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Essai Hela Ouardi- "Les derniers jours de Muhammad...."

Date de création: 27-12-2018 11:08
Dernière mise à jour: 27-12-2018 11:08
Lu: 15 fois


CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI HELA OUARDI- « LES DERNIERS JOURS DE MUHAMMAD.... »

Les derniers jours de Muhammad. Enquête sur la mort mystérieuse du Prophète. Essai de Hela Ouardi. Koukou éditions, Cheraga/Alger 2018, 1 200 dinars, 361 pages

Voilà donc un ouvrage qui « resconstitue »  les derniers jours du Prophète Muhammad (Qssl) « en se fondant entièrement sur le Coran et sur les sources de la Tradition musulmane, aussi bien sunnites que shiites,   qui contiennent une masse prodigieuse de relations et d’informations relatives à l’agonie du Prophète et à sa mort » . Confrontation, donc, des différents récits rapportés dans les livres de collection des hadiths, les Sîra (biographies) les plus anciennes ainsi que les exégèses du Coran, les nombreuses chroniques et ouvrages consacrés aux Compagnons .

Médine, lundi 8 juin 632 (13è jour du mois de rabi’ 1er de l’an 11 de l’hégire ...... une datation floue ). Le prophète Muhammad (Qssl) , déjà otage de son lit depuis un moment,  se meurt, terrassé par une « étrange maladie » (empoisonnement progressif ?  pleurésie ? intoxication alimentaire ? remède-poison ?) , implorant Dieu de l’appeler auprès de lui. Il était encore jeune, portant bien et beau et en bonne santé... 

Alentour, partout, la tension est palpable. A la fin de la journée, le Prophète quitte ce monde, la tête posée sur le giron de ‘Aisha. Mais,  il ne sera enterré que....... mercredi soir. Durant plus de deux jours, le temps des hommes (celui des Compagnons, des épouses et des habitants........attendant la « fin du monde » ) a « suspendu son vol ». Pourquoi ? De nombreuses interrogations : Intrigues politiques ? Course au califat ? Absence de testament (en a- t-il été empêché trois jours avant son décès ?) ? Et, de quoi est-il mort au juste, n’ayant subi aucune auscultation médicale ?

Ce sont là les quelques interrogations auxquelles l’auteure tente non de répondre de manière tranchée et claire, mais de présenter quelques lumières et ce grâce une reconstitution chronologique inédite qui , loin des mémoires idéologisées, dresse le portrait d’un homme « rendu à son historicité et à sa dimension tragique ».

L’ouvrage commence avec « Tabûk, la dernière expédition » ( contre les « Rûm », les Byzantins  , à six cent kilomètres de Médine, au nord-ouest de l’Arabie ).....la dernière , le plus onéreuse (car la plus grande jamais réunie avec  des dizaines de milliers d’hommes et dix mille chevaux) et la plus pénible (l’armée byzantine, alors une des plus puissantes du monde,  comptait deux cent cinquante mille hommes).....mais aussi  celle qui verra une tentative d’assassinat, dont le souvenir a été consigné dans la Tradition sous le terme de « conjuration d’al-‘Aqaba »  .

L’ouvrage se termine par « Les obsèques de Muhammad » : Selon l’auteure, « aucun livre de la Tradition ne précise combien de temps on a attendu avant d’enterrer le Prophète : deux,  trois ou quatre jours. Pourtant, il y a un consensus sur le jour du décès qui a lieu un lundi... » .......et par un après-Muhammad jalonné certes  de « califes », de  conquêtes et d’expansion incroyables à travers le temps et l’espace mais, hélas, aussi, de conflits internes (dont le conflit sunnite-chiite), sanglants pour la plupart (« la violence étant sacralisée ». Lire entretien de l’auteure in « El Watan », mercredi 31 octobre 2018) , et conflits qui durent aujourd’hui encore ....la religion se mélangeant même , mais surtout au sein des sociétés arabo-musulmanes,  à la « sauce ethnique ». 

