérie. Quelques biographies historiques mais premier roman.

Extraits : « Les privations plongeaient également l’homme dans l’indignité. Il pouvait se battre jusqu’au sang pour un bout de pain ou quelques fruits.Les êtres les plus doux, les plus généreux ou simplement les plus humains n’y échappaient pas. Tous les coups, même les plus vils, étaient permis....L’entraide, la solidarité et la bienfaisance étaient remplacés par la rouerie, le mensonge et le vol » (p 99), « Les Français n’ont pas besoin de prétexte. Ils sont comme une carie dans une bouche saine. Une fois qu’elle a colonisé une dent, c’est toute la bouche qui y passe » (p 408).

Avis :De l’Histoire (d’Algérie pré et post--coloniale)  romancée. Fiction et réalités savamment mélangées.Style katébien. Peut-être trop de voyages et trop touffu et sujet trop vaste pour un seul ouvrage !Et , avec des passages défendant et illustrant (un peu trop, à mon avis), la vie « démocratique» à la française (p 157 à 161), les « réformes » au Maroc avant la colonisation, les vertus de l’école publique française....

Citations : « Les cultures sont les produits d’une invention et d’une représentation. Les formes d’identification des individus et des groupes à une culture sont toujours « contextuelles, multiples et relatives » (Aissa Kadri, préface, p 11), « La guerre n’était pas une question matérielle, en tout cas pas seulement. Elle était avant tout une affaire de tempérament, de détermination ainsi que d’organisation » (p 105), « Celui qui porte l’épée a toujours besoin de l’esprit pour le guider » (p 349) , « Dans une société où chacun devait se conformer à la place que lui assignait sa race, son sexe, son âge, le fou seul avait sa vie entre ses mains »(p 371), « Malheur à celui qui émigre !Il ne sera plus jamais chez lui dans aucune contrée. S’il reste dans le pays de l’exil, il aura la nostalgie éternelle du lieu de son enfance. S’il décide de revenir sur les lieux qui l’ont vu naître, il se consumera pour son pays d’adoption » (p 392)