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Production presse- Dossier El Watan, 5 février 2017 (I)

Date de création: 06-02-2017 07:16
Dernière mise à jour: 06-02-2017 07:16
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COMMUNICATION- ENQUETES ET REPORTAGES- PRODUCTION PRESSE-DOSSIER EL WATAN 5 FEVRIER 2017 (I)

La presse doit continuer à vivre(par  Ali Bahmane)

 

Nos lecteurs ont eu la désagréable surprise de découvrir que le prix de leur journal El Watan est passé, à partir d’hier, à 30 DA. Ils ont le droit de savoir pourquoi une telle décision a été prise, bien qu’ils devinent que dans l’ambiance nationale de frénésie des prix, un journal ne peut y échapper du fait des coûts et des surcoûts qu’engendre tout le processus de fabrication et de mise à disposition du lectorat. Nos lecteurs aux revenus modestes seront pénalisés, mais que faire d’autre face à la raréfaction des ressources financières et à l’explosion des coûts ? La publicité, ce nerf de la guerre du journal et de toute la presse, a considérablement baissé en volume ces deux dernières années du fait de la crise économique qui a poussé les entreprises publiques et privées ainsi que les institutions administratives à reduire drastiquement leurs budgets.

Et en 2017, puis les années d’après, il y aura encore moins de publicité, y compris la publicité institutionnelle qui transite par l’ANEP, distribuée sous contrôle des pouvoirs publics. La tendance baissière est aggravée par la loi de finances qui a augmenté les taux de TVA. Sont concernés tous les facteurs concourant à la fabrication et à la diffusion des journaux.

Déjà distillée dans les médias au compte-gouttes du fait de la crise économique, la publicité coûtera plus cher aux annonceurs, notamment celle produite à l’étranger, dont une disposition de la loi de finances prévoit qu’elle sera taxée à 10%. Seront concernés ceux qu’on appelle les «grands annonceurs» de l’automobile, de la téléphonie mobile et généralement tous ceux qui ont recours à des boîtes étrangères pour concevoir leurs insertions publicitaires. Ils ont déjà considérablement réduit leurs campagnes publicitaires et seront amenés à les restreindre davantage.

Les nouveaux annonceurs — y en aura-t-il ? — réfléchiront à deux fois avant d’engager leur argent. Il faut rappeler qu’une autre taxe dite de «financement du cinéma», de 1%, est imposée aux médias depuis trois années. On ne sait pas si le cinéma en profite et pourquoi c’est à la presse de contribuer à son financement. Fait aggravant pour un certain nombre de médias, sur injonction politique, l’ANEP refuse de signer avec eux des contrats, ce qui les prive de toute la publicité dite institutionnelle.

Boycotté par cette agence depuis 25 ans, sur ordre politique, El Watan n’a pu survivre que grâce à la publicité privée et à l’apport de ses ventes de journaux. Face à la rareté des ressources, le journal a été contraint de réduire drastiquement les dépenses de fonctionnement, y compris celles de ses rédactions : réduction des effectifs, suppression de postes, limitation des moyens mis à la disposition des journalistes, réduction de la pagination, passée de 32 à 24 pages.

Ce sont ces éléments qui ont poussé El Watan à valoriser son prix avec pleine conscience que le lecteur, certes affecté dans son pouvoir d’achat, lui restera encore fidèle. Il l’a toujours été, les chiffres en témoignent : un tirage de plus de 100 000 exemplaires et des ventes se stabilisant autour de 85 000, certifiés par l’organisme international, l’OJD. Tout naturellement, le journal s’engage, malgré les contraintes, à améliorer son contenu. Ce ne sera pas une tâche facile dans un environnement appelé à se durcir.

L’Etat n’a pas changé sa vision de la presse qu’il considère comme n’importe quel autre secteur marchand, donc taxable à merci. Pourtant le devoir pour les pouvoirs publics est de l’accompagner à travers une politique de soutien économique à l’image de celle qui existe dans les pays démocratiques. La législation doit être protectrice, à l’opposé de celle qui existe aujourd’hui, conçue et utilisée pour sévir contre les médias jugés trop critiques à leur égard ou pas assez aux ordres.

