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Roman Rachid Boudjedra- "La dépossession"

Date de création: 22-11-2017 18:05
Dernière mise à jour: 22-11-2017 18:05
Lu: 3 fois


HISTOIRE - ROMAN R. BOUDJEDRA- « LA DEPOSSESSION »

La dépossession. Roman de Rachid Boudjedra. Editions Frantz Fanon, Tizi Ouzou  2017( Editions Grasset & Fasquelle, Paris 2017) , 201 pages, 700 dinars

Une abracabrante histoire familiale : un père, incroyable coureur à travers le monde d’affaires  de fortunes et de  femmes ; passant son temps à ramener au domicile familial des petits enfants perdus...ou fruits de ses  amours passagères. Une mère inénarrable,  accusée (injustement) d’avoir commis un adultère , alibi pour la marginaliser et pour  ne plus l’honorer comme il se doit......mais toujours bien entretenue.Un frère aîné et aimé médecin  , homosexuel, banni par le père et qui se suicidera en terre étrangère. Une soeur adoptive (ou demi-sœur) adorée mais insaississable. Un oncle, tout le temps plongé dans la comptabilité des affaires de la famille .    Des amis du père et de l’oncle -  dont l’associé, Jacob Timsit, un juif issu d’une famille très proche des Indigènes puis de la lutte pour l’Indépendance du pays - tout le temps en conciliabule dans la pénombre du cabinet d’expertise comptable . Il y a, aussi, un étrange individu, artiste –peintre de son état, au nom de Albert Martinet . Il maîtrisait la langue arabe...et son épouse était une « grande dame » aux chapeaux fleuries.

Et, au centre de l’histoire –une histoire  qui traverse le temps ; celui de l’époque coloniale , mais aussi celle de  de la guerre et de l’Algérie indépendante.....entre Constantine ,  Bône (Annaba) et Alger......- deux tableaux :l’un conquérant et agressif (du XII ème siècle, « La prise de Gibraltar », par 300 guerriers arabes.....et 10 000 Numides  ) est signé du plus grand peintre de l’âge d’or musulman, Al Wacity ; l’autre pacifique et paisible  (du XXème siècle, « La Mosquée de la Place du gouvernement »)  d’Albert Marquet lui-même, magistral impressionniste, ami de Matisse, installé en Algérie depuis 1927. Des tableaux qui résument la mémoire du Maghreb.

Personnage principal, un jeune homme miné par une obésité boulimique, surplombé par un père trop complexe, qui écume les rues avec son copain d’enfance ,un beau gosse , clown et séducteur  coureur de jupons impénitent.

C’est en se ressourcant aux deux tableaux accrochés dans le cabinet d’expert comptable de son oncle qu’il trouvera une certaine  sérénité. Il deviendra architecte . Il passera , bien sûr , par une participation à la guerre de libération nationale.......et en épousant la fille d’un riche colon , en rupture de ban bien avant la guerre.

Hélas, l’atelier (sis à la ville « Djenane Sidi Said ») et une partie des  œuvres de Marquet  (décédé en 1947)  légués à l’Algérie (une vingtaine de toiles ...seulement , se trouvent au musée des Beaux Arts d’Alger)  – seront , plus tard, à la mort de l’épouse en 1971 , à Alger, usurpés par un « petit bureaucrate corrompu  du ministère chargé de la préservation de la Culture »  . La dépossesion du pays  d’une partie de sa mémoire et de son histoire venait de commencer !

Ah oui ! Pour ne pas changer, l’auteur « descend en flammes », au passage,  Isabelle Eberhardt « qui ne faisait que forniquer et boire avec le premier nomade qui passait par là », Etienne Dinet , « homosexuel et médiocre artiste qui était venu dans le Sahara pour trouver de jeunes amants ...et officier minable des renseignements généraux français » , Delacroix qui « avait du génie mais c’était un flic », Gide « qui écumait la ville de Biskra et dont la pédophilie était notoire » .....

 

L’Auteur : Né en 1941 à Ain Beïda (Aurès), études en maths et en philo. Enseignant universitaire puis, à partir de 1972, il se consacre à l’écriture. Auteur d’une œuvre considérable , traduite dans le monde entier. 

Extrait : « Les Ottomans s’installèrent en Algérie de 1516 à 1830 et se comportèrent  comme des colonialistes sans foi ni loi. La,population algérienne déserta las côtes et les plaines du pays fertile ; et s’installa sur les montagnes et dans le désert, pour fuir les Turcs, souvent des janissaires et des mercenaires venus des Balkans et qui se comportèrent en mercenaires impitoyables » (pp 172-173)

Avis : Texte labyrinthique. Ecriture torturée. Style aux multiples formes  . Beaucoup de fautes techniques (avec des mots tronçonnés et même une  phrase incomplète, en page 195, 1er paragraphe )....et une erreur( ?) historique : le 20 août 1955 s’est déroulé à Skikda et non à Constantine.

Citations : « L’homme est voué à la guerre.....Il aime ça......Mais, on ne parle que des grandes : les deux guerres mondiales. On ne parle pas des guerres anticoloniales(Vietnam, Madagascar, Algérie) , les guerres d’Irak, de Libye, et de Syrie aujourd’hui ! » (p 29) , « Le malheur est jaune safran et l’anxiété a une couleur verte » (p 184), «  Quelle différence entre un cimetière musulman ou chrétien et un autre juif ? Tout cela se vaut : de la terre et des vers et des racines et du silence » (p 188), « Les autorités n’aiment pas les statistiques sèches. Elles les préfèrent enrobées »  (p 188) , « Le visage humain est un palimpseste qui s’efface et se réécrit éternellement avec l’acuité et la lucidité de la conscience impitoyablement crue et cruelle que nous impose la réalité du monde où nou sommes en représentation » (p 193)