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Recueil nouvelles Isabelle Eberhardt- "Yasmina et autres nouvelles...."

Date de création: 06-02-2019 12:32
Dernière mise à jour: 06-02-2019 12:32
Lu: 4 fois


POPULATION- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- RECUEIL NOUVELLES ISABELLE EBERHARDT- « YASMINA ET AUTRES NOUVELLES... »

Yasmina et autres nouvelles algériennes. Recueil de nouvelles de Isabelle Eberhardt. Editions Talantikit, Bejaia 2015, ????dinars, 248 pages

Certes, j’avais déjà lu des articles, des études et des ouvrages sur Isabelle Eberhardt, personnage de légende ; chaque auteur, selon son orientation politique ou son humeur, faisant pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Certains  n’y ont vu que la Russe devenue (comme sa mère)  musulmane, d’autres, l’amie du Maréchal Lyautey donc trop proche du corps militaire d’occupation  (avec tout ce que cela entraîne comme doutes et suspicions) ,  quelques-uns n’ont pas apprécié sa manière de se vêtir et de vivre.....

En réalité, on ne peut bien la découvrir qu’à travers ses reportages et ses « nouvelles », écrits à chaud, puisés du terrain (surtout les Hauts Plateaux et le Sahara) et , indirectement, de sa vie publique ou privée . Ils sont rares à être publiés, mais l’ouvrage présent est, peut-être , le plus représentatif de sa personnalité aventurière, certes , mais pas si enigmatique qu’on l’a prétendu.

Les « nouvelles » présentées sont un mélange difficile à démêler. Et , à partir d’un certain moment, on ne sait plus où s’arrête la fiction et où commence la réalité. Tant les valeurs essentielles du pays et  les situations sont décrites avec force et vérité.....avec un amour profond et sincère pour l’Algérie et ses populations. De l’empathie à pleines pages. Avec des descriptions émouvantes ,  remuant les tripes, de la misère économique et sociale,  de la pauvreté des « indigènes » ,  avec des révoltes contre  l’exploitation coloniale et les expropriations , l’aveuglement militaire, l’exploitation sexuelle et la prostitution ,la solitude, la condition de la femme, la vie  (si triste, si dure) , avec  l’inévitable grand amour (si beau mais si bref et parfois, si traître) , avec l’acceptation fataliste de la mort (parfois si attendue) et avec la dénonciation des   superstitions et de la pratique de la sorcellerie.

Vingt trois textes, longs et courts,dont le plus émouvant (ils le sont tous, en vérité) est « Yasmina », l’histoire d’une toute jeune bédouine, bergère de son état, ayant succombé au charme d’un militaire « kefer », bel officier nouvellement débarqué de France.....Par la suite , oubliée de son amant affecté ailleurs, abandonnée de tous, elle finira prostituée...toujours en attente de son amoureux. Une « histoire tirée par le cheveux » ? Oh que non, sûrement bien vraie.....une parmi des centaines d’autres, l’occupation coloniale militaire s’étant accompagnée,  toujours,   d’une exploitation inimaginable de la femme.Le repos du guerrier ?

L’Auteure : D’origine russe, née en février 1877 en Suisse,  très tôt musulmane, ayant vécu une partie de son enfance (deux années) à Bône ou  Annaba (c’est sa prononciation préférée), une ville inoubliée (sa mère y est enterrée, au cimetière Zaghouane, la « colline sainte », car convertie à l’Islam ). A partir de 1899, drapée dans les plis d’un burnous et bottée en cavalier arabe, elle part à la découverte du Sahara dont elle tombera follement amoureuse.....et deux années après, elle épouse Slimane , un interprète , sous-officier des spahis. Elle s’initie à la confrérie soufie des Kadirias. Reporter de guerre , elle est  emportée par une crue soudaine à Ain Sefra (où elle réside) à l’âge de 27 ans, le 21 octobre 1904.   Elle laisse de multiples écrits :des lettres, des reportages, des articles, des esquisses de roman, des « journaliers » , sorte de journal intime........et  ces nouvelles.

Extraits : « Maintenant, Oum Zahar et Messaouda serviraient leur père seules. Puis, l’une après l’autre, il les donnerait à des hommes que lui-même aurait choisis et dont elles deviendraient les servantes... Puis, pour elles aussi, se lèverait le grand jour de la maternité. Et, ainsi toujours, de génération en génération «  (p 111) , « Le système en vigueur avait pour but le maintien du statu quo.....Ne provoquer aucune pensée chez l’indigène, ne lui inspirer aucun désir, aucune espérance d’un sort meilleur. Non seulement ne pas chercher à les rapprocher de nous, mais, au contraire, les éloigner, les maintenir dans l’ombre, tout en bas....rester leurs gardiens et non pas devenir leurs éducateurs » (p 150) , « C’est le règne de la stagnation , et ces territoires militaires sont séparés du restant du monde, de la France vivante et vibrante, de la vraie Algérie elle-même, par une muraille de Chine que l’on entretient, que l’on voudrait exhausser encore, rendre impénétrable à jamais, fief de l’armée, fermé à tout ce qui n’est pas elle »  (p 150)

Avis :Un style « (très) grand reportage »..... qui date....mais pas prétentieux et ,surtout , accessible aux rêveurs et aux nostalgiques

Citations : « Le crime est souvent, surtout chez les humiliés, un dernier geste de liberté »( p 131), « Si tous les bras retombaient impuissants devant l’œuvre à accomplir, si personne ne donnait le bon exemple, le mal triompherait toujours, incurable » ( p 148),