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Récit Yamina Cherrad Bennaceur- "Six ans au maquis"

Date de création: 28-01-2019 11:21
Dernière mise à jour: 28-01-2019 11:21
Lu: 26 fois


HISTOIRE-BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- RECIT YAMINA CHERRAD BENNACEUR- « SIX ANS AU MAQUIS »

Six ans au maquis. Récit de Yamina Cherrad Bennaceur, avec la collaboration de Rachida Moncef (Préface de Lamine Khène). El Kalima Editions, Alger 2017 . 700 dinars, 197 pages

 

Elle a patienté longtemps avant de se décider à décrire (et à écrire) son parcours de Moudjahida et d’infirmière (en armes)  de six années dans les maquis de l’Est algérien, dans la wilaya II ,en « petite Kabylie », entre Collo, Jijel, Taher, El Aouana,Mila, El Eulma.....

Six années pleines . Du12 novembre 1956, à partir de Sétif , à   juin 1962. Elle n‘avait que vingt ans  quand  elle franchit le pas.....et seules sa mère et sa grand sœur avaient été mises au courant du départ. Le père, décédé en 1957 –non mis dans la confidence- comprenant assez vite  par la suite, ne lui fit jamais le reproche.

Première étape, les  environs de Djebel Babor.

Les autres étapes, et il y en eut , vont défiler au rythme de la guerre . Des moments  souvent difficiles et douloureux (surtout lorsqu’on perd , au champ d’honneur,des camarades de combat....surtout en temps de pénuries de médicaments....surtout en constatant les dégâts causés par les armes de « destruction massive » utilisées par l’armée coloniale comme le napalm....surtout l’on perd l’époux, Bachir Bennaceur, un médecin, tombé au champ d’honneur à Constantine dans la nuit du 1er au 2 décembre 1961......et, hélas, aussi, lors des moments de « suspicion généralisée » entraînant parfois des « interrogatoires  assez serrés »....et, elle a même failli être exécutée suite à la  « dénonciation » calomnieuse d’un espion infiltré dans les rangs des combattants. D’autres ont eu bien moins de chance comme la pauvre Tayouche, victime bien plus de la misogynie ambiante que de son écart amoureux ( voir annexe, p 174  ) . Des moments  parfois tranquilles et même heureux (comme les accueils chaleureux ,bien que risqués, des populations ou, alors, accueillie à Jijel au sein d’une famille le temps d ’accoucher, le 11 décembre 1961 )  . Un long parcours lié aux nécessités et aux  besoins médicaux du maquis et à la protection des centres de soins : Djebel Babor, Oued Kebir, Zouitan, Les Menazel, Djebel Halfa, Boudaoud, Les Menazel, Ouled Asker, Beni Afer, Bouhanch, Tamezguida, Beni Afer, Texenna-Agla, Guerrouche, Bouhanch....et une certaine « errance » durant les années 60-61 (période des « camps de regroupement »...qui avaient pour but de « vider » les campagnes de leurs populations)

Fin de la guerre : Jijel, Agla- Hmadcha.....Démobilisation- :Constatine à la Ferme Ameziane (afffectée au dispensaire) ...puis les luttes intestines pour la prise du pouvoir.....Infirmière au lycée El Houriya...et 55 ans après l’Indépendance....son récit....

L’Auteure : Née en 1936 à Bel-Air, un quartier excentré  de Sétif. Parmi les toutes premières  diplômées, en 1953,  de l’Ecole d’infirmières  de Sétif (13 au total, dont Malika Gaid) . Elle rejoint le maquis en novembre 1956....Elle avait 20 ans.

Extraits « Certains images entrevues (à Alger, après l’examen final d’infirmière), notre passage à la Casbah surtout, nous ont fait prendre conscience , encore plus qu’à Sétif, des différences de niveau de vie entre Européens et Musulmans. Malika (Gaid) avait raison, nous étions des colonisés et l’injustice était flagrante » (p 51), « La vie de djoundi n’était pas facile, au quotidien. .....mais sa vie était préférable à celle de beaucoup d’Algériens, livrés au chômage, à la misère et à brutalité de l’ennemi » (p73), « Dans tous les cas, aucune moudjahida de ma connaissance n’a jamais témoigné qu’on lui ait  demandé de faire ou de servir le café comme on le voit aujourd’hui communément dans les bureaux où des femmes travaillent »  (p75)

Avis : Quel parcours . Quelle mémoire ! Tout est raconté avec détails, avec simplicité, avec humilité, avec fierté...et avec un seul espoir : Que les chouhada (et la liste est longue, entre autres celle des moudjahidate infirmières et/ou  morchidate formées par le service Santé ; voir annexes) ne soient pas oubliés.Madame, respect !

Citations : « Au début (pendant les années 1957 et 1958), nous avons eu des problèmes . Beaucoup de maquisards n’acceptaient pas encore notre présence....C’était eux, les durs, nous des mauviettes, des filles ! » (p 113), « Nous, les maquisardes, étions , en réalité, livrées à nous –mêmes (entre mars et juin 1962). Les responsables devaient sans doute être occupés à gérer le cessez-le-feu et à préparer l’après-révolution... » (p 154), « Lorsque les conflits ont éclaté entre révolutionnaires de l’intérieur et de l’extérieur , tout a changé. Pour moi, la guerre a recommencé.....Après la joie partagée de l’indépendance, ce fut le désarroi » (p 160)