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Essai Mohand Tazerout- "Histoire politique de l'Afrique du nord"

Date de création: 24-11-2017 20:18
Dernière mise à jour: 24-11-2017 20:18
Lu: 2 fois


VIE POLITIQUE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI MOHAND TAZEROUT- « HISTOIRE POLITIQUE DE L’AFRIQUE DU NORD »

Histoire politique de l‘Afrique du Nord. Essai de  Mohand Tazerout (présentation de Sadek Sellam ). Editions Alem el AfkarAlger 2012, 190 pages, 450 dinars

Il part de l’idée (une conclusion tirée de ses lectures , de ses réflexions et de son expérience) qu’il existe un être collectif appelé « Nation nord-africaine »  . C’est cela qui l’entraîne à apporter sa contribution à l’étude de l’histoire de cette entité.....qui , selon lui, a été rendue homogène par l’Islam. Assez engagée comme thèse qui se tient par bien de ses aspects (mais pas tous !) .

Tout d’abord, dans sa bibliographie, il ne retient que les sources arabes :Ibn Khaldoun, Haïdar Bamate, Mouqaddassi, Abou al Arab.....  , faisant exception pour quelques auteurs latins et allemands ...et , il y a deux auteurs français atypiques : Egretaut et Habart. Exit Charles André Julien !

Il va , donc, passer en revue les principales périodes de l’Histoire de l’Afrique du Nord depuis l’Antiquité dans le but de démentir ceux qui dénient au peuple nord-africain « le droit à la liberté de disposer de lui-même » sous prétexte que « ce peuple ne constituerait pas une nation » :

Une première partie sur « L’Afrique du Nord avant l’Islam » ; une seconde sur « L’Afrique du Nord et l’Islam » (une partie, assez longue,  traitée de manière assez philosophique, un peu trop explicative des concepts religieux et des dogmes – Qu’est-ce que l’Islam conscient ? / Les deux dogmes fondamentaux du Coran/ L’Ijtihad et la conversion/ L’Ikhtilaf et la tolérance....- et quelque peu idyllisante) et ,enfin, une troisième partie sur « La colonisation de l’Afrique du Nord et sa libération » .

A signaler , en fin d’ouvrage, en plus de la bibliographie, une liste , très instructive, comportant la traduction des mots en italique (Arabe, Berbère et Turc/ Autres langues) se trouvant dans le texte....et ils sont nombreux

 

 

 

L’ Auteur: Mohand Tazerout, 1893-1973. Originaire de Kabylie, né à Tazerout (Aghribs) et décédé à Tanger  . Brillant élève du « Cours Normal » de Bouzaréah, instituteur (à Théniet-el Had) , décrochant (préparation par correspondance) le baccalauréat « Latin-Langues », naturalisé français , en 1914, « pour échapper aux discriminations coloniales », mobilisé durant la première guetre mondiale , licence d’allemand,  professeur dans plusieurs lycées parisiens , grand traducteur (il maîtrise l’allemand, le russe, le perse, le mandarin...) , résistant sous l’Occupation nazie, assimilationniste au départ, il découvre par la suite la gravité des problèmes coloniaux . Revenu de l’illusion assimilationniste, sans doute sous l’effet de la « guerre totale » menée par la France  en Algérie, ce sera alors un retournement qui l’amène à une profonde révision de sa culture historique.

Extraits : «  Placé historiquement sous les régimes successifs de l’esclavage antique, du servage chrétien, de la piraterie internationale et du capitalisme colonisateur, le peuple nord-africain s’est toujours conduit en protestataire  véhément, contre toutes les atteintes portées à sa liberté native d’homme égal aux autres hommes de la création adamique «  (avant-propos, p 37) , « Toute l’industrie algérienne (durant la colonisation), dans la faible mesure où elle existe, ne produit pas pour l’Algérie, mais pour le France et à l’étranger » (p  41), « Les Nord-Africains , particulièrement en Algérie, n’ont jamais perdu dans l’antiquité la pleine conscience de leur personnalité ethnique et leur irréductibilité foncière aux Carthaginois, aux Romains et aux Chrétiens » (p 49), « L’on accuse encore aujourd’hui les indigènes d’Algérie de faire des séances d’une journée entière dans les cafés maures, devant une demi-tasse de liquide noirâtre, qui constitue souvent toute leur nourriture quotidienne , c’est que le colonisateur les avait déjà réduits à cette extrémité désespérante. Il est difficile aux hommes de remonter le courant en cherchant vainement à se débarasser de mauvaises habitudes prises, que d’autres font tout leur possible pour les rendre invétérées à leur détriment » (p 56)

Avis : Un livre « oublié » -qui date certes et au style quelque peu désuet – mais une production qui mérite amplement d’être re-découverte. Et, son auteur avec ! Bref, « un kabyle hors du commun »(J-P Peroncel Hugoz) ....mais « injustement ignoré » (K. M’hamsadji) .Auteur de plusieurs ouvrages, près d’une quinzaine dont l’un en 5 tomes (« Au congrès des civilisés », 1955-1959) .  Un hommage, le seul, lui a été rendu , à  l a Bibliothèque nationale d’Alger en 2015.Hélas, il n’est pas le seul.

 Citations : «  L’obscurité relative qui règne aujourd’hui sur l’histoire de l’Afrique du Nord provient de ce qu’elle a toujours été écrite par des étrangers. Chacun de ceux-ci s’ingénie le plus naturellement du monde à décrier les envahisseurs précédents, sans jamais chercher à connaître pour autant la mentalité des autochtones, qu’il se borne à exploiter dans l’intérêt exclusif des conquérants momentanés » (p 45), « La propagnade des idées , même les plus manifestement fausses, n’a rien de comparable à une « guerre sainte » de conquérants ou de colonisateurs ; elle provoque la  critique et l’autocritique comme propagande contraire ; mais non la croisade et la répression racistes des peuples momentanément forts contre leurs adversaires momentanément faibles » (p 114)