Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Roman M. Haddad- "Le quai aux fleurs ne répond pas"

Date de création: 13-11-2017 18:49
Dernière mise à jour: 13-11-2017 18:49
Lu: 4 fois


CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN M. HADDAD- -  « LE QUAI AUX FLEURS NE REPOND PAS »

Le Quai aux fleurs ne répond plus. Roman de Malek Haddad (préface de Nedjma Benachour) . Editions Média Plus, Constantine 2008 (Editions René Julliard, Paris 1961), 650 dinars, 173  pages.

Un roman où se côtoient le passé et le tragique .. ....avec une chaîne de relations impossibles, comme l’écrit Aragon, poète et ami de Malek Haddad. Heureusement  , pourrait-on dire, car, « c’est dans la douleur que naît le chant ». Et quel chant que ce roman !

Un roman dont l’exil est beaucoup plus l’auteur que le cadre.

Paris, Constantine. La France, pays colonisateur ; l’Algérie pays colonisé. La guerre qui ne dit pas encore son nom.....en tout cas à Paris .

L’histoire de deux amis, l’arabe :  Khaled ben Tobbal, écrivain et poète indépendantiste , toujours « supporté » par les autorités coloniales, en exil à Paris.....laissant (abandonnant ?) derrière lui Ourida (l’encore jeune et toujours belle épouse) et les enfants. Simon Guedj, avocat , enfant de Constantine, époux assez mal compris de la belle Monique, elle-même fervente (un peu trop ?) admiratrice de Khaled. Monique qui ne supporte plus « les confidences de la vulgarité générées par une intimité de plus ne plus insupportable et usant l’amour ». Simon était devenu gros et « petit » et Monique l’insupportait .

Voilà donc le génial, le beau et l’enigmatique Khaled qui apparaît et c’est la découverte d’un autre homme, d’un autre monde, d’une autre vie.

Entre-temps, la belle Ourida ne répond plus aux lettres . Elle file le parfait amour avec .......un officier parachutiste. Khaled ne l’apprendra que plus tard, très tard, par la presse (après l’exécution des deux « tourtereaux », l’officier para et la femme infidèle ).

Fin d’un amour trop idolâtré. La fin d’un homme qui, peut-être , bien que très, trop patriote n’a pas, à force de trop sacraliser ses sentiments, et de trop respecter ceux des autres.....finira par ne choisir, une fois encore, que la fuite en avant....dans la mort

 

L’Auteur : Constantinois (né le 5 juillet  1927) . Un père instituteur. contemporain (et ami) de Kateb Yacine et de M’hamed Issiakhem, (ils formeront un «  trio infernal » selon Mohamed Harbi)  un des pionniers de la littérature nationale francophone, auteur de quatre romans, d’un essai et de deux recueils poétiques. Une œuvre traduite en près d’une quinzaine de langues. Durant la guerre, il effectuera plusieurs missions (à l’étranger) de conférencier et de diplomate au nom de l’Algérie combattante. Après l’Indépendance, il mènera une carrière de journalisme culturel tout particulièrement dans le quotidien An Nasr (de Constantine) de 1965 à 1968.  Directeur de la Culture au ministère de l’Information et de la Culture avec le ministre M-Seddik Benyahia (1968-1972) , puis Ces au sein du même ministère (chargé de la production culturelle en français).  Co-fondateur et animateur de l’Union des écrivains algériens (Sg de 1974 à 1976) . Un seul regret pour tous ses admirateurs : il avait décidé de ne plus écrire en français...qu’il considérait désormais comme sa douleur et son exil. Décédé à Alger le 2 juin 1978.

Extrait« Il est étrange que peu d’amitiés aient résisté à l’expérience conjugale. Chacun rentre chez soi. On relègue ses souvenirs dans l’album des vieilles photographies. L’amitié devient presque une erreur de jeunesse, un enthousiame péjoratif , un laisser-aller de mauvais goût. Une fois marié, on n’a plus d’amis, on a des relations » (p 101)

Avis : Dernier (et plus fameux) roman de Malek Haddad. Triste à en mourir. La guerre, l’amour, les trahisons......un mélange assez douloureux. Aujourd’hui, pour emprunter à l’auteur lui-même, Malek Haddad peut  « apparaître comme un écrivain qu’alors que le siècle est à Pierre Boulez ». Heureusement, de la belle musique !

