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Essai K. Berger et C. Ray - " .....Algérie/France..."

Date de création: 22-11-2017 17:37
Dernière mise à jour: 22-11-2017 17:37
Lu: 3 fois


HISTOIRE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI K. BERGER ET C.RAY- « .....ALGERIE/FRANCE..... »

 

Toi, ma sœur étrangère. Algérie-France sans guerre et sans tabou. Essai de Karima Berger & Christine Ray. El Ibriz Editions, Alger 2016 ( Editions du Rocher, 2012). 192  pages, 620  dinars

Elles voulaient « goûter ensemble le sel de leur histoire ». L’une est Algérienne musulmane, une « indigène », une « Arabe », l’autre est une « roumia » de France ayant vécu une partie sensible de son enfance en Algérie (cinq années : 55-59, de l’âge de trois ans à huit) , avec des parents «  transplantés » professionnels.

Elles n’ont pas eu l’occasion de se croiser alors et encore moins « manger du sel ensemble » et pourtant, bien des années plus tard, elles ont bien des choses à dire et à se dire......les deux n’arrivant pas à se « libérer » du pays d’adoption (l’Algérie) pour l’une, du pays natal (l’Algérie encore et toujours) pour l’autre, car elles sont encore « habitées » par une histoire commune, un lieu commun, un soleil toujours éclatant et des événements partagés.

Un livre à deux voix, beaucoup de questions et des réponses se terminant bien souvent ....en questionnements. Il est vrai que, aussi bien pour l’une que pour l’autre, il est toujours difficile d’analyser et encore moins de juger  de situations vécues durant l’enfance et les maux des autres.

La société algérienne, la guerre pour l’Indépendance, le racisme pied-noir, et /ou l’indifférence des autres à l’endroit des « indigènes » , l’Islam, les religions, la tolérance, les personnalités qui ont marqué l’Histoire coloniale ( dont l’Emir Abdelkader, le Cardinal Duval, Camus, Germaine Tillon, ...) , les croyances, la femme, les lieux (Tipasa, Alger, Timimoun....) , l’exil......tout y passe nous laissant parfois sur notre faim. Mais ce qui transparait le plus , c’est bien un amour « fou » (avec ses souffrances,ses angoisses et ses joies) pour l’Algérie telle qu’elle a été vécue certes (avec des yeux d’enfant, cela s’entend) , mais aussi telle qu’elle est aujourd’hui.  Et,toujours, de l’ espoir.

 

Les Auteures : Karima Berger, l’Algérienne, est née à Ténès. Et,  ayant vécu à Médéa jusqu’en 1963.  Etudes de droit et sciences politiques (Université d’Alger). Départ en France en juillet 1974 à l’âge de vingt ans. Auteure de plusieurs romans et essais (dont un édité en Algérie en 2013, « L’Enfant des deux mondes ») Christine Ray – aujourd’hui plasticienne et écrivaine - , née en France, et arrivée en Algérie en 1955 à l’âge de trois ans, a passé quatre années de son enfance à Alger (1955-1959). Elle y est revenue comme journaliste entre 1979 et 1983. Auteure de plusieurs essais, notamment une livre d’entretiens sur le Cardinal Duval.

Extraits : «  Mon pays est cet archipel aux filiations multiples, souterraines, aux identités plurielles qui creusent la matière de son histoire «  (Karima, p 15), «  L’Algérie (...) est une très belle femme, généreuse et splendide, elle a des enfants, très beaux aussi mais il lui manque un homme et personne ne veut l’épouser » ( Karima, p 52), «  A l’inverse de nous, nos voisins marocains vivent leurs origines de façon plus décomplexée, c’est qu’ils n’ont pas connu la dépossession des Algériens ; chez nous, même après la guerre, c’est encore la guerre » ( Karima, p 63), «  La guerre d’Algérie , pour moi, ce sont des images de fils de fer barbelés. Ils ont poussé partout.Et les voilà , aujourd’hui, au cœur de l’Europe »  ( Christine, p 83) , « L’Orient n’était pas qu’un continent ou une terre, il était une idée, une vision , un horizon, une boussole pour le cœur ;aujourd’hui, il est devenu une immense plaie, une terre à occuper, détruire et ....recontruire pour les plus grands bénéfices futurs des marchés »  (Karima, p 187)

 Avis : Un ouvrage à deux voix , et tout particulièrement en forme d’ essai, est toujours difficile à lire. Et, quand les sujets sont délicats, la liberté de ton ne cache pas toutes les divergences, la Guerre laissant toujours des traces même chez ceux et celles les moins engagées. Une psychothérapie à deux ? Un livre –défouloir ? Un livre qui tente de rassembler, surtout !

 Citations : « Celui qui ne brûle pas derrière lui son bateau et reste les yeux rivés sur le pays perdu, risque de brûler ce qui est devant lui.  Plutôt que de gagner le large de sa nouvelle terre et aller voir ce qui l’attend, il ne cesse de revendiquer son origine par une série de signes qui émergent comme des épaves à la surface d’une mer gelée......Il demeurera à l’âge où il a quitté son pays » (Karima, p 31) , «  Le « voir » est un art suprême dans la culture arabo-musulmane, et les femmes maîtrisent plus que tout cet art en restant cachées ; voir au dehors, c’est s’évader » (Karima, p 54) , « Libération , c’est tellement beau pourtant ! Dans Libération, on est dans le plaisir, dans Indépendance, on est dans l’après-coup.....Indépendance appartient aux politiques, Libération appartient au peuple » ( Karima, p 77), « Les religons ont transmis les textes, les saints, les récits de ceux qui ont cherché Dieu. Mais elles ont aussi accaparé le divin, enchaîné les esprits au lieu de les libérer. C’est un tout, mauvaises herbes et bon grain mêlés. La foi s’y fraye un petit sentier «  ( Christine, p 126)