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Récits Marie Claude Radziewsky - "Les femmes vaillantes"

Date de création: 28-02-2019 12:34
Dernière mise à jour: 28-02-2019 12:34
Lu: 14 fois


POPULATION- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- RECITS MARIE CLAUDE RADZIEWSKY- « LES FEMMES VAILLANTES »

Les femmes vaillantes. Récits et témoignages  de Marie –Claude Radziewsky (Préface par Garbiñe Larrazabal Iturregui, universitaire espagnole)  Casbah Editions, Alger 2018, 800 dinars, 284 pages.

Messaouda, Anissa, Shasha, Djamila, Dalila, Salima (Souakri),.......les Algériennes....et quatre d’origine  étrangère.

Dix femmes, dix portraits à travers dix entretiens (souvent commentées) menés par une autre femme (« une femme extraordinaire » et il faut lire son premier ouvrage consacré à sa carrière , un livre  édité en Algérie : « Le théâtre de la vie :Mémoires d’une avocate engagée »,  Ed.Casbah 2015,préfacé alors par Ali Haroun et postfacé par Jacques Vergès  déjà présenté dans Médiatic) au parcours lui-même fait d’engagement de combats pour la liberté des autres.

Les dix femmes se racontent et racontent leur bout(s) de vie où se mêlent de la tragédie, mais aussi de l’humour et beaucoup d’humanité. Elles ont réussi à échapper  (alors que beaucoup d’autres ont « péri » dans le champ de bataille) à l’ignorance, à l’ignominie, à l’intolérance, au fanatisme religieux, à l’autoritarisme intransigeant et injuste,  à la crainte des hommes (le père, le frère, le parent, le voisin....l’autre dont, parfois, la mère ....).

Certaines ont réussi à gagner le combat sur place et sont même devenus célèbres et adulées, à l’image de Salima Souakri, notre championne de judo. D’autres ont réussi à l’étranger, devenant respectées et admirées, à l’image de Djamila, originaire de Dely Ibrahim qui, mariée en Italie..... est devenue pilote d’avion (car ne supportant pas le tangage et le roulis des bateaux)........ce qui lui permet de rejoindre son mari , à partir de Venise,  un (très riche) ingénieur  passionné par la mer et la faune, et travaillant pour la National Geographic Magazine.

Il y a, aussi, Shasha Safir, la native de Saida qui  après avoir refusé, publiquement (dans les années 40)  son mariage (arrangé) avec  un cousin (qui voulait qu’elle arrête de travailler comme institutrice), a, par la suite, épousé un futur avocat et célèbre haut-fonctionnaire tunisien .......Driss Guiga. Une femme adulée pour son charme, son élégance, son ouverture d’esprit, sa modernité, son don de la communication....et qui a énormément fait pour l’image extérieure du pays et  tourisme étranger en Tunisie (dont Hammamet devenue la cité recherchée par la jet-set européenne). Elle était l’invitée des plus grands de la politique et de la culture. Elle est devenue une artiste peintre ayant remportée plusieurs prix internationaux. Elle n’a jamais oublié Saida puisqu’elle y est revenue en visite familiale en compagnie de son époux.

Il y a Georgiana, la roumaine ayant épousé, en 1988 , un médecin Algérien (et , du temps de Ceausescu et de la Sécuritate, ce n’était pas une affaire facile. Dangereuse même). Elle en a vu de toutes les couleurs, en Algérie, avec ses deux enfants, du temps de l’islamisme fanatique triomphant. Séparé de ses deux enfants –sept et neuf ans- , puis divorcée, il a fallu bien du temps –grâce à son nouveau mari, un Algérien - pour les retrouver et les « récupérer » (surtout psychiquement tant ils avaient été « formatés »)

Il y a Mei, la taïwanaise, à l’enfance miséreuse devenue une pianiste mondialement recherchée

Il y a  Evelyne, la française de Dijon, tombée entre les mains d’un gros et très riche homme d’affaires  franco-gréco-camerounais...riche mais grand manipulateur et excessivement égocentrique et possessif. Vingt ans de vie commune, dix ans de bonheur flamboyant et dix d’infortune. Elle est, aujourd’hui, ayant retrouve sa liberté, devenue une spécialiste recherchée de l’économie domestique).

