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Panama Papers

Date de création: 03-02-2017 16:26
Dernière mise à jour: 03-02-2017 16:26
Lu: 38 fois


FINANCES- ENQUETES ET REPORTAGES- PANAMA PAPERS

© D.H et synthèse médias internationaux/ Le Soir d’Algérie, lundi 26 décembre 2016,

Depuis sa publication en avril dernier, l’enquête dite «Panama papers» sur l’évasion fiscale produit son lot presque quotidien de mesures réglementaires, d’articles et d’appels à l’action émanant du monde politique comme de la société civile pour lutter contre les paradis fiscaux.
Depuis que le scandale a éclaté, des centaines de journalistes, originaires de divers pays ayant collaboré à l’enquête, ont publié plus de 4 700 articles au sujet de «Mossack Fonseca», le cabinet d’avocats international qui a créé des sociétés-écrans opaques pour des entreprises, des responsables politiques et des fraudeurs. Les réactions aux révélations des «Panama papers» ont commencé dès que le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung et une centaine d’autres médias partenaires ont rendu publics leurs premiers articles à 20 heures, le 3 avril. «Panama papers» devient rapidement le hashtag le plus utilisé sur Twitter. Des milliers de manifestants ont défilé dans les rues sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique. Des foules mécontentes ont jeté des yaourts en Islande et des pierres au Pakistan.

150 enquêtes dans 79 pays, aucune en Algérie
Depuis, selon les informations parues dans les médias internationaux et les déclarations officielles, au moins 150 instructions, contrôles ou enquêtes ont été annoncés par la police, les douanes, les procureurs spécialisés dans la délinquance financière et la mafia, les juges et les tribunaux, les autorités fiscales, les Parlements et les cabinets d’audit dans 79 pays à travers le monde. Plusieurs milliers de contribuables et d’entreprises sont visés par une enquête.
De l’Irlande à la Mongolie en passant par le Panama, les assemblées législatives ont fait voter à la hâte des lois pour combler les failles pointées du doigt par les médias partenaires de l’ICIJ.
Les Etats affirment avoir déjà récupéré plusieurs dizaines de millions de dollars d’impôts sur des fonds auparavant non déclarés. Aux quatre coins du globe, des policiers ont perquisitionné des entrepôts, des bureaux et des résidences. Des dirigeants de trois pays ont démissionné, dont un Premier ministre et un ministre de l’Energie et de l’Industrie.
Des cadres d’entreprises et des avocats sont derrière les barreaux en attendant un procès au pénal en Europe, au Moyen-Orient et en Amérique latine. Les réponses n’ont cessé de se succéder depuis la première vague de réactions en avril. Les «Panama papers» produisent leur lot presque quotidien de mesures réglementaires ou législatives, d’articles et d’appels lancés par les responsables politiques et la société civile pour que les enquêtes et les initiatives se multiplient.
En mai, les départements du Trésor et de la Justice américains ont proposé une série de nouvelles lois et règles visant à aider les forces de l’ordre et les autorités financières à débusquer l’argent sale à l’intérieur et en dehors des Etats-Unis.
En Algérie, «Panama papers» a eu son petit lot de révélations, notamment l’implication du ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb : il a essayé d’échapper à une panoplie d’accusations en déclarant qu’il remettrait un «rapport» sur son cas au chef de l’Etat. Huit mois après, il est toujours en poste, et la justice algérienne est restée muette !

«Le monde de la transparence secoué»
En novembre, Europol, l’office de coopération policière européen, a révélé avoir trouvé 3 469 concordances probables entre la base de données des «Panama papers» et les informations de ses propres fichiers concernant le crime organisé, la fraude fiscale et d’autres formes de criminalité. Deux chefs d’Etat ou de gouvernement (Argentine et Pakistan) demeurent pris dans des scandales publics et des enquêtes en cours à la suite des révélations des «Panama papers». «Les “Panama papers” ont sans aucun doute secoué le monde de la transparence, a indiqué Porter McConnell, directeur de la Financial Transparency Coalition, basée à Washington. L’ampleur inouïe de l’enquête, associée au nombre de personnalités concernées, a contribué à maintenir le sujet des sociétés cachées à l’ordre du jour. Aucun Etat ne veut être le prochain Panama.»
Au cours des huit derniers mois, les gouvernements ont déclaré avoir recouvré ou saisi plusieurs dizaines de millions de dollars d’arriérés d’impôts et d’autres sommes en s’appuyant sur les «Panama papers» : plus de 80 millions en Colombie, 1 million en Slovénie et même 170 kg d’argent en lingots en Australie.
Des milliards de dollars supplémentaires potentiellement détournés dans le cadre de l’évasion fiscale restent à retrouver. Des marques très connues ont également subi les répercussions des révélations des «Panama papers».

