Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Etude Karima Lazali- "Le trauma colonial..."

Date de création: 14-01-2019 13:15
Dernière mise à jour: 14-01-2019 13:15
Lu: 65 fois


 

HISTOIRE-- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ETUDE KARIMA LAZALI- « LE TRAUMA COLONIAL..... »

Le trauma colonial. Enquête sur les effets psychiques et politiques de l’offense coloniale en Algérie. Essai de Karima Lazali. Koukou éditions, Cheraga/Alger 2018, 1 000 dinars, 278 pages

Le trauma colonial existe. Si, si. Karima Lazali l’a rencontré , s’en est emparé , l’a disséqué et nous présente ses constats.

Auparavant, et jusqu’ici, côté Algérien ,  le fait colonial et ses effets  ont  été largement abordés d’un point de vue historique, sociologique, anthropologique, linguistique, politique....mais rarement, sinon jamais, sur le plan psychique. Fanon  est décédé, hélas, trop tôt, et son œuvre n’avait pas été continué.

Bien sûr, on a eu Mohammed Arkoun,  Nabile Farès et bien d’autres, sociologues et/ou psychologues,  mais les uns comme les autres ont été ignorés (par l’auteure elle-même, car bien des travaux universitaires ou en marge ont été menés sur le sujet) ou méprisés (parfois insultés) ou mal compris. Heureusement , il y eut  des écrivains et des essayistes : Kateb Yacine, M. Feraoun, M.Dib, M. Haddad, Amrouche Jean, Yasmina Mechakra, Ouettar, A. Camus, Louisette Ighilahriz, Benheddouga ...pour les plus anciens , et  pour les tout-nouveaux A. Zaoui, K. Daoud, R. Boudjedra, R. Mimouni, S. Toumi, Moussaoui, Bachi, M. Benfodil,  C. Amari, Khaddra, Sansal.... qui, grâce à leurs « romans » ont « rattrapé le coup »...Encore fallait-il que les premiers concernés (car le peuple est , lui aussi, concerné) , c’est-à-dire les gens du (de)  pouvoir et d’ « avoir »  , se donnent la peine de lire sans discrimination (de langue ou d’idéologie) et sachent tirer les leçons idoines......et, donc, ne pas laisser des héritages psychiques dommageables perpétuer le  « trauma colonial ».

Hélas, le  « trauma » aux effets psychiques et politiques est encore bien présent et, depuis l’Indépendance du pays, il a fait, et fait encore,  bien des dégâts.....matériels.

L’auteure remonte le temps. D’abord, une période coloniale qui, avec toutes ses « offenses », bien plus que toutes celles qui l’ont précédée, a marqué, pour longtemps, (pour toujours ?)   , les psychismes des individus, rendant difficile d’isoler la part de destruction réelle et le rapport souffrant à l’ «  identitaire ». Tout particulièrement à partir des « renominations », presque toutes fantaisistes (loi de mars 1822 sur l’état-civil), entraînant un « effacement mémoriel » et des « blancs », les individus ayant été massivement renommés ou, plutôt, a-nommés par l’administration ; hors référence à leur généalogie .De ce fait, les séquelles de la colonisation n’apparaissent le plus souvent dans les discours actuels « que par une plainte vindicative et douloureuse qui, sans cesse, accuse l’Autre... ».

Ensuite l’histoire interne du Mouvement national avant et durant la guerre d’indépendance. Contre l’occupant, mais aussi, entre « frères »,  avec une « guerre intérieure » parfois terrible . Le « fratricide », effet psychique du trauma colonial !

Puis, vint l’autre  « guerre intérieure » dans les années 1990 avec ses terreurs multiples, avec un islamisme armé (ou pas) se situant dans une histoire et une logiques précises qui délivrent sa « vérité » sur le colonial : « Il est question de faire revenir du père pour arrêter la bataille des frères au pouvoir ». On a même  installé, un FIS.... qui est « le fils de Dieu ». Résultats de la course tragique ; une loi ordonnant la poursuite d’un déni organisé : « ni vivants, ni morts, ni criminels ni victimes, ni responsables ni coupables » .  La loi de « réconciliation nationale ».  De l’amnésie  à l’amnistie..... ...... une loi  étant en réalité un  moyen de « maintenir le désaveu du crime et la fabrique du disparu » .

Conclusion : « Plus d’un demi-siècle après la « fin des colonies », les descendants des ex-colonisés (et des ex-colons)  restent toujours pris dans cette difficulté de se séparer de l’esprit du colonial et de rendre à l’histoire son indépendance de pensée afin de mettre fin à sa confiscation par le politique . L’auteure est allée jusqu’à avancer une thèse « scandaleuse » (c’est elle qui l’affirme dans un entretien) :Le colonisé est encore un « possédé » par le colonialisme et il s’en sert comme un « bouchon »..... une sorte d’alibi permanent. Ce qui arrange  bien du monde, citoyens et pouvoir...