La presse est tout simplement un attribut essentiel de la démocratie. Elle l’a prouvé en mettant tout son poids pour défendre la nation et la République lorsqu’elles étaient prises d’assaut par les hordes terroristes. Elle en a payé le prix du sang. Elle a encore un rôle à jouer, cette fois dans la défense des droits de l’homme et des libertés publiques et individuelles. Elle doit continuer à vivre dans toute sa diversité et sous toutes ses formes .

La presse indépendante en sursis (parMadjid Makedhi)

 

La presse algérienne traverse une mauvaise passe. Fléchissement des recettes publicitaires, rareté des annonceurs, monopole étatique sur la publicité institutionnelle, augmentation de la TVA…

cela va de mal en pis pour l’ensemble des titres, notamment de la presse papier. Les journaux, privés surtout, sont réduits à quémander quelques placards publicitaires pour survivre. La situation dure depuis au moins deux ans.

Comme le pays, les médias aussi sont frappés de plein fouet par la crise économique qui a conduit un certain nombre de titres à mettre la clef sous le paillasson. Et la situation risque de s’aggraver au cours de l’année, ce qui n’augure rien de bon pour l’ensemble des quotidiens. Outre la rareté de la publicité émanant des annonceurs privés, les médias font face à une terrible pression fiscale qui risque de les asphyxier à moyen terme. En effet, les dispositions de la loi de finances 2017 ne pèsent pas lourd uniquement sur les ménages. Les entreprises de presse en pâtissent également, en voyant leurs charges s’alourdir encore davantage. La double augmentation de la taxe sur la publicité complique leur tâche.

En vertu de la nouvelle loi de finances, la TVA imposée sur la publicité s’élève à 30%, dont 10% relèvent de la nouvelle taxe spécifique aux produits fabriqués à l’étranger. Cela n’est pas sans conséquences sur les annonceurs qui seront, sans doute, contraints à réduire de manière conséquente leurs budgets publicitaires. Certains titres tentent déjà de faire face à cette nouvelle crise, en augmentant le prix de leur journal, comme c’est le cas des quotidiens El Watan et Liberté. D’autres pourront suivre dans les semaines à venir. Mais cette solution ne suffira qu’à leur permettre de subsister. Car les charges sont beaucoup trop lourdes à supporter.

Sérieuses menaces sur la liberté de la presse

Depuis le début de l’année 2016, de nombreux journaux ont été obligés, en raison du manque de financements, de supprimer des emplois ou mettre fin à leur aventure dans certains cas.

Pour l’année en cours, la situation commence à devenir plus compliquée, même pour les journaux publics qui voient leurs espaces publicitaires se rétrécir gravement. Considérée dans le monde comme un des leviers de la démocratie, la presse en Algérie est menacée dans son existence. S’ils ont résisté pendant longtemps aux pressions du pouvoir, les médias indépendants risquent de ne pas sortir indemnes de cette crise économique qui va en s’aggravant. La liberté de la presse et le droit du citoyen à l’information sont sérieusement menacés.

Et devant cette situation, le pouvoir joue au spectateur. Aucune solution n’est proposée pour soutenir les médias dans cette épreuve. Pis encore, il maintient illégalement le monopole sur la publicité institutionnelle. Confiée obligatoirement et exclusivement à l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP), cette publicité est distribuée de manière occulte et en violation des lois en vigueur en matière économique et commerciale. C’est ce qu’a relevé notamment l’avocat Mohamed Brahimi.

Dans une contribution publiée sur les colonnes d’El Watan en novembre 2014 sous le titre «L’hégémonisme de l’ANEP sur la publicité institutionnelle : un monopole en marge de la loi ?» il relève, en épluchant les textes de loi, le caractère illégal de cette mesure.

«S’agissant du monopole sur la publicité institutionnelle exercé par l’ANEP, il n’y a aucun doute qu’on se trouve devant un cas flagrant de monopole et de concurrence déloyale, puisque l’agence détient l’exclusivité absolue de la distribution des annonces publicitaires des annonceurs publics, ce qui fausse la libre concurrence et constitue une violation de la loi, en l’occurrence le décret 88-201 du 18 octobre 1988, mais surtout une violation des dispositions de la loi relative à la concurrence, notamment la violation de l’article 1 qui interdit les pratiques anticoncurrentielles tendant à restreindre ou à fausser le jeu de la libre concurrence ou à limiter l’accès à un marché», explique-t-il.

