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Roman Mustapha Bouchareb- "La Fatwa"

Date de création: 04-02-2019 12:23
Dernière mise à jour: 04-02-2019 12:23
Lu: 32 fois


CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN MUSTAPHA BOUCHAREB- « LA FATWA »

 

La Fatwa.  Roman de Mustapha Bouchareb. Chihab Editions , Alger 2017. 1 300 dinars.

Une histoire d’amour sans issue entre Anouf, une jeune fille musulmane très moderniste, journaliste en rebellion  contre son milieu social , féministe presque, seule fille d’une famille de la haute bourgeoisie très conservatrice d’une société très fermée (en apparence , c’est-à- dire en matière de mœurs, mais pas en matière d’affaires et de commerce)........et un jeune homme venu d’ailleurs, Zakariyyah Elaïd Bodia, certes se déclarant musulman mais pouvant être considéré comme un étranger, un « hérétique ».....car  mozabite qui plus est  , informaticien diplômé  ayant fui le terrorisme sévissant dans son pays d’origine, l’Algérie.  Une histoire d’amour sans bisous, ni étreinte. Tout juste des regards assez chauds et des frôlements de mains...... Incroyable mais vrai....car tout cela se passe ........... en Arabie Saoudite, à Riyad la capitale (et ses bas-fonds) ....que l’auteur semble bien connaître de l’intérieur.

Une belle histoire d’amour qui aurait pu aboutir sur un mariage...encore que les frères et ,surtout, les très nombreux demi-frères de la jeune fille, gros affairistes, ne voudront jamais  voir la fortune paternelle ( fruit d’un business sans loi, exploitant les immigrés et les apatrides ....  et avec beaucoup de « foi ») leur échapper .

Qui aurait pu ! Si la jeune fille, emportée par un élan rebelle et « féministe »  (surtout , en fait , pour se poser face à un père puissant mais « absent »), élan  nouveau  en une  société arabe conservatrice, ne s’était mise bille en tête de conduire une voiture (en cachette de son père) dans un pays où cela était strictement interdit. L’accident est vite arrivé . L’occasion rêvée pour  les « gardiens  de la foi et de la morale » , les agents « moutawas », une force non officielle mais bien présente , influente et violente    qui en profiteront pour chercher à abattre  le père, trop « moderniste »  (comme entrepreneur seulement, cela va de soi !) à leur goût .Qui paiera au final ? La femme , pardi !

 

 

 

L’Auteur : Enseignant universitaire (anglais) , déjà auteur de plusieurs romans (premier roman en 1990, « Fièvre d’été» et second en 1991, « Ciel de feu » puis, en 2011 « La troisième moitié de soi ») et recueils de nouvelles (premier en 1987) . Prix de la meilleure nouvelle 1985. Prix Mohamed Dib 2016 pour ce roman-ci

Extrait : « Ici, les gens ne veulent pas qu’on leur dise comment faire les choses, surtout lorsqu’ils constatent qu’on a raison. Ce qui nous conduit au principe de base qui a cours ici : n’entre en conflit avec personne, car tu n’auras jamais gain de cause »  (p 124)

Avis : Beau, bon  et gros roman qui se lit facilement...et description assez réaliste de la société saoudienne contemporaine (qui est , d’ailleurs, croit-on, en train d’évoluer)  ....Avec une utilisation excessive et inutile il me semble,  du « sabir » (ou « charabia ») quand il s’agit des interventions des immigrés asiatiques.  Un livre dont l’histoire se déroule loin , très loin d’ici, bien qu’ elle aurait pu se dérouler (en bonne partie) chez nous. Le combat des femmes et celui des amoureux pour leur liberté est  (presque) le même dans (presque) tout le monde arabo-musulman.....La lutte séculaire entre le désir d’ouverture au monde et l’enfermement immémoriel. Aujourd’hui encore.

Citations : « Aimer est une torture inutile, et qui dure toute la vie » (p 20), « L’amour est aveugle et celui d’une mère est bien le plus aveugle des amours »  (p 24), « Si le bonheur a une dimension tragique puisqu’il souligne la mortalité de tout un chacun et la finitude de toute chose, la mort, elle, n’est ni raciste ni xénophobe » (p 125), « Si l’amour cherche éperdument la beauté, la beauté, elle , sait se parer de la plus humble des simplicités » (p 184), « Le mal et le bien sont deux frères jumeaux ;ils vont toujours ensemble. Ainsi, le bien peut causer le mal et le mal peut mener au bien » (p 241), « Les pauvres sont souvent des monstres entre eux » (p 261).