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Essai A. Cherki - "Lettre à moi-même"

Date de création: 22-11-2017 17:24
Dernière mise à jour: 22-11-2017 17:24
Lu: 1 fois


HISTOIRE – BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI A. CHERKI – « LETTRE A MOI-MEME »

Mémoire anachronique. Lettre à moi-même et à quelques autres. Essai de Alice Chekri. Editions Barakh, Alger 2016, 370 pages, 950 dinars. Ouvrage annoncé également en France aux Editions de l’Aube

Elle est loin, très loin de ces « nouveaux » intellectuels médiatiques (d’ici et d’ailleurs) « qui ne savent rien de la guerre et qui la pratiquent, qui n’ont aucune expérience, même viscéralement, quelles que  soient leurs performances de ce  qu’est le décentrement, le « messianisme » dirait Derrida, ou le « désert du désert ».Une position où elle se reconnait comme personnne et comme analyste.

Plus simplement , elle est, en fait, profondément humaine, totalement universelle et entièrement Algérienne

Déjà , au début des années 50, s ’était précisé , pour elle , le sentiment que la France et les Français étaient étrangers à l’Algérie . Fin 54-début 55,  étudiante en médecine, à Alger,  fréquentant l’association de André Mandouze, alors professeur de Lettres,  proche de Boualem Oussedik, de Daniel Timsit, de Pierre Chaulet , de Saïd Hermouche (un des premiers étudiants à prendre le maquis ), de Janine Belkhodja....et de F. Fanon, elle était déjà convaincue que « l’Indépendance de l’Algérie était souhaitable et inévitable ».

Elle soutient la lutte de libération nationale : formation d’infirmiers, approvisionnement en médicaments, collecte et diffusion de tracts, résistant face aux étudiants pro-Algérie française, antisémites et « machos ».....Détail important,  un soutien qui ne relevait d’aucun « militantisme », mais plutôt et surtout d’un « engagement avec une participation active ». Non  pour réaliser un « tout idéal », pour défendre « la Cause », mais pour que s’inscrive une différence......relative, mais essentielle à ses yeux : Que les Algériens colonisés sortent de la situation coloniale, que les filles aillent à l’école et autres mutations. De l’humain, de l’universel et de l’Algérianité avant tout.

Elle nous raconte donc, à travers  douze années de vie, son itinéraire, non de façon linéaire («  un travail fastidieux ») mais au fil de ses souvenirs retrouvés (parfois difficilement, le temps assassin ayant parfois« silencié » la mémoire) dans un mélange de lieux et de temps, donnant encore plus de suspens à ce qui va être dit le paragraphe ou le jour suivant. A chaque page, on (re-) découvre , avec elle, un moment de vie. Donc, pas un récit historique mais une « traversée », « une lettre , littéralement la lettre en souffrance à partir de laquelle viennent se former des mots ou des paroles qui s’adressent à un autre, intérieur ou extérieur »  .

Avec, bien sûr, des pointes d’humour, un esprit critique très finement ciselé  (règlant , au passage, quelques « comptes » : en fait, elle dit, tout simplement, directement, ses « quatre vérités » « à ceux qu’elle aime » ...et « à ceux qui ne l’aiment pas » ) et  quelques « révélations ».

Soixante-dix pages d’annexes dont trois   merveilleux textes : le premier sur son père, « L’homme au profil andalou » ( Chèvrefeuille étoilée, 2007); le second, « Fille d’Alger » ( Bleu Autour, 2012) et  le troisième , « Qui êtes-vous, madame la France ?» ( Gallimard, 2007),  les trois documents publiés dans des ouvrages collectifs (français) dirigés par Leïla Sebbar.

 

L’Auteure : Psychiatre, psychanalyste, essayiste. Née à Alger en 1936,  renvoyée de l’école publique à l’âge de 4 ans alors élève en maternelle , par les autorités « pétainistes » et pro-nazies de l’époque, parce que « juive », étudiante à la fac’ d’Alger durant les années 50. Part active (en Algérie, en France, en Tunisie, en Rda....) dans la lutte pour l’Indépendance (elle parle surtout de « guerre contre la France », ce qui est un concept à mieux et à plus approfondir par nos historiens). A collaboré avec F. Fanon , à Blida et en Tunisie. Vit et travaille à Paris depuis  1965, mais revient très régulièrement à Alger.  Auteure de plusieurs ouvrages dont « Frantz Fanon, portrait » édité en 2000 aux Editions Le Seuil ainsi qu’à Alger   et elle écrit dans de nombreuses revues . Séjourne plusieurs fois par an en Algérie dans le cadre de commémorations, de manifestations et de formation...

Extraits : « Les Allemands ont très peu de curiosité pour les Maghrébins, pas assez orientaux pour leurs fantasmes » (p 43) ,  « Ai-je raison de rappeler l’antisémitisme massif des Européens d’Algérie si occulté de nos jours ? En lieu et place , on clame l’antisémitisme des musulmans maghrébins. Il existe, certes, essentiellement lié à la confusion entre sionisme et judaïsme, au conflit israélo-palestinien et à la ségrégation larvée des enfants de banlieue » (p 48), « Je peux nommer ce qui me fascine à travers les années chez certains hommes : leur haine du lien qui leur fait entreprendre tous azimuts, et peu après déconstruiire, détruire même. Cela ne concerne pas seulement les artistes, mais aussi des hommes politiques - et, pour ces derniers, je dirais surtout. » (p 50), « Il y a , en France du moins, un énorme tapage autour des juifs qui partent pour Israël, pas un mot sur ceux, nombreux, qui en reveinnent «  (p 171),

Avis : Emouvantes, captivantes.....confessions. Accompagnées  d’un amour réel, profond .....et fou (et « jamais déçue par l’Algérie » ) pour le pays natal, pour la terre des ancêtres. Toujours moudjahida (forcée à un certain « exil », car refusant de se plier au « diktat » d’un article exhortant à demander la nationalité algérienne « pour services rendus à la Révolution », elle dont ses   ancêtres , issus de l’antique diaspora et des Berbères judaïsés, ont habité l’Algérie depuis plus de deux mille ans. Elle a reçu la nationalité algérienne par décret présidentiel du 13 novembre 2012

Pour la première fois, je re-lis un ouvrage juste après l’avoir lu. Non pour mieux comprendre des thèses ou des points de vue ou des appréciations , jamais osées ou originales, mais pour apprendre.

Citations : «  La série télévisée, de préférence policière, a pour effet de suspendre l’angoisse, de la suspendre seulement » (p 46) , « On s’engage au nom de ce qui va être différent sans qu’il s’agisse d’idéologie. Lutter,  combattre même pour un changement que l’on estime nécessaire, n’implique pas que l’on y mette tous ses espoirs ou que l’on s’y perde ; il suffit d’espérer seulement qu’à l’issue du combat s’inscrive une différence » (p 123) , « L’identité n’est pas un précipité chimique ; si l’on peut parler d’identité , c’est un index tendu vers ce qui vient, est à venir, se transforme, laisse des traces. Assigner à un sujet une identité est le propre du nationalisme et même de l’intégrisme . Dire « je suis » est un franchissement de cet assujettisseemnt et se fait à partir de multiples identifications toujours en mouvement et toujours à venir » (p 154), « Un livre, une fois écrit et livré aux lecteurs, on l’oublie. A la différence d’un enfant » (p 193)