La presse indépendante en sursis : Les charges s’alourdissent 

(par Lyes Mechti)

 

Au moment où de nombreux titres de la presse nationale se plaignent de l’asphyxie financière due, notamment, à la baisse des rentrées publicitaires, une nouvelle mesure fiscale, introduite dans la loi de finances 2017, est venue augmenter la pression sur les entreprises de presse, déjà fragilisées.

Instituée par l’article 65, cette mesure prévoit, en effet, «une taxe spécifique sur les contrats de production, ainsi que sur la diffusion de publicité dont la réalisation est effectuée à l’étranger, faite au profit de produits non fabriqués localement». Le taux de cette taxe, précise l’article, «est de 10%, incluse dans l’assiette de la taxe sur la valeur ajoutée».

Les professionnels du secteur relèvent, d’abord, le flou qui entoure cette nouvelle disposition, en ce sens que les modalités de son application ne sont toujours pas connues. L’article en question précise d’ailleurs que «les modalités d’application du présent article sont fixées, en tant que de besoin, par un arrêté du ministre chargé des Finances».

Tout en rappelant qu’une taxe supplémentaire de 1% est déjà appliquée sur la publicité, Riad Aït Aoudia, directeur de l’agence MediAlgeriA, spécialisée dans l’achat d’espace publicitaire affirme : «Aujourd’hui, c’est encore le flou. On attend les précisions du ministère des Finances pour voir plus clair.» Selon lui, les agences intermédiaires se sont toujours acquittées de 1% de taxe supplémentaire, même si la disposition l’ayant instaurée n’est pas claire sur cet aspect.

C’est pourquoi, précise-t-il, «des circulaires d’application sont nécessaires pour lever ce genre d’ambiguïté et savoir qui doit supporter cette nouvelle taxe de 10%». Quant à son utilité, il relève le risque de voir cette disposition augmenter les contraintes qui pèsent sur l’entreprise, dans la mesure où toute charge supplémentaire pourrait freiner son développement.

«La publicité est un investissement mais, dans notre pays, elle n’est pas considérée comme telle. Si l’investissement est alourdi par les taxes, cela ralentira inévitablement la croissance de l’entreprise et, partant, de l’économie en général», explique notre interlocuteur.

Et de noter que si cette taxe doit être supportée par l’annonceur lui-même, il est plus que probable que les entreprises se verraient obligées, en ces temps de crise, de procéder à des coupes sur le budget consacré à la publicité. Les premiers à pâtir de cette situation seront les médias qui tirent de la publicité leur principale source de financement.

«Alors que le volume des annonces est en chute depuis quelques mois, une telle taxe ne fera qu’aggraver la situation», nous dit un autre spécialiste du marché publicitaire en Algérie. Chiffres à l’appui, il affirme qu’un recul sensible est d’ailleurs constaté dans le secteur automobile, principal pourvoyeur de publicité : «Rien que pour ce secteur, les investissements en publicité dans la presse (les quotidiens) sont passés de 5 739 387 604 DA, en 2015, à 3 794 601 262 DA en  2016.»  Il faut savoir, par ailleurs, que les entreprises de presse sont soumises à une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) dont le taux a augmenté de 2 points, passant, depuis le 1er janvier 2017, de 7% à 9%.

Pour les organes disposant de rotative, la charge est encore plus importante, puisqu’en raison de la dévaluation de la monnaie nationale, l’importation du papier, qui constitue la matière première pour la confection des journaux, coûte énormément plus cher et les coûts d’impression deviennent de plus en plus lourds à supporter. Ne jouissant ni d’abattement fiscal ni d’aucune mesure particulière de soutien financier de la part des pouvoirs publics, beaucoup de titres de la presse nationale se trouvant dans une situation financière précaire risquent ainsi leur survie.

Se référant aux pratiques bien ancrées depuis des décennies déjà en Occident, mais aussi dans certains pays d’Afrique, des spécialistes rappellent que le secteur de la presse, de par le monde, est devenu l’un des plus soutenus par les gouvernements.

En France, par exemple, la presse imprimée bénéficie d’un taux de TVA super réduit de 2,1%. En Belgique, ce taux est de 6%,  alors que l’Espagne applique un taux préférentiel de 4%. En Algérie, un fonds d’aide dédié à la presse, promis depuis bien longtemps par les autorités, n’a jamais vu le jour. Le ministre de la Communication, Hamid Grine, a indiqué, en novembre dernier, qu’il évoquerait les étapes de la mise en place de ce fonds «au moment opportun».