Citations : « Lorsqu’une femme devient injuste, c’est qu’à coup sûr elle perd du terrain » (p 23), « L’exil, c’est une mauvaise habiture à prendre » (p 27), « Un patriote ne fait pas la patrie, mais la patrie permet les patriotes » (p 39), « Il n’y a pas de goutte d’eau d’eau qui fasse le vase. Il faut plusieurs gouttes d’eau pour faire débordre le vase, c’est tout » (39), « Il n’est rien d’être un homme. Rien, absolument rien. Mais être humain, voilà le difficile, voilà l’essentiel » (p 43), « Une amitié qui s’effrite, c’est le passé qui tombe en ruine, c’est le temps qui dévore la mémoire »  (p 100), « Le printemps ne dure pas très longtemps en Algérie. Sa mission consiste surtout à annoncer l’été » (p 147)

------------------------------------------------------------------------------

Note : Le deuxième roman est « Je t’offrirai une gazelle », préfacé alors par Yasmina Khadra (« son disciple »).  Media-Plus. Constantine 2008 (1ère édition : en 1959 chez Julliard, Paris), 169  pages, 400 dinars

 

« C’est certainement le plus grand écrivain francophone de son temps . Quelle écriture, quelle sensibilité, quelle poésie…et quelle ubiquité .Une qualité, mais aussi, en 1958, alors que la guerre de libération nationale battait son plein, une déchirure pour un tel homme, partagé entre ce qu’il était, ce qu’il voulait être et surtout ce qu’il devait être.

Tout cela est retranscrit avec pudeur et netteté, dans une sorte de culpabilité qui n’ose pas dire son nom, à travers le « héros » (en est-t-il vraiment un ?), partagé entre sa réalité parisienne, bistrotière et germanopratine, terne , un « univers élémentaire », passant des bras d’une allemande jouisseuse instantanée de la vie à ceux d’une femme française, celle-ci, bien mûre, mais qui pense ou parle trop  avant de passer à l’acte (une réalité qui est , en fait, une véritable prison, plus ou moins dorée!), et ses rêves d’évasion  autour d’une histoire d’amour entre un routier saharien , amoureux des grands espaces et des dunes sans entraves, et une très jeune targuie, un amour pur comme l’air du désert,  à la recherche de liberté . L’échec assuré dans les deux dimensions ! Heureusement, et il n’est jamais trop tard pour bien faire (il y en a qui ont bien attendu le 19 mars 1962 pour se réveiller !), il y a l’Ami qui vous révèle une « autre réalité » , celle du combat libérateur , un combat où le Peuple n’a que faire de poésie, de rêve et d’ histoires d’amour . Il « se fiche de la gazelle promise , des histoires d’harmonica, du vin rosé et du prince-barman » . Il choisit alors de ne plus « être un bâtard » et de ne pas publier son roman. Tout en sachant que « les amis qui pensent que les histoires de gazelles ça n’intéresse pas un peuple qui se bat, ont peut-être raison. Peut-être à tort. Car, en fin de compte, c’est bien pour des gazelles et des harmonicas que l’on se bat . L’opportunité n’a toujours pas de talent ».

A noter que Malek Haddad, qui , par la suite, a beaucoup écrit dans la presse nationale (en français !) naissante, a le sens des formules qui , en très peu de mots, « disent tout ».

Avis : Doit se lire (même si vous l’avez déjà lu) pour en vouloir encore beaucoup plus à l’auteur d’avoir été « récupéré »   par le système en devenant (haut-) fonctionnaire, puis d’avoir arrêté d’écrire des romans en français à partir de 1968 , à cause d’une « histoire de langue arabe », car il aurait produit des textes encore plus magnifiques. « Il est mort de ne pouvoir écrire » écrit le préfacier  . Et, ceci, en fin de compte, a arrangé beaucoup plus la littérature franco-hexagonale et ses auteurs  qui n’avaient donc plus de grand concurrent. N’a-t-il pas fallu 178 ans (132 ans de colonialisme et 46 ans d’Indépendance pour qu’un écrivain Algérien (et Arabe au sens géographique du terme ) entre à l’Académie française (Assia Djebbar en 2005) ?

Phrases à méditer : « Le drame du langage est là : c’est un mur », « J’ai vouvoyé, on m’a dit : tu .  Je suis un Arabe, c’était devenu un métier », « Le destin , quand il porte un képi, il faut s’en méfier deux fois. Ou alors être très fort pour lui déplaire et le plus fort pour lui désobéir », « Je t’aime. En arabe, c’est un verbe qui dépasse l’idée », « Il faut mourir dans son lit pour avoir l’idée de prier » et « On ne dit pas d’un chrétien qu’il fait du christianisme lorsqu’il est vraiment croyant ? Parce que les chrétiens dans l’ensemble ne se prennent pas pour Jésus-Christ »