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Roman Aicha Kassoul- "La colombe de Kant"

Date de création: 04-01-2018 13:23
Dernière mise à jour: 04-01-2018 13:23
Lu: 3 fois


SOCIETE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN AICHA KASSOUL- « LA COLOMBE DE KANT »

La colombe de Kant. Roman de Aicha Kassoul. Alger 2017, 206  pages, 800 dinars

Essai ? Roman fiction autour d’une histoire ?Histoire d’histoires ?  Autobiographie téhrapeutique ? Exercice de style ? Un peu de tout , de tout un peu !Ce qui nous éloigne des premières productions de l’Auteure....avec une grande et merveilleuse exception cependant : la maîtrise de la langue française avec laquelle elle joue et se joue avec brio. Heureusement d’ailleurs, car pour une prof’ de français de la vieille école (pardon , madame !), on ne pouvait faire moins.  On en a eu plus qu’il n’ en fallait. De quoi rendre jaloux les plus vaniteux  écrivains de l’Hexagone.

Bien sûr, il y a ,au centre de l’écriture (ce n’est pas une histoire) ,le personnage de l’auteure (du moins, c’est ce que l’on devine) qui, à un moment T, « seule, toujours seule comme toute personne vouée à le rester »  ,et « plus religieuse »  qu’elle ne le croyait, se confie et dit ce qu’elle pense de tout ce qu’elle a vu  connu et subi  et, aussi, de tout ce qu’elle sait de l’Histoire du monde et du pays....avec une sorte de découragement (ou  bien plutôt) d’acceptation de ce qu’elle « ne supporte pas, la violence dans le monde, la finance aux commandes, les podemos ne pouvant rien ». Ajoutez-y l’éclatement de bien des certitudes et /ou de situations. Heureusement, la vie continue car, « dans l’infini du temps, passé et à venir, tout ce qui peut arriver est déjà arrivé »

Les histoires et les lieux ? Il   y en a plusieurs, évoqués très brièvement pour la plupart, car il y en a tellement, entre le monde, la région, le pays, la vie professionnelle .....les occupations coloniales, les résistances populaires, les héros antiques, puniques, berbères, contemporains....les révoltes populaires , rurales, citadines, d’avant, d’aujourd’hui............. Et, que de noms, bien désignés ou seulement suggérés,  de héros et/ou de traîtres, de courageux et/ou de lâches, de génies et/ou d’idiots.......Toute une Histoire qui défile. Un film qui se déroule à une vitesse vertigineuse au fil de phrases courtes, très courtes jouant souvent à saute-mouton avec le temps et les événements.

On a donc dans un grand  désordre Tacfarinas, Hannibal, Jughurta, Massinissa, Apulée , Bocchus , Syphax, Sophonisbe, Cléopâtre Séléné, Caesara, Fronton, Donat, Firmus, Gildon, Carthage, Rome, Madaure, Cirta , Thagaste, Constantinople, l’occupation romaine (cinq siècles de présence  militaire et de rapine), Genséric,  les Vandales, Okba, Koceïla...... et  l’Université, la radio, le consulat....et, surtout Mandouze et Augustin, un juste et un saint  On s’y perd.......mais on en jouit.

L’Auteure : Née à Blida, professeure de littérature française et francophone à l’Université d’Alger. Consule d’Algérie à Besançon (France) de 2010 à 2015. Actuellement membre du Conseil supérieur de l’Audiovisuel (Arav). Elle a publié déjà deux premiers ouvrages : « Chroniques de l’impure (Marsa Editions) et « Le pied de Hanane » (Casbah Editions)

Extraits « La liberté ce n’est pas rien, mais la fierté , l’esprit de la fête s’étaient perdus au fil du temps, ranimés par les seules victoires footbalistiques, grandioses, tout un peuple en liesse, uni comme il ne l’est pas le jour anniversaire de sa libération, décrété simplement jour férié, noyé là-bas parmi d’autres dates dans l’Officiel des idées et les manuels scolaires louvoyant entre l’hagiographie et les oublis embarassants » (p 25) , « Que peuvent bien valoir les abattis d’un ex grand homme qui refuse de disparaître dans le dédain qui s’apparente à la grandeur, prétend au choix d’un fanfaron tombeau. Pitoyable » (p 86), « Bien des masques sont tombés une fois la paix revenue, la réconciliation nationale officiellement déclarée. Coups bas, vils calculs, compromissions bénéfiques, l’adversaire n’étant pas le barbu en kamis, mais ce qui était caché en nous, des rats déboulant des égouts sous l’effet de la crise. L’ennemi intime » (p 101), « Arabes, Turcs, Iraniens, tous pareils. Historiquement nuls, incapables de réussir une révolution quand ils en font une, pfft, un bon Shah persan dégagé, des droits déniés aux hommes en général, sans parler de ceux de la femme dont il n’y a que des choses à redire »  (p 112)

Avis : De l’aveu de l’auteure, « un livre qui se traîne » (p 51)....complexe et compliqué. «  A force de disséquer les livres, je ne saurais pas faire le mien » avouait-t-elle » (p 99).

 Citations : «  La vérité se trouve ailleurs que dans les livres sérieux » (p 23), « Certains livres sont faits pour être lus à partir de leur fin » (p 35), « Les cités détruites se relèvent de leurs ruines, les êtres se reproduisent , les murs se reconstruisent. Plus dures que la pierre, les idées. La première d’entre elles, la liberté » (p 39), « La police, les gouvernements, les armées, les présidents, les rois.....tout ça c’est l’autorité. L’autorité c’est pas réel, c’est de l’illusion. C’est le travailleur qui invente tout ça parce qu’il y croit » (p 47), «  Du merdier peut émerger une grande cause  » (p 68), « Ne sont pas terroristes ceux qui se rebellent contre un ordre établi par la violence » (p 162), « Il suffit parfois qu’un seul ait raison ou que la raison frémissse, pour que la question du point de vue devienne un problème de vision tout court » (p 165).