En attendant, certains éditeurs se voient contraints d’augmenter leur prix de vente pour compenser, en partie, les charges de plus en plus lourdes et la désaffection des annonceurs.
 

Virage numérique et concurrence des réseaux sociaux(par Kamel Benelkadi)

 

L’explosion de la popularité et de l’influence des réseaux sociaux, et en premier lieu de facebook, est sans doute, avec la montée en puissance de l’accès mobile, la tendance de fond la plus marquante et la mieux partagée en Algérie.

Facebook redéfinit la manière dont l’information est consommée et partagée et s’est imposé comme un incontournable outil de promotion de leur contenu pour les sites d’information, ainsi qu’un levier pour créer des communautés autour de marques média. Les médias traditionnels ont réussi graduellement à faire migrer leur audience historique vers leur présence en ligne. El Watan a été l’un des premiers médias algériens en ligne (depuis 1997). La création de la version électronique avait pour but de toucher le maximum de lecteurs et de garder le lien avec les lecteurs en Algérie et ailleurs. En 2008, le journal a introduit des vidéos et un fil d’actualité suivis, en 2009, par la création d’une petite rédaction dédiée au web.

En 2010, il a procédé à une refonte du site pour accueillir un enrichissement de l’offre éditoriale et des productions multimédia, même si 80% des contenus du site continuent à provenir de l’édition papier. Le site possède une version mobile : 30% de son audience provient des smartphones ou des tablettes. L’accès permanent et instantané aux contenus, à travers des supports variés (mobile, tablette, PC, télé connectée), constitue une révolution : le lecteur est maître de son temps. Il est aussi sollicité en permanence par eux : les alertes, le flux des réseaux sociaux et du web.

On a affaire de plus en plus à un contenu évolutif qui change en permanence par réactualisation et adaptation aux publics et aux moments de réception. Il y a deux temporalités distinctes par rapport à la culture d’un quotidien et deux dimensions-clefs : la réactivité et l’anticipation qui vont de pair et qui sont toutes deux des conditions de la réussite d’audience. Il y a un passage d’un journal comme objet fini, homogénéisant, constituant un tout à un flux continu d’informations, hétérogénéisant. Face à cette dissémination, chaque contenu est en concurrence avec d’autres, ce qui soulève la question de la marque média, de sa cohérence et de sa singularité. Riad Aït Aoudia, directeur de l’agence MediAlgeriA, nous donne son éclairage à travers quelques chiffres : «Lors de la dernière étude Immar (2015),

13% de la population déclarait lire la presse sur internet, ce chiffre est très probablement en nette hausse au vu de l’augmentation du nombre d’abonnements internet (+83%) dus notamment à la 3G et aux efforts d’infrastructures mises en place. Avec plus de 16 millions d’abonnés 3G en 2015, on imagine aisément l’importance du mobile dans l’accès aux sites d’information.» Selon lui, «la presse doit se réinventer en matière de contenu web, le brand content, les sponsorings, les applications, sont une réelle source financière complémentaire à l’achat classique.

Les journaux doivent cesser la logique de ‘‘j’augmente mon prix pour compenser mes pertes’’, les annonceurs sont de plus en plus attentifs au coût/contact, et dans notre marché, les autres médias et particulièrement la télévision offrent des opportunités de plus en plus avantageuses, qui ont fait transférer une partie des budgets des annonceurs de la presse vers les autres médias». Quelques quotidiens ont décidé de mettre la version du jour en ligne à partir de 10h pour préserver le marché de la presse imprimée. Mais la gratuité est mortelle.

El Watan reste fortement pénalisé par le fait que les sites des journaux en ligne ou la presse électronique en général sont gratuits. Le retard catastrophique du paiement électronique n’a pas permis d’aller vers la monétisation du contenu en ligne alors qu’il y a quand même pour les sites, qu’ils soient des sites de journaux ou autres, une ressource financière à tirer de ce qu’ils produisent.

