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Autobiographie Rachid Benyellès- "Dans les arcanes du pouvoir"

Date de création: 28-02-2019 12:41
Dernière mise à jour: 28-02-2019 12:41
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DEFENSE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- AUTOBIOGRAPHIE RACHID BENYELLES- «  DANS LES ARCANES DU POUVOIR.... »

Dans les arcanes du pouvoir. Mémoires (1962-1999). Autobiographie (et Essai) de Rachid Benyellès. Editions Barzakh, Alger 2017, 1 200 dinars, 413 pages.

 

Les (anciens) militaires, des généraux,  passent au confessionnal. On a eu d’abord Yahia Rahal qui , le premier, avait secoué le cocotier, puis Khaled Nezzar. C’est donc au tour de  Rachid Benyellès qui, on s’en souvient, s’était présenté à une élection présidentielle, celle de 2004 , mais sa candidature avait été rejetée  par le Conseil constitutionnel faute de parrainages suffisants ( ?!) .Evoluant « dans une sorte d’entre-deux très inconfortable », perçu comme réconciliateur et /ou éventuel médiateur par certains (des dirigeants du Fis) , ou islamiste par d’autres ( les « éradicateurs ») , on se souvient aussi de sa « contribution » (il n’y a pas participé directement) aux rencontres dites de Sant’Egidio qui avaient abouti à la signature du « contrat de Rome ».

Le général se raconte donc en nous livrant tout (ou presque tout) sur son parcours :

Dans une première partie assez consistante......intitulée « Les années de quiétude », c’est le déroulé de plus de 30 ans de vie (presque) au cœur du système militaire et politique. D’abord en tant que membre de l’Aln, ses études, puis ses premières missions, convoyant des cargaisons d’armes destinées à des mouvements de libération africains (avec un vieux pinardier, l’Ibn Khaldoun), puis préparant la mise en place de la nouvelle Marine nationale , puis en tant que dirigeant la base de Mers El Kébir (« évacuée de façon anticipée »  par les troupes françaises ), puis avec Ahmed Ben Bella (un « véritable potentat »), puis avec Houari Boumediène (dont il fut le premier aide de camp, le secrétaire particulier et le chef du protocole) et son  « coup de force » du 19 juin 1965 et sa politique régionale, puis avec la succession et l’arrivée de Chadli Bendjedid (« candidat par défaut ») , puis gérant la direction de la Marine nationale au ministère de la Défense nationale,  puis au Sécrétariat général (il sera alors mis au courant de la présence française à Oued Namous)   avec tous ses conflits (entre autres avec Mostefa Belloucif)...puis en tant .membre du Bp du Fln (et du groupe de travail – Messadia, Louanchi et  Ait Ouazzou - ayant introduit le  fameux article 120....découvert à travers la lecture des statuts du parti communiste de l’Urss) et , enfin,ministre des Transports .....Et puis, l’explosion d’Octobre 88 (« somme toute, il n’y avait rien de catastrophique », écrit-il sur l’ampleur des événements et les dommages causés!).

La deuxième partie, est intitulée « Les années de sang ». C’est tout dire !On aura ainsi l’histoire du pays à travers tous les événements ,douloureux pour la plupart ,vécus : l’émergence des islamistes et du Fis, le Hce, l’action armée des islamistes, Liamine Zeroual, San’ Egidio, les « magouilles politiciennes » et les massacres collectifs.....Une partie qui relève bien plus de l’essai que de l’autobiographie, avec des points de vue parfois assez subjectifs, tout particulièrement sur les « éradicateurs », sur la presse francophone, sur les « pagsistes » et les « crypto-communistes » , sur le duo Zeroual-Betchine, sur les « panels »  de la troika, européen, onusien...sur Bouteflika (« porté , dit-il dans une courte posteface, au pouvoir par une autre (la septième depuis l’indépendance !)  intervention de l’Armée, un autre « coup de force » ).....et sur certains militaires impliqués dans les « magouilles » politiques.   Avec , toujours, cela va de soi , un profond respect pour l’ Armée.

