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Inclusion financière- Belhimer Ammar

Date de création: 06-03-2017 12:15
Dernière mise à jour: 06-03-2017 12:15
Lu: 45 fois


FINANCES- ETUDES ET ANALYSES- INCLUSION FINANCIERE- BELHIMER AMMAR

©  Ammar Belhimer (A fonds perdus) /Le Soir d’Algérie, mardi 21 février 2017


La Banque d’Algérie a récemment tiré la sonnette d’alarme quant à l’ampleur croissante des activités économiques informelles qu’aucune opération dite «de bancarisation de l’argent thésaurisé» n’arrive à juguler.
De passage à l’Assemblée populaire nationale le 29 janvier dernier, le Gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, a estimé que la part de la monnaie fiduciaire (les billets en circulation) dans la masse monétaire ne cesse de croître depuis trois ans. La part de la monnaie fiduciaire dans la masse monétaire M2 est passée de 26,7 % en 2014 à 30 % en 2015 puis à 32,3 % en septembre 2016. Et ce, en dépit de la stagnation de la masse monétaire qui a enregistré une croissance quasi nulle en 2015 (0,13%) et a même enregistré une légère contraction en 2016. Toujours selon M. Loukal, «les dépôts à vue ont diminué de 13,3% en 2015 alors que la monnaie fiduciaire a continué d’augmenter à un rythme élevé (12,3% en 2015)». Ces chiffres témoignent du poids des transactions en cash qui alimentent une économie informelle florissante. En réaction à ce phénomène, M. Loukal ne pouvait naturellement espérer qu’un «renforcement des efforts de bancarisation et de lutte contre la sphère informelle». Ce faisant, il soulève le sempiternel problème des politiques publiques en faveur de l’inclusion financière qui n’est pas propre à notre pays. La Banque mondiale est souvent revenue sur la question dans le monde arabe, la région la moins développée du monde en termes d’inclusion financière (*).
Les Banques centrales et les ministères des Finances de la région sont invités à «concevoir des stratégies et des programmes d’assistance technique pour (…) développer les services financiers dématérialisés, adapter les réglementations en vue d’une supervision adéquate et cibler l’aide sur les groupes vulnérables, notamment les réfugiés, les femmes et les jeunes». Le sous-développement affiché par la région est insultant pour des gouvernements qui se gargarisent des plus grandes prouesses : «Seulement 21 % des adultes (42 millions d’individus environ) ont accès à un compte bancaire (hors pays du Golfe).» Le chemin à parcourir reste long pour permettre à tous les ménages et entreprises, indépendamment de leur niveau de revenus, d’avoir accès à des services financiers adaptés et de s’en servir.
Faisant le point sur les avancées et se proposant de dessiner de nouvelles pistes d’action à prendre en faveur de l’inclusion financière, la Banque mondiale l’érige au rang de «vecteur de développement durable» qui contribue à la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD), à la croissance économique, le PIB et l’emploi formel. Une étude d’impact sur Al Amana (l’une des principales institutions de microfinance au Maroc) a permis de conclure que l’accès au crédit avait induit une augmentation de 52 % du nombre de jours travaillés à l’extérieur du foyer et une hausse de 10 % de l’épargne en nature et du niveau de consommation.
Dans la région, chaque pays affiche sa stratégie : le Maroc annonce vouloir «disposer d’une solide base analytique pour étayer sa future stratégie d’inclusion financière. Le Qatar vient d’achever une enquête nationale représentative sur la demande tandis que l’Autorité palestinienne, le Maroc et le Liban ont annoncé leurs plans stratégiques. Enfin, cette semaine, la Jordanie a lancé sa propre stratégie axée sur les petites et moyennes entreprises, les paiements dématérialisés et les femmes».
Par ailleurs, «les plateformes régionales gagnent elles aussi en importance : le groupe régional de travail sur l’inclusion financière du Fonds monétaire arabe, constitué en 2012, a intensifié ses activités, misant avant tout sur le renforcement des investissements dans la collecte de données et le travail d’enquête, l’optimisation des instruments nationaux de protection des consommateurs et l’adaptation des cadres stratégiques élaborés par les instances normatives mondiales».
C’est surtout sur les groupes vulnérables que les décideurs doivent concentrer leurs efforts pour promouvoir les services financiers. Ainsi, «les femmes, qui ont moitié moins de chances que les hommes de posséder un compte bancaire, se heurtent à des barrières structurelles (y compris des restrictions juridiques), des obstacles réglementaires (règles trop rigides en matière de connaissance du client) et des difficultés commerciales (produits inadaptés ou circuits de distribution inaccessibles)».
Des programmes d’éducation financière pour les jeunes sont également requis car « les pays MENA détiennent en la matière un record mondial, avec 93 % des 15-24 ans qui n’ont pas accès à un établissement financier formel ». D’où l’intégration d’urgence de l’éducation financière dans les cursus scolaires.
Enfin, au regard de la dématérialisation croissante des services financiers et de leur banalisation dans la région, les opérateurs de réseaux de téléphonie mobile peuvent s’associer aux banques pour proposer des services de transfert, de paiement et, dans certains cas, de crédit. A ce titre, l’Egypte montre l’exemple : «Selon la Banque centrale égyptienne, 3,8 millions de portemonnaies mobiles ont permis de mener à bien 6,7 millions de transactions en 2015. Au Maroc et en Jordanie, des amendements réglementaires récents autorisent les sociétés de services de paiement autres que les banques. Au Maroc, en Égypte et en Jordanie, les organismes de réglementation planchent sur l’amélioration de la qualité, de l’efficacité et de l’interopérabilité des commutateurs numériques.»
L’espoir est permis.
A. B.

(*) Banque mondiale, «Improving the policy environment for financial inclusion in the arab world», 20 décembre 2016.
http://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2016/12/20/improving-the-policy-environment-for-financial-inclusion-in-the-arab-world?cid=ECR_E_NewsletterWeekly_FR_EXT