S’adapter en créant de nouvelles temporalités

Cette solution peut être envisageable avec le lancement par Algérie Poste de la carte de paiement électronique Edahabia qui permet d’effectuer tous types de transactions financières et commerciales via internet et le paiement électronique via les banques. Reste à savoir si les Algériens sont prêts à payer sachant qu’il y a déjà un grand handicap : la connexion à internet est déjà chère comparativement aux autres pays du Maghreb. Autre remarque : la majorité des journaux électroniques et sites web d’information sans édition papier (ou pure players) n’ont pas un business model clair.

Certains font travailler au noir des journalistes et manquent de transparence. Le modèle économique doit être revu, car le mode de consommation des médias a changé, en particulier pour le contenu rédactionnel. Il s’agit d’aller au-delà de l’exposition du contenu écrit, capter l’attention et augmenter la lecture des informations. La mission du journaliste n’est plus de produire de l’information, il a un rôle d’agrégation et de récupération de l’information. Sur le plan international, les spécialistes de la question citent le titre économique Les Echos qui a réussi son virage dans le numérique. Le titre est l’un des plus digitalisés de la presse française, la version PDF du quotidien représentant près de 20% des ventes ; 30% de sa diffusion est faite purement en numérique et en vente mixte, c’est-à-dire abonnement papier numérique, il arrive à plus de 75%. 78% des lecteurs rentrent dans Les Echos par le numérique qui permet l’extension de l’activité et l’ouverture de nouveaux marchés, le public est plus large et plus jeune.

C’est une révolution dont on ne peut plus se passer. La façon de travailler change. S’adapter consiste surtout à créer de nouvelles temporalités. Le défi consiste à proposer des contenus adaptés aux nouvelles exigences des consommateurs dans une société d’abondance, mobile et ultra-connectée. Les gens sont de plus en plus exposés à du contenu écrit sur les supports digitaux (PC, mobile, tablette…) surtout avec les réseaux sociaux, et forcément en consomment plus souvent. Rappelons dans ce contexte que sur une population de 40 millions, 18 millions sont des internautes, 16 millions sont sur les réseaux sociaux et que l’Algérien passe en moyenne 3h/jour sur ces réseaux.

Le journaliste est devenu un producteur d’information parmi d’autres (citoyens, militants, chercheurs).
L’internaute devient producteur, source et commentateur. Mais le journaliste professionnel est obligé de se recentrer sur les bases du journalisme : la vérification et le recoupage de sources.  A présent, les gens ne cherchent plus l’info, car c’est l’info qui vient à eux. Les habitudes changent, et ils abandonnent progressivement le papier. Ce problème s’est posé ailleurs, et les éditeurs ont effectivement dû trouver de nouveaux modèles économiques pour monétiser leurs contenus. D’abord sur l’offre, avec une digitalisation des plateformes et des contenus, mais également dans la segmentation de ces derniers. On ne trouve pas le même contenu sur le format papier et sur le format électronique.

Le format papier s’est progressivement transformé en un média où les gens viennent chercher (et trouver) plus qu’une information souvent minimaliste qu’on retrouve sur le digital. La tranche d’âge la mieux représentée se situe, dans la majorité des journaux en ligne, entre 18 et 44 ans. Il y a également un pourcentage des lecteurs qui accèdent aux versions en ligne via les terminaux mobiles (smartphones, tablettes). Cela signifie une transformation dans les modalités de réception et de consommation de la presse écrite.  Sur le plan économique, une question pertinente se pose : la publicité papier est-elle menacée et qu’en est-il de la pub en ligne ? Même si dans notre marché, ce n’est pas encore très clair, nous n’échapperons probablement pas à la règle et, ici comme ailleurs, la tendance ira au déclin de la publicité papier au profit du digital.

 
la presse dans le monde entre perte de lectorat et chute de la publicité (par Mourad Hachid)

 

Le 31 décembre dernier, le paysage médiatique libanais perdait un de ses meilleurs quotidiens, distribué dans de nombreux pays arabes.

Le prestigieux quotidien As Safir, 42 ans après son lancement, a cessé de paraître, victime d’une crise financière aiguë. Son rival, An Nahar, le plus ancien quotidien libanais, né en 1933, est en crise, lui aussi. A la fin de l’année 2016, il a mis en congé technique une quarantaine d’employés. Ce sont les deux cas les plus récents qui illustrent parfaitement la crise que traverse la presse écrite depuis une dizaine d’années.