L’Auteure :Psychanalyste (Paris depuis 2002/ Alger depuis 2006). Nombreux articles sur l’articulation du psychisme et du politique

Extraits : « En Algérie, tout se passe comme si la colonisation ne pouvait qu’être le trauma. Alors que, en France, l’éventualité du trauma colonial se renverse très souvent en capitalisation pour le politique :les bénéfices de la colonisation pour les sujets ex-« indigènes » .Le politique tente ainsi de faire disparaître le fait historique et frappe d’irrecevable la part subjective de l’Histoire » (p 13), « La fabrique des colonies ne relève pas d’une contradiction ou d’une incohérence au sein de La République :la colonialité est ce qui de la République choit comme reste de terreur et de tyrannie, rarement à court de rendre hommage à son ancêtre monarchique » (p 49), « A l’indépendance, sur neuf millions d’Algériens, un million seulement étaient alphabétisés, d’où la profonde cassure ultérieure entre et la nouvelle classe dirigeante, substituée de facto au colon et faisant majoritairement l’impasse sur la possibilité d’une rencontre avec son peuple » (p 77), « A vouloir absolument glorifier et nationaliser la disparition et les disparus, il se produit un mouvement inverse : « Les ancêtres redoublent de férocité » (p 100), « Le chef est increvable, son pouvoir est illimité. Cette situation n’est pas propre à un chef en particulier, mais à la fonction. Il importe seulement de faire perdurer le système, de chef en chef illégitime, puisque chacun y accède à partir de meurtres entre « frères rivaux ». Le système se maintient dans un vécu de toute-puissance qui traverse le temps et la mort » (p 163) , « De bout en bout, la colonie porte un projet de naissance et donc de mort , qui se décline différemment : renaissance pour les uns, disparition et mort en masse pour les autres » (p 234),

Avis : Un livre difficile à lire et à comprendre....mais pouvant aider à mieux se connaître. Peut-être arriverions-nous ,enfin, à nous sortir  de la « mélancolisation » permanente  et généralisée (sauf chez ceux qui ont quelques biens au soleil d’Espagne, de Provence , d’Italie , de Dubaï.....et  du Canada ) qui a fait (et fait encore) bien de nos malheurs ?Dommage, l’auteure n’ a pas assez (ou pas du tout) interrogé les travaux déjà menés sur le terrain par les chercheurs nationaux, psychiatres,  psychologue et sociologues. Et, il y en a .Il est vrai que la psychanalyse n’est pas reconnue, comme métier,  chez nous et dans bien d’autres pays ...car elle n’est pas « enseignée ».Des « raquis » des temps modernes ?

Citations : « L’histoire saisit, la littérature écrit et la psychanalyse lit ce qui dans le texte se loge dans le blanc de ses marges » (p 14),« L’enfant voyou des Lumières :la colonie » (p 47), « La guerre de libération a clairement acté le refus par les « indigènes » de leur réduction à ce statut d’objet-déchet » (p 59), « A l’indépendance, la « nationalisation » de la langue, de la religion et de l’histoire a été un moyen pour effacer la disparition, pour la faire disparaître. Mais ce qui a disparu devient très envahissant » (p 107), « La geste de disparition du père ne cesse de se réitérer par les frères depuis l’effraction coloniale. C’est pourquoi l’histoire du pouvoir politique en Algérie  depuis la guerre de libération indique que, à chaque fois qu’un homme a été mis à cette place de père de cette nation en gestation, il sera exécuté ou progressivement évacué des mémoires »  (p 141), « Le pouvoir (en Algérie)est un jeu troublant en mal de père.....Le clan des frères se partage la gouvernance, les rentes pétrolières et une logique de l’élimination. La course au chef en tant qu’unique possesseur de la nation semble un des effets majeurs de la disparition des pères organisée par le colonial « (p 147d faire perdurer le système, de chef en chef illégitime, puisque chacun y accède à partir de meurtres entre « frères « rivaux » (p 163),), « Le chef est increvable, son pouvoir est illimité. Cette situation n’est pas propre à un chef en particulier, mais à la fonction . Il importe seulement de faire perdurer le système, de chef en chef illégitime, puisque que chacun y accède à partir de meurtres entre « frères « rivaux » (p 163), « Etrange est l’Histoire, elle recèle bien des détournements, retournements et refoulements » (p 186), « La  légitimité du pouvoir est source en Algérie de fourvoiement et d’aveuglement pour le politique alors que s’y cachent une affaire de famille et un vécu d’illégitimité » (p 242), »La passion « Algérie » continue de hanter le politique, y compris en Algérie par le biais d’un « nationalisme » vidé de projet politique, mettant en exergue un « amour inconditionnel » pour Elle, la patrie . Le moindre écart vis-à-vis de la cause nationale est traité comme un appel à la trahison et une relance du colonial . L’imaginaire de la hogra persiste comme aiguillon pour la pensée et le vivre-ensemble » (p 246), « La libération acquise ne signifie pas une sortie de la colonialité » (p  249), «  Si l’indépendance de l’Algérie a entraîné un retour vers l’asservissement, c’est donc parce que la libération ne suffit pas à faire liberté » (p 272), « La liberté ne se laisse pas penser et encore moins organiser » (p 273) .