 

 

 

 

Extraits : « Le problème des musulmans n’est-il pas tant que leur prophète est devenu un homme sans ombre, un être déshumanisé, écarté de l’Histoire et de la représentation ? Et si la réforme de l’islam devait être non pas théologique mais esthétique »( p 17), « N’acceptant de se regarder que dans le miroir complaisant de leur propre Tradition, les musulmans croient pouvoir condenser leur histoire, et même leur avenir, dans une illusion d’éternité et d’infaillibilité » (p 18), « Le Prophète est un homme séduisant qui charme ceux qui le côtoient »  (p 75), « Afin de dépasser le caractère instable et éparpillé de la bédouinité, la force seule ne suffisait pas, il fallait un « levier moral », un message mobilisateur. Muhammad, l’inspiré,  l’a trouvé : c’est l’islam » (p 76), « Tout au long de sa vie (notamment dans la phase médinoise), Abûl Qâcim est au centre d’un véritable tourbillon de passions , de jalousies, d’ambitions et d’épiques scènes de ménage » (p 95), « Une remarque s’impose....sur le supposé illétrisme de Muhammad. Le fait que le Prophète parle d’outils d’écriture (les ossements et l’encrier) prouve qu’il a l’habitude de tout consigner par écrit (...). Il est curieux qu’aucun document et d’un homme  croyant visiblement dans le pouvoir de l’écriture et de la trace n’ait survécu » (p 145), « La Tradition islamique est comme en apesanteur, suspendue dans le vide (....).C’est de cet équilibre instable qu’elle tire sa force et aussi son « insoutenable légèreté » (p 146), « S’appropriant le message initial de leur Prophète,  certains musulmans, dans un élan destructeur, tentent aujourd’hui , de précipiter le monde dans l’apocalypse... » (p 204), « Dotés d’hypothétiques lieux de mémoire, les musulmans ne se reconnaissent finalement que dans les lieux de culte » (p 220)

Avis :Sujet délicat et défi intellectuel que cet  ouvrage académique mais pas que  ..... Car, c’est une véritable recherche qui a réussi (me semble-t-il, mais les spécialistes seront plus précis....ou moins compréhensifs)  à réunir les morceaux d’un puzzle pour donner une forme narrative suivie à des  récits « éclatés » et à des  versions « divergentes » relevées chez les traditionnistes. Se lit facilement....comme un roman historique « osé et croustillant » qui rend plus humains (donc plus proches) tous les protagonistes. Annexes très fournies et instructives : Les révélations des sources non musulmanes/ Les sources musulmanes /  Les principaux protagonistes (bio-express) / Les sources arabes/  Les Auteurs cités par ordre chronologique/ Les notes (nombreuses et riches en informations complémentaires) selon le chapitre.

A noter que cet ouvrage est en vente libre....seulement  au Liban, en Tunisie et en Algérie....et qu’une « tentative » de saisie a eu  lieu lors du dernier Sila. Elle a heureusement échoué.

Citations : « La religion est souvent le paravent d’ambitions humaines » (p 17), « Toute quête scientifique tend vers un horizon de vérité qui recule au fur et à mesure que le chercheur avance » (p 21), « Jusque dans l’agonie du Prophète, on voit l’islam s’affirmer comme une religion ethnique, à tel point qu’aujourd’hui encore  arabité et islam semblent fondus dans une unité indissociable » (p 141), « La mosquée est le lieu du pouvoir, la fonction liturgique  est confondue avec la fonction politique et donc l’identification de la question de l’imamat et du califat fait que l’imam est le calife . Les conséquences de cette superposition originelle du politique et du religieux se font sentir jusqu’à nos jours dans le monde musulman» (p 162) , « A la religion de la fin des temps, Abû Bakr et ‘Umar ont aussi donné un avenir » (p 225), « Celui-ci (le Califat) nourrit encore l’imaginaire collectif musulman qui le conçoit comme une institution politique infaillible ;on pourrait même affirmer que l’attachement des musulmans au califat encore de nos jours s’explique par le fait que la création de ce régime coïncide avec la naissance véritable de l’islam, du moins avec son entrée dans l’Histoire « ( p 233)