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Réformes économiques- Approche M.Chérif Benmihoub

Date de création: 05-02-2019 17:37
Dernière mise à jour: 05-02-2019 17:37
Lu: 48 fois


ECONOMIE- ETUDES ET ANALYSES—REFORMES ECONOMIQUES- APPROCHE M. CHERIF BENMIHOUB

 

L’économiste Mohamed Cherif Benmihoub à la radio : «Il faut en finir avec les réformettes sur l’année»

 (c) Synthèse, N.Bouaricha/ El Watan, lundi 4 février 2019

Le professeur en économie Mohamed Cherif Benmihoub a alerté, hier (Ndlr : dimanche 3 février 2019)  sur les ondes de la « Chaîne 3 », sur l’état de l’économie nationale et la nécessité d’entreprendre de vraies réformes afin d’éviter de tomber dans un scénario à la vénézuélienne.

L’invité de la rédaction de cette chaîne de radio estime que la situation est réellement préoccupante. «La préoccupation majeure est d’ordre économique. Nous avons trois déficits cumulés, le déficit budgétaire, le déficit du Trésor et celui de la balance commerciale.

Trois déficits à la fois, c’est inquiétant», dit-il, notant que la crainte c’est de voir, même si le cas de l’Algérie est singulier, une situation comme celle du Venezuela. «Ma crainte c’est le cas du Venezuela, le populisme mène à des situations comme celle-là, évitons d’en arriver là ; il est impératif de rétablir nos équilibres», avertit l’économiste.

L’invité de la radio constate une dépendance de plus de plus accrue aux hydrocarbures, malgré les appels à la diversification de l’économie. «Nous importons davantage, alors que la production ne suit pas.

Nous investissons peu et nous consommons plus avec chaque année 1 million d’Algériens qui s’ajoutent à la population. Nous sommes dans une situation de croissance démographique qui n’est pas adossée à une croissance économique.

Cette dernière est faible pour le niveau de développement du pays. 2,5%, c’est trop bas, alors qu’un marché existe. Nous n’utilisons que 50% de nos capacités de production et c’est là un vrai problème, nos usines ne tournent pas à plein régime», déplore l’économiste.

Et de préciser que dans des conditions idéales et avec un projet économique ambitieux, l’Algérie avec sa superficie et ses richesses est faite pour nourrir 100 millions d’habitants. «Mais dans les conditions actuelles de fonctionnement de notre économie, même 40 millions d’habitants c’est beaucoup trop pour être nourris par la seule rente pétrolière.

Si on veut continuer à compter sur la seule rente pétrolière, il ne faut pas plus de dix millions d’habitants pour vivre correctement.» Mohamed Cherif Benmihoub, et sans démagogie aucune, regrette l’absence d’un projet politique ambitieux pour aller vers cette Algérie prospère avec 100 millions d’habitants. «Il y a différentes raisons à cela. Mais d’abord, il n’existe pas de projet politique qui va au-delà de la loi de finances.

L’Algérie fonctionne depuis de longues années à partir de lois de finances. Un instrument administratif budgétaire est devenu le document de doctrine. On a fait de la loi de finances un instrument de stratégie, alors que non, ce n’est pas possible, la stratégie ce n’est pas sur une année, il faut être plus ambitieux que cela et avoir une vision sur plusieurs années», dit-il.

L’invité de la radio considère qu’il faut en finir avec «les réformettes sur l’année» et aller vers des réformes profondes en expliquant aux Algériens ce qu’il en coûte de passer par quelques sacrifices afin d’arriver à une économie florissante dans trois, quatre ou cinq ans.

«Nos institutions n’ont pas la capacité de conception des réformes»

«Nos institutions n’ont pas cette capacité de conception des réformes et la pédagogie pour la conduite de ces réformes, elles n’ont qu’une visibilité sur une année et c’est très très dangereux…

Une visibilité de flux financiers, alors que l’économie a besoin d’un horizon plus large.» Réagissant à l’annonce de la baisse du niveau des réserves de change à moins de 80 milliards de dollars, l’économiste estime qu’il faut s’en inquiéter, car il ne s’agit pas seulement d’un niveau de stock, mais de l’évolution de ce stock. «Les 79 milliards de dollars disponibles aujourd’hui peuvent couvrir trois années de notre commerce extérieur et trois ans dans la vie d’un pays ou d’une économie, ce n’est rien, c’est du très court terme…»

Le professeur Benmihoub estime que la préoccupation essentielle est dans la structure même de l’économie, de la balance commerciale et dans ce que nous avons trop longtemps négligé : la balance des services qui représente chaque année un déficit entre 12 et 13 milliards de dollars. Benmihoub précise qu’à la différence de la crise de 1986, nous ne sommes pas endettés et c’est un atout à mettre à profit.

L’Algérie a encore la possibilité de faire un emprunt extérieur, mais qui soit limité, car la planche à billets est un instrument conjoncturel et si cet argent n’est pas remboursé par les entreprises, c’est l’inflation nette et assurée. «Il ne faut pas que le financement non conventionnel devienne la politique budgétaire de l’Etat», avertit l’économiste.

Et de préciser que la trésorerie des banques n’est pas bonne aujourd’hui. «La Banque d’Algérie va encore intervenir à travers la planche à billets et tant que le financement ira dans l’importation sans élargissement de l’assiette fiscale et non dans l’investissement, avec quoi le Trésor remboursera-t-il sa dette auprès de la Banque d’Algérie ?» rappelle le professeur en notant que beaucoup d’entreprises sont dans l’incapacité de rembourser leurs dettes.

«C’est le moment de leur demander d’entrer en partenariat avec des étrangers ou d’être privatisées», soutient-il, ajoutant que le Trésor ne peut plus supporter leurs déficits.

En guise de réformes, l’économiste estime qu’il faut maintenant, et pas demain, commencer par libérer l’investissement en laissant l’investisseur prendre des risques et en subventionnant des secteurs et non pas des entreprises.

Il faut, dit-il aussi, libérer les entreprises publiques pour qu’elles deviennent réellement économiques et non des administrations sous tutelle afin d’éviter qu’elles ne soient un gouffre financier pour l’Etat. Benmihoub estime en outre que l’Etat perturbe le fonctionnement du marché.

«Le marché n’est pas concurrentiel, des lobbys notamment de l’importation empêchent le fonctionnement concurrentiel du marché et donc le fonctionnement du système économique, et c’est là où doivent intervenir les réformes structurelles… Le marché impose une discipline et incite à la rigueur, avec les mini-monopoles dans chaque niche commerciale, il n’y aura pas de compétitivité.»

Outre ces dispositions, Benmihoub propose que l’Etat abandonne la règle des 51/49 pour encourager l’investissement étranger et la maintenir uniquement dans les secteurs stratégiques. «La régulation ne se fait pas sur le capital, mais sur l’aspect commercial.

Il faut laisser les investisseurs prendre des risques et gagner et faire en sorte que les règles soient saines et transparentes et éviter que la corruption et l’informel soient un régulateur du marché.»