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Etude Saphia Arezki- "De l'Aln à l'Anp..."

Date de création: 14-01-2019 13:17
Dernière mise à jour: 14-01-2019 13:17
Lu: 47 fois


DEFENSE-- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ETUDE SAPHIA AREZKI - « DE L’ALN A L’ANP......... »

De l’Aln à l’Anp. La construction de l’armée algérienne , 1954-1991 .Essai de Saphia Arezki (Préface de Malika Rahal).Editions Barzakh , Alger 2018, 1450 dinars, 386 pages.

 

C’est la première fois, il faut le reconnaître, que le délicat sujet que celui de l’Armée algérienne se trouve (enfin !) « dégonflé ». Depuis 1962, la plupart des recherches ou des ouvrages (documentaires ou mémoriels) qui lui étaient consacrées se « limitaient » à décrire les aventures humaines et politiques ,se refusant (manque d’outils documentaires ?) ou s’interdisant (crainte de « représailles » ? ou peur de réveiller de « vieux démons » encore enfouis) d’investir le champ historico-sociologique. Il est vrai que la question principale, centrale, est ,en elle-même, porteuse , aujourd’hui encore, de méfiance : Comment devient-on militaire et plus spécifiquement officier supérieur dans l’Anp ente 1962 et 1991 ? Avec cette arrière-pensée, assez fondée, puisée dans des  processus similaires relevées dans presque toutes  les armées, où se confirmeraient la tendance des « élites » (civiles et militaires) à la « reproduction intergénérationnelle »......L’Algérie serait-elle une exception ?

D’où, ce projet,  qualifié par la préfacière d’ambitieux mais aussi de « fou », de présenter , à travers ses hommes , leurs origines, leurs parcours  et leurs comportements, une institution au cœur du régime, avec , à son actif, d’abord une guerre fondatrice puis une  lutte acharnée et victorieuse contre le terrorisme islamiste dans les années 90.

Il est vrai que le travail n’a pu être effectué que parce qu’il a emprunté le chemin académique, celui de la  recherche universitaire (une thèse de doctorat qui a été ré-écrite ) .

Bien sûr, il était difficile, sinon impossible, d’entreprendre une recherche exhaustive sur tous les personnels. Cela se fera  donc sur la base d’un échantillon dégagé, entre autres, des archives disponibles (en Algérie, mais surtout en France. Voir la liste des sources en annexes) , d’ entretiens avec des  « survivants », pour la plupart des officiers  (voir la liste des personnes rencontrées en annexes) , de mémoires et témoignages.....

Tout part d’une interrogation fondamentale : qui est et qui a pu devenir officier de l’Anp....d’où des éléments biographiques importants à présenter :les dates et lieux de naissance, années de naissance, les origines géographiques et sociales, les liens familiaux,  les formations militaires ...durant la période coloniale : au sein de l’armée française, à l’étranger , aux frontières...

Commence alors la création d’une armée embryonnaire durant la guerre de libération nationale de 54 à 62 : la naissance de l’Aln dans les maquis (dans un  certain désordre), comment les futurs officiers de l’Anp ont rejoint l’Aln, à partir de l’Algérie et depuis l’armée française, l’émergence de l’armée des frontières et sa structuration, la crise de l’été 62  et la victoire de l’armée des frontières...

Enfin, l’étape de la reconversion de l’Aln en Anp et le développement d’une armée professionnelle. D’abord avec  Boumediene (1962-1978) pour unir, organiser, former, avec pour objectif le renforcement de  l’ordre et de la cohésion et , surtout, trouver un équilibre.....

Ensuite , suite à la mort prématurée de Boumediene, avec Chadli Bendjedid (1979-1991) (« qui incarne plus le consensus de l’institution que les compétences militaires » )  , une période faite d’ « évictions et de restructurations » et, surtout, l’ascension  d’une « nouvelle élite » faite de « groupes particuliers » , la création de nouveaux grades, de nouveaux commandements......des purges et des promotions....le tout accéléré , il est vrai, par l’ouverture politique . Bien sûr , l’armée va « se retirer officiellement de la vie politique », mais déjà (et cela dure encore)  , « on ne peut imaginer , étant donné sa place centrale dans l’Etat algérien, qu’elle n’ait pas un rôle à jouer dans les changements .... »

 

 

 

 

L’Auteure : Historienne franco-algérienne (par son père). Attaché d’enseignement et de  recherche, Sciences Po » (Aix :France)  .Ouvrage issu d’une thèse de doctorat soutenue en octobre 2014 à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne. Premier voyage en Algérie en février 2011

 