Une deuxième partie un peu (assez ?) macabre avec la litanie des crimes terroristes ,  des massacres collectifs et des mesures répressives , dont les éloignements et emprisonnements massifs des personnes soupçonnées d’être des militants du Fis

Quelques erreurs : N. Boukrouh n’a jamais été ambassadeur au Liban...Le Mcb n’a jamais été agréé en tant qu’ « Association à caractère politique » et le Rcd a été agréé en même temps que le Fis et le Pnsd, le 6 septembre 1989.

Quelques silences : Sur les morts de Annaba lors du coup « de force «  du 19 juin. On (les sexagénaires et plus) dit (encore) qu’il y a eu des dizaines de morts (et non « une dizaine d’adolescents ») mitraillés par un (et non par des ) officier (s) qui n’a jamais été inquiété et encore moins jugé....... Sur les noms des quatre autres dirigeants de la Révolution ayant partagé , avec Mohamed Khider , les fonds du Fln.

Et, pas mal de « révélations » ou de précisions.....dont la « découverte »  du « Fonds national de solidarité nationale »  (surtout des bijoux) dans un coin du bureau de A. Ben Bella, trésor alors confié, après inventaire à la Banque d’Algérie ; les bilans « mitigés » de certains grands travaux (Barrage vert, Route transsaharienne..).... 

L’ Auteur : Né à Tlemcen le 2 mars 1940 à Mansourah (Tlemcen) . Général à la retraite, il avait rejoint , encore lycéen (terminale) au Maroc (Fès)  les rangs de l’Aln en 1957.....qui l’envoya (d’office) étudier à l’ Académie navale d’Alexandrie. En 1964, il prend le commandement du navire  l’Ibn Khaldoun pour transporter des armes au profit des guerilleros mozambicains et angolais. ....Commandant de la base navale de Mers El Kébir., juste après son évaculation par l’armée française...Sg du Mdn en 1984....Ministre des Transports ......et départ à la retraite après Octobre 1988

Extraits : « La nouvelle armée algérienne prit le nom (le 28 septembre 1962)  d’Armée nationale populaire (ANP) , une appellation dans le droit fil du discours populiste alors en vogue, au lendemain de l’Indépendance » (p 35), « Houari Boumediène aurait confié , à certains collaborateurs, son intention d’opérer des changements importants dans le pays, mais sans préciser lesquels, ni quand. D’aucuns avancèrent qu’il parlait du Fln. Houari Boumediène disparaîtra sans avoir révélé ce qu’il comptait en faire vraiment » (p 108) , « Calme et efficace, Chadli Bendjedid est un homme solitaire et introverti ;il n’a certes pas l’autorité et la vision lointaine de son prédécesseur, mais il compense ses lacunes par une bonne expérience des hommes «  (p 137), « Patriote sincère, intègre et travailleur infatigable, Mouloud Hamrouche est un homme que le doute ne traverse jamais. Lorsqu’il a une idée en tête, il n’en démord plus, quelle que soit la réalité sur le terrain » (p 245)

Avis :  De l’Histoire contemporaine assez « vivante ». Avec tous les détails. Un livre qui se lit (car écrit) , d’ailleurs, comme un roman......et, ce qui est le plus intéressant, il a pris le parti (délicat) de citer nommément les acteurs du moment. Dommage qu’il ne p (v) eut (pas) écrire sur l’après-1999. Il est vrai , dit-il,  que « l’ère ouverte avec l’avènement de Abdelaziz Bouteflika nécessite, à elle seule, la rédaction de plusieurs ouvrages » et il « ne se sent pas en mesure de le faire ». Tellement de choses à dire !

 Citations : « C’est tout là le drame de notre diplomatie . Elle aura été au service de toutes les causes justes dans le monde excepté celle qui la concernait en premier lieu » (p 143), « Les Algériens éprouvent une méfiance atavique envers ceux qui détiennent le pouvoir ;ils leur prêtent une intelligence diabolique et pensent que rien n’est fortuit de leur part. C’est un phénomène qui remonte à la guerre de libération, époque au cours de laquelle, il était déjà question de complot des colonels......Et la liste est longue ! Pour beaucoup d’Algériens , tous ce qui vient du pouvoir est sujet à caution » (p 221)