Il y a , enfin ,  Begoña, la jeune fille bourgeoise de Barcelone qui, orpheline, a été maltraitée et exploitée par les parents (sa tante)  qui l’avaient accueilli , réussissant, malgré tout,  à apprendre le chant d’opéra....et à devenir (à partir de vingt-trois ans ) célèbre et recherchée grâce à un répertoire aux compositions lyrique multiples. Elle a chanté avec les plus grands comme Placido Domingo, Montserrat Caballé, Edita Gruberova (artiste slovaque)  , joué les plus beaux rôles comme Brunnhilde dans « La Walkyrie » de Wagner, Marcelina dans « Les Noces de Figaro » ...fréquenté les scènes et les lieux les plus prestigieux du monde (dont au Vatican pour le pape, en 2007).Elle a même créé une méthode pour enseigner la mise en valeur des voix

Dix récits, dix expériences toutes douloureuses mais, heureusement, toutes ayant « bien »  fini .Avec, certes, en cours de route, des dégâts et laissant des traces, ne serait-ce que psychiquement....Comme l’algèbre qui permet de délimiter le problème mais non de le résoudre, si les résultats ont été positifs concernant l’aide aux victimes, ceux de l’égalité des sexes et, surtout la prévention  du machisme et des actes de violence restent encore bien mitigés.

L’Auteure : Née en juillet 1934 à Paris, ayant vécu de 1940 à 1952 à New York. Avocate en 1956 à Paris, elle se consacre à la défense des militants du Fln et à la cause de l‘indépendance de l’Algérie. Elle s’établit en Algérie en 1963. D’abord fonctionnaire au ministère de l’Orientation, elle réintègre, à Alger, le corps des avocats. Elle quitte, en 1993, l’Algérie, fuyant le terrorisme et elle s’établit en Espagne où elle exerce, en tant qu’avocate (Barreau de Malaga).

Extraits : « L’égalité, en matière économique, n’est atteinte dans aucune partie du monde. Le rapport de la Banque Mondiale, en 2012, précise que les femmes effectuent les deux tiers du nombre d’heures de travail et produisent plus de la moitié des aliments, alors qu’elles ne gagnent que 10% du revenu total, possèdent moins de 2% des terres, et reçoivent moins de 5% des prêts bancaires. La parité salariale n’existe pas, même en Occident. Selon la Commission Européenne, les femmes gagnent en moyenne 17,8% de moins que les hommes, pour un travail équivalent. Le ministère du Travail américain nous apprend que ce pourcentage atteint 20% aux Etats –Unis  » (p 42), « Jusqu’à la fin des hostilités (guerre d’Algérie), les colons n’ont jamais cru que les indigènes  triompheraient » (p 143), « L’internement administratif, pratiqué sur de simples soupçons, sans qu’un contrôle judiciaire ne soit exercé, est souvent arbitraire. Ceci ne devrait pas exister dans les pays qui se targuent d’être démocratiques » (p 165), « Les hommes de pouvoir et ceux qui vivent dans l’opulence, sont souvent des personnes difficiles, qui maltraitent psychiquement leur épouse » (p 238),  « Quelles que soient les réponses aux interrogations, il est clair , qu’en ce qui concerne les relations mâles-femelles, à l’instar de multitude d’autres domaines, l’inégalité foisonne sur notre planète » (p 279).

Avis : Des portraits de femmes par une autre femme .Des femmes  toutes  aussi admirables les unes que les autres. Se lit d’un seul trait (encore qu’il arrive qu’on se laisse « scotcher » par un récit ou un autre selon les expériences personnelles ou les rêves inaboutis) , tant on se laisse emporter par des récits simples , émouvants et généreux .On sent l’empathie et de  l’amitié  pour les héroïnes......et pour l’Algérie

Citations : « Au cours d’une plaidoirie, il est essentiel d’adopter les intonations appropriées, pour transmettre aux magistrats la détresse, l’émotion et souvent le repentir, de son client » (p 90), « La réalité est parfois moins difficile à affronter que les songes. Les frayeurs provoquées par les ténèbres ...reviennent occasionnellement, inopinément » (p 136) , « La musique est un bienfait pour tous. Par sa diversité, elle permet de choisir son rythme, afin de ressentir les émotions désirées. Langage universel toujours disponible, elle efface les différences et unit les hommes, quelles que soient leur classe sociale, leur race et leur religion. Les chants parcourent le monde en ignorant les frontières » (p 275), « L’espoir de dompter l’impossible et la persévérance sont les moteurs du progrès » (p 284)