Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Tracts politiques- Grafitis

Date de création: 26-03-2019 16:14
Dernière mise à jour: 26-03-2019 16:14
Lu: 53 fois


VIE POLITIQUE- ENQUÊTES ET REPORTAGES - TRACTS POLITIQUES- GRAFFITIS

 

La politique a toujours été inscrite sur nos murs

Les graffitis, ces tracts politiques aux accents prémonitoires

(c) par  AMEL BLIDI/El Watan magazine, jeudi 21 mars 2019

 

 En l’absence de communication entre le peuple et ses gouvernants, les murs ont porté, des années durant, les doléances, les espoirs et les émotions des tagueurs. Les mots gribouillés disaient ce que les hommes cachaient. La parole politique y a toujours été présente et certaines inscriptions sont aujourd’hui brandies par les manifestants contre les tenants du système.

Certaines pages, à l’exemple de «A travers la7youtes» relayent sur les réseaux sociaux les aspirations et les états d’âme de tagueurs issus de toutes les régions du pays. Il y apparaît que les murs ont, tour à tour, fait office de registres de doléances, mais aussi de journaux intimes, sur lesquels l’on raconte les amours contrariées et les désirs d’ailleurs. Y lire aujourd’hui ces mots est désarmant : «Pour la première fois, je n’ai pas envie de quitter mon Algérie.» (cité Malha, Aïn Naâdja). Le fait est que des années durant, les murs ont soutenu les rêves d’ailleurs d’une jeunesse qui se dit «désenchantée».

A Biskra, un slam en arabe, visible du côté du lycée Larbi Ben Mhidi, conjurait: «On vous laisse l’Algérie, laissez-nous la mer.» Les bâtiments 750 de Sétif demandaient : «Afrique, libère-nous !» La station de bus Laloum de Constantine se désolait : «Le temps passe et nous sommes encore en Algérie.» Les remparts de Sétif stipulaient : «Quand ta patrie te délaisse, tu dois en trouver une autre», (septembre 2018). «C’est désolant de vivre dans un pays que tu ne rêves que de quitter», résumait-on à Chbaita Mokhtar, Annaba.

Bien avant les manifestations, les murs étaient devenus des tracts politiques d’une jeunesse ulcérée par le mépris du pouvoir. Les murs sont aujourd’hui les témoins d’une contestation annoncée : «Accepterais-tu d’être gouverné par un cadre ?», demande-t-on à Fouka. «Comment veux-tu que le pays marche quand celui qui le gouverne ne marche pas», interrogeait-on à La cité 1006 logements de Sétif. «Peuple résistant pour un gouvernement paralysé moralement». uement» (Chelghoum Laid, Mila). «Cet infirme nous a handicapés», a-t-on pu lire du côté d’El Harrach. «Que celui qui nous rappellera la décennie noire, nous lui rappelleront les milliards volés et les valeurs perdues», inscrit-on.

Et de souligner, à Bordj Bou Arréridj, en novembre 2018, que «le service national était réservé aux pauvres, pendant que la caisse publique était confiée aux . Et de Prévenir à la cité Keblouti de Biskra que le peuple a été «muet, mais pas aveugle». Et d’admonester, près du stade Ben Omar de Kouba : «Fermez vos gueules, les voleurs.» Et de rassurer près de Marignon: «N’ayez pas peur, nous pouvons vivre sans vous !» Avant de consoler ses semblables : «Courage, D’zaïr we jouz» (Courage, l’Algérie et ça passera…)

Au centre-ville de Djelfa, au début de l’année, l’on pouvait lire : «Le pays a besoin d’un fidèle et non pas d’un voleur ». L’inscription « Coupables d’exister », à l’université de Béjaia qui fait écho au désormais célèbre tag « smhoulna ki raina 3aichine » (pardonnez-nous de vivre !) « La vie est comme le gouvernement, sans pitié ni justice, ni égalité « (Bel Air, Mascara, juin 2018). Malgré le dégoût que semble leur inspirer le système, certains mots restent drôles et tendres : à l’exemple dit «El Dawla machi bent familia», (l’Etat n’est pas issu d’une bonne famille), ou encore : «Le gouvernement ne connaît pas l’amour.»

Systématiquement, le «vous» renvoie à «El dawla» (l’Etat), dans un besoin de pointer un doigt accusateur à ceux qu’ils jugent responsables de leurs malheurs : «Nous mourrons pendant que vous dansez», Vous êtes tous derrière les coulisses, bande de traîtres» (Bellevue, Constantine).

Surtout, les mots, écrits plusieurs semaines avant les contestations, ont aujourd’hui des accents prémonitoires : «On sait désormais qui est le berger et qui est le loup, si le peuple se réveille, les démons tombent», lit-on près d’El Mohammadia, à Alger. «Si le peuple se lève, le jeu se terminera enfin», prédit-on du côté du lycée El Kendy, à Jijel. «On pense, donc on ne vous suit plus», déclare-t-on du côté de Raïs Hamidou.

Et puis, il est des mots reflétant les déceptions de leurs auteurs. «Je n’ai jamais souhaité pleurer un jour, mais… le malheur de mon temps m’a fait pleurer. Je souhaitais vivre comme je voulais, mais j’ai vécu comme mon temps voulait», peut-on lire sur les murs décrépis de Belcourt, Alger. En novembre 2018, près d’El Hamiz, un tagueur disait déjà son envie de dire ouvertement ce qu’il pensait: «S’il y avait une liberté d’expression en Algérie, nous n’écririons pas sur les murs.»

Sur les murs aussi, il y aura un avant et un après 22 février. Un peu partout à Alger-centre, entre la rue Didouche Mourad et la place Audin, là où les manifestations sont récurrentes, il est possible de lire l’inscription suivante : «Si vous êtes un grand peuple, votez pour vous-mêmes à l’instant crucial.» Et entre deux cris de révolte, les tagueurs expriment aussi leurs déceptions amoureuses : «Je l’ai aimée comme les marches du vendredi, écrit un jeune homme éconduit près de la cité 5 Maisons (Mohammadia), mais son cœur est comme Bouteflika.»