135 milliards de dollars de capitalisation boursière partis en fumée
D’après les conclusions d’un groupe d’universitaires, celles-ci ont fait disparaître 135 milliards de dollars de la capitalisation boursière de quelque 400 sociétés cotées. «L’impact est énorme», a estimé Hannes Wagner, professeur de finance à l’université Bocconi de Milan et coauteur de l’étude.
Selon lui, les retombées financières des «Panama papers» pour les entreprises représentent la plus grande perte de l’histoire faisant suite à des fuites de données ou des scandales, devant les pertes combinées de capitalisation boursière liées aux affaires Enron et Volkswagen. Les entreprises citées dans les «Panama papers» ont subi des pertes plus lourdes après la publication de l’enquête que celles sans lien avec le dossier. D’après les universitaires, la perte de valeur indique que les investisseurs pensent que les entreprises auront plus de mal à éviter les impôts à l’avenir ou risquent de se voir infliger des amendes pour évasion fiscale.

Des milliers de contribuables visés par des enquêtes

Les autorités de nombreux pays prennent en outre des mesures directes contre les contribuables soupçonnés de posséder des entités extraterritoriales pour réduire leurs impôts. Plus de 6 500 particuliers et entreprises seraient visés par une enquête, selon l’ICIJ et de nombreux médias partenaires qui ont rassemblé les réponses d’organismes publics et les déclarations officielles.
Les hauts responsables mis en cause ont eu des réactions variées en apprenant qu’ils étaient cités dans les «Panama papers» pour leurs propres avoirs extraterritoriaux ou des avoirs liés à leurs proches et associés. Le Panama a envoyé quinze demandes de renseignements et de coopération judiciaire relatives aux «Panama papers» à onze pays, parmi lesquels le Mexique, la Colombie et les Bahamas. Des responsables panaméens ont rencontré des procureurs et des diplomates de neuf pays depuis avril pour contribuer aux investigations, dont plusieurs représentants des Etats-Unis en septembre.

«Une certaine volonté d’agir »
Si les «Panama papers» continuent d’avoir des répercussions, les gouvernements et la société civile préviennent qu’une longue bataille sera nécessaire pour aboutir à des changements durables. Certains gouvernements n’envisagent pas la moindre réforme.
«Certains gouvernements ont pris des engagements bienvenus en faveur de la transparence, tandis que d’autres en font fi, constate Porter McConnell, de la ‘‘Financial Transparency Coalition’’. Tant que les mesures de transparence financière élémentaires ne seront pas devenues la norme mondiale, je crains que nous ne restions dans un cycle perpétuel d’élaboration des politiques en fonction des fuites d’informations.»
Cependant, la société civile espère que la pression du public, motivée par les «Panama papers», forcera les Etats à se battre pour obtenir une solution mondiale aux problèmes que pose l’opacité des opérations extraterritoriales.
D. H. et synthèse médias internationaux

 

Football Leaks

Des «Panama papers» aux «Football Leaks», nombre d’affaires d’envergure n’auraient pu être mises au jour sans une intensive collaboration, souvent internationale, entre les médias. Une révolution dans le monde de l’investigation. Même flanqué de son quatrième Ballon d’Or, Cristiano Ronaldo ne devrait pas passer de très bonnes fêtes de fin d’année. Depuis début décembre, la superstar du foot mondial est au cœur d’un vaste scandale financier : il aurait dissimulé 150 millions d’euros au fisc espagnol via des sociétés-écrans et des comptes offshore basés dans des paradis fiscaux.
Un scoop tiré des fameux «Football Leaks», cette fuite inédite de 18,6 millions de documents liés aux pratiques financières du monde du foot révélés au même instant, le 2 décembre à 21h, par une douzaine de médias européens (Mediapart en France, Der Spiegel en Allemagne, El Mundo en Espagne, le Sunday Times en Grande-Bretagne…) regroupés au sein d’un tout jeune consortium, l’EIC (European Investigative Collaborations). Comme dans le foot, les journalistes commencent à jouer collectif. «C’est le Spiegel qui a reçu ces millions de documents et décidé de les partager avec tous les membres du réseau, raconte Fabrice Arfi, chef du service d’enquêtes à Mediapart.
Chez nous, trois personnes travaillent à temps plein sur cette affaire depuis sept mois, une première.» Chaque rédaction choisit les effectifs à y affecter. Au Spiegel, véritable institution outre-Rhin réputée pour ses enquêtes sans concession, ils sont huit. Du jamais-vu aussi. En tout, soixante journalistes ont enquêté pendant plus de six mois dans toute l’Europe. Une force de frappe impressionnante mais surtout indispensable pour traiter une telle masse de données, où s’entrecroisent mails, audits, contrats de joueurs, conversations sur messageries instantanées… Et dans toutes les langues : anglais, espagnol, portugais, français, mais aussi russe et même chinois. Comme l’explique Yann Philippin, qui a coordonné toute l’opération pour Mediapart, les «Football Leaks» ont exigé une logistique très spécifique qui permet de tout mettre en commun : infos, sources, carnets d’adresses.
La base de la coopération entre rédactions. L’image du journaliste d’investigation, loup solitaire qui garde tout pour lui et se d éfie des concurrents, a du plomb dans l’aile.