Quasiment aucun pays n’est épargné aujourd’hui, même si des exceptions existent, notamment en Asie. Confrontée à une baisse du chiffre d’affaires publicitaire depuis la crise mondiale de 2008, une baisse de lectorat et la concurrence du Net et des réseaux sociaux, la presse écrite à travers le monde va de plus en plus mal. Selon une étude du centre américain Pew Research Center, dont des détails ont été publiés par le journal canadien Metro, entre 2014 et 2015, une centaine de quotidiens ont disparu aux Etats-Unis et ceux qui restent ont vu leur tirage baisser de 7%.

Le nombre de journalistes est passé de 55 000 en 2006 à 31 000 en 2015. Aux Etats-Unis toujours, seulement 5% des jeunes âgés de 18 à 29 ans lisent les journaux papier et ils sont un peu plus de 10% ceux dont la tranche d’âge se situe entre 30 et 49 ans. Selon le centre américain, les recettes publicitaires ont connu, en 2015, leur plus forte baisse depuis la crise de 2008/2009, avec une chute de près de 8%. Sur un autre registre, le chiffre d’affaires publicitaire généré par le numérique a atteint en 2015 près de 25% du chiffre d’affaires global des journaux.

Ailleurs, la situation n’est pas du tout reluisante, même si en Inde, par exemple, la presse écrite continue de croître, portée par une alphabétisation plus importante de la société et les difficultés d’accès à internet et à l’électricité dans certaines régions. En Europe, même les journaux auparavant épargnés par la crise commencent à souffrir et les prévisions ne sont guère reluisantes, lorsque l’on sait que les journaux papier n’attirent plus les annonceurs.

Selon l’agence ZenithOptimédia, filiale du groupe Publicis, les dépenses mondiales en publicité vont augmenter de 4,4% en 2017, mais cette hausse ne bénéficiera pas aux médias papier, quotidiens et magazines. Ainsi, pour le marché français par exemple, selon les prévisions de cette agence, les dépenses publicitaires vers les quotidiens vont baisser en 2017 de 8% par rapport à 2016 et baisseront encore de 6,3% en 2018 par rapport à 2017. Pour les magazines, la baisse sera respectivement de 7,7% et 7,5%. Par contre, les dépenses publicitaires sur internet connaîtront une hausse de près de 6% chaque année.

Selon la filiale de Publicis, les dépenses publicitaires se sont stabilisées depuis 2010, sauf en Afrique du Nord et au Proche-Orient, où elles ont reculé. L’agence prévoit que d’ici à 2020, les dépenses publicitaires sur les réseaux sociaux vont dépasser celles sur la presse écrite. Ce qui fait dire à de nombreux éditeurs que facebook est en train d’aspirer toutes les recettes de la presse écrite. Facebook et Google sont en train de capter des parts importantes des revenus publicitaires numériques, au détriment des médias qui produisent les infos que les deux géants du web relaient.

La baisse continue des recettes publicitaires depuis 2008 a poussé de nombreux journaux à chercher d’autres sources de financement et à diversifier leurs revenus, en se basant essentiellement sur l’apport des lecteurs, en abonnement numérique. C’est le cas notamment du New York Times qui a vu son chiffre d’affaires numérique atteindre 500 millions de dollars en 2016 et prévoit plus de 800 millions de dollars pour 2020 et voir ainsi son chiffres d’affaires, généré par les abonnés, dépasser largement celui généré par la publicité. Au NY Times, la règle est simple : satisfaire d’abord le lecteur avant les annonceurs. Pour ce faire, le journal agit sur trois leviers, l’information, la composition des rédactions et le management.

Avant d’arrêter de paraître, le quotidien libanais As Safir a tenté de comprendre les dessous de la crise qui frappe la presse écrite libanaise. Ainsi, en plus du problème de l’hyper information diffusée sur le web, il a noté une offre éditoriale qui ne répond plus à la demande, la concurrence toujours impitoyable de facebook et des centaines de chaînes de télé arabes sont quelques-unes des pistes qui permettent de comprendre les problèmes de nombreux journaux papier, non pas au Liban uniquement, mais dans de nombreux pays. Pour survivre, les éditeurs aujourd’hui travaillent sur deux axes : comment et par quel moyen attirer et fidéliser plus de lecteurs numériques et comment réformer une version papier pour susciter chez le lecteur l’envie de l’acheter. Le reste n’est que philosophie.