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Essai René Pottier - "Saint Augustin...."

Date de création: 06-03-2019 18:47
Dernière mise à jour: 06-03-2019 18:47
Lu: 11 fois


CULTURE- BIBLIOTHÈQUE D’ALMANACH- ESSAI RENÉ POTTIER- « SAINT AUGUSTIN.... »

Saint Augustin, le Berbère. Essai de René Pottier (1897-1968) . Liminaire de Abderrahmane Rebahi. Alger-Livre Editions, Tafat Editions, Alger, 2015 , 700 dinars, 273  pages.

Comme la plupart de nos grands hommes, le parcours et la pensée de Saint Augustin (Aurelius Augustinus, né à Thagaste 354 et décédé en 430 à Hippone) se sont  retrouvé servies « à toutes les sauces possibles et imaginables, tripatouillé sous toutes les coutures de son âme » (A. Rebahi) .

L’ouvrage de Réné Pottier n’échappe pas à la moulinette colonialiste qui a tout entrepris pour le « récupérer » . Il est vrai que nous n’avions pas fait (après l’Indépendance) grand-chose pour réparer les dégâts.Le réveil n’a eu lieu, il faut le reconnaître, que ces toutes dernières années et on a même vu, en 2001, à Alger , un colloque international se tenir à Alger ......sous le Haut  patronage du Président de la République. On a  , aussi, vu la restauration et l’embellissement de la Basilique sise sur une colline à l’entrée-est de Annaba. On voit croître le tourisme religieux catholique étranger . Je crois que même l’acteur Depardieu  était venu (au sein de toute une délégation)  se recueillir devant la châsse contenant des restes du Saint homme et lire des poèmes .

Donc, René Pottier  ne s’est pas contenté d’écrire un ouvrage assez bien documenté. D’autres l’ont fait bien mieux que lui.  Mais, il s’est escrimé à « orienter » la biographie . Il encense certes le personnage , mais en le situant dans une perspective « maraboutique », faisant ainsi le lien , de manière assez subliminale et pernicieuse, entre la société berbère contemporaine (du temps du colonialisme français, « si généreux ») avec ses zaouïas, ses « cheikhs » , ses « marabouts » et ses croyances  et la  société berbère (du temps de l’occupation romaine qui « traitait ses sujets en parias ») avec ses coutumes et ses superstitions que seul Saint Augustin , « le plus grand des marabouts », avait su transformer, d’abord grâce à la « baraka » puis grâce « aux grâces spéciales que Dieu accorde avec le sacrement de l’Ordre » ......l’objectif étant de faire croire au lecteur que seule la religion catholique , telle qu’importée par les nouveaux occupants, allait transformer la société algérienne

Conclusion : la présence franco-catholique est nécessaire, elle doit s’élargir. Et, déjà, pour lui, « ce sera une des plus grandes gloires de la France, une de ses plus grandes chances de salut d’avoir replanté la Croix .... » .....et il va même jusqu’à  présenter un mode d’emploi pour « évangeliser » (p 200)

Les Auteurs : René Pottier , né en 1897 à Beaugency (France), peintre et littérateur, se piquant d’histoire (dont une « Histoire du Sahara ») , membre de l’Académie des sciences coloniales (c’est tout dire !)  a publié beaucoup d’ouvrages aux titres significativement évocateurs (biographies, romans.....) bien dignes de la littérature colonialiste française en Algérie et au Maghreb.

A. Rebahi est auteur et éditeur...qui tente , avec succès, de dépoussiérer (et de commenter dans les présentations) les vieux fonds de bibliothèques (de l’époque coloniale) très difficilement accessibles de nos jours.

Extraits « Malgré ses divisions internes, la population berbère demeure, à travers toutes les vicissitudes , comme un arbre robuste fortement acclimaté au sol africain » (p 26), « Les Berbères n’ont jamais produit de ces œuvres qui excitent l’admiration des foules, cela tient à ce qu’ils sont restés à un stade de civilisation qui ne dépasse guère celui de l’ère néolithique... » (p 60), « Les Berbères ne réparent pas une maison lézardée, ils la laissent s’écrouler et reconstruisent à côté ;il en fut ainsi des matériaux extraits des arcs de triomphe non entretenus après la chute de l’Empire (romain) » (p 183) ,« Les Berbères aiment disséquer leurs pensées. Ils les examinent sous tous leurs aspects puis, tout à coup et sans raison apparente, ils partent dans une longue digression » (p 187)

Avis : « De la prose extatique et fiévreuse d’un militant colonialiste doublé naturellement d’un missionnaire catholique aux envolées prosélytiques troublantes » (A . Rebahi, préface).Donc, ne pas « jeter à la poubelle » mais  à lire.....avec précaution.

 Citations : «  Un autre pont se rattache à l’amour que les Berbères ont voué à la liberté et fait que Saint Augustin est bien des leurs : la haine de l’oppresseur » (p 30), « Augustin est donc devenu un saint parce qu’il a été un saint berbère. Il n’a pas détruit sa nature, il l’a améliorée (.....). Il était Berbère et n’eut qu’à rester Berbère parmi les siens pour se faire comprendre et aimer » (p 35), « Il n’y aurait plus de société possible si nous ne voulions croire  que ce nous comprenons » (p 197)