Extraits : « Les combattants des maquis étaient à l’image de la société algérienne telle qu’elle sortait de la période coloniale. La majorité d’entre- eux étaient donc illettrés  sinon analphabètes » (Malika Rahal, préface , p 14) , « Le processus de construction de cette armée est indissociable des carrières des militaires algériens qui en sont à l’origine et la composent » (p 23), « L’étude des ascendances et descendances des officiers algériens indique qu’un vaste tissu de relations familiales s’est constitué entre ces hommes » (p 57) , « Le congrès de la Soummam est la première tentative de réglementation de l’Aln à l’échelle nationale. C’est également la première tentative d’unification des forces dans un contexte où la fragmentation et l’autonomie sont de règle » (p 115), « C’est le plus souvent la compétence qui prime dans les affectations au niveau central du ministère de la Défense tandis que la légitimité maquisarde est réinvestie au sein des régions militaires » (p 204), « Au niveau de la direction des régions militaires  c’est la  légitimité « historique » qui prime sur la compétence, tandis qu’au niveau inférieur ce sont les capacités strictement militaires qui déterminent les affectations » (p 224), « L’argument d’une mise en retraite en raison  de l’âge ne résiste pas aux dates......Ces mises à l’écart (ndlr : les années 1990) résultent plus vraisemblablement de rivalités personnelles, ou tout du moins de rivalités entre groupes plus ou moins formellement constitués à la tête de l’armée, que de la fin logique d’une carrière qui aurait pu se poursuivre » (p 297),

Avis : Selon un journaliste, « c’est la seule historienne à avoir consacré pour l’instant une étude aussi sérieuse sur l’Armée algérienne, un « sujet impossible », lui aurait -on dit dans le milieu de la recherche historique sur l’Algérie ». On ne se demande pas pourquoi.....étant certain qu’un chercheur local aurait eu très peu de chances d’accéder aux « témoins » comme aux documents, déjà si rares en Algérie et si comptés en France.

Assurément, une « première histoire en aucun cas exhaustive » ........qui reste à compléter ( les liens avec le Fln ,les réalisations du Service national, la relance des Ecoles de cadets ......) à continuer et à suivre.

 

Citations : « D’après Fritz Taubert (Dijon, 2010) , « L’Aln , du moins dans sa majorité, avait peut-être quelques tendances anti-capitalistes , mais elle était surtout anticommuniste ». Quant à Gilbert Meynier, il va même jusqu’à parler de « l’anticommunisme sans appel du Fln » (pp 82 et  83),  « Tout au long de la guerre, une force organisée est progressivement pensée, créée et structurée. D’une armée qui n’en a que le nom, composée  de combattants souvent illettrés, on passe en moins de huit ans à une véritable armée nationale....» (p 107), « Quand je lis parfois « les Généraux », cela m’agace. Il n’y a pas « des Généraux », il y a une multitude d’hommes (et aujourd’hui de femmes) avec des trajectoires de vie parfois similaires parfois pas. Bien sûr, ils ont de nombreux points communs, mais cela ne suffit pas à en faire un tout. Il y a des dissensions, des désaccords au sein de l’institution - qui sont toutefois très durs à appréhender » (Extrait entretien. Avec Nordine Azzouz, « Reporters », quotidien , 10 décembre 2018), « La frontière tunisienne est un point de rencontre privilégié pour les futurs officiers de l’Anp, rencontres qui ne vont pas sans conflit. En effet, cette région est le lieu de naissance de rivalités, voire d’antagonismes qui perdureront bien après 1962 » (p 154), « C’est sous l’impulsion de Boumediene que l’Aln des frontières se structure véritablement sur le modèle d’une armée classique » (p 158), « Nous n’avons pas une armée mais sept armées de libération, :le six wilayas plus l’armée des frontières. Il s’agit de fondre ces Aln en une seule » (Ahmed Ben Bella, extrait d’une interview au « Monde », 23 novembre 1962, p 178), « En multipliant les centres de décision, en maintenant une certaine opacité sur le système de commandement et en ne réglementant pas les rapports des différents départements centraux entre eux, Boumediene laisse s’instaurer une sorte de « désordre organisé » qui lui permet de chapeauter l’armée et de s’assurer son contrôle » (p 219), « Une désignation comme ministre ou comme ambassadeur est, en effet, une mise à l’écart qui ne dit pas son nom » (p 269), « Si la réapparition d’archives est incertaine, la disparition progressive des témoins, elle, est inéluctable. Avant d’avoir eu le temps de dire « enquête de terrain » , nous pourrions nous retrouver dans une société sans histoire » (Rahal Malika, citée , p347, annexes)