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Récit Mohammed Bedjaoui- "Une révolution à hauteur d'homme"

Date de création: 31-10-2018 12:52
Dernière mise à jour: 31-10-2018 12:52
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HISTOIRE- BIBLIOTHÈQUE D’ALMANACH- RÉCIT MOHAMMED BEDJAOUI- « UNE RÉVOLUTION A HAUTEUR D’HOMME »

 

Une révolution à hauteur d’homme. Récit  de Mohammed Bedjaoui. Chihab Editions, Alger 2017, 1 400 dinars, 365 pages

 

Très tôt formé dans la discipline, il est, encore jeune juriste tout frais émoulu de l’Université, plongé , comme beaucoup d’autres, presque brutalement, dans la lutte de libération nationale ; d’abord  militant de base en tant qu’étudiant (au sein de l’Ugema) , tout particulièrement en Europe mais, par la suite, mettant ses connaisances, sa compétence  et surtout son engagement au service du Fln et du Gpra (entre autres auprès du Dr Francis Ahmed, « le maître des finances de guerre ») qui firent appel à lui, pour défricher et baliser les terrains difficiles (et presque impossibles à déchiffrer  pour les combattants du terrain) de la jungle juridique internationale afin de mettre toutes les « ficelles » du côté des Algériens. Durant la lutte, puis lors des négociations pour l’indépendance du pays.

Il présente ...sa jeunesse, mais aussi les initiations politiques de 1948 à 1957

Il raconte  la méfiance qui « était la compagne intime et permanente de la Révolution algérienne »....ce qui a alimenté le « trauma constitutionnel d’une toujours possible traîtrise » , tant et si bien « qu’elle nourissait le singulier paradoxe d’être plus inquiète au vu d’une perspective de paix qu’à l’annonce d’une aggravation des hostilités ».... Il raconte les premières ébauches de la  reconstruction de l’Etat algérien  avec le Fln, parti-nation et le Gpra ..... Il  raconte, aussi, le courage et les engagements d’amis, comme les époux Guerroudj, la lucidité de Ahmed Francis.....l’Algérie reconnue légalement capable de conclure des traités internationaux...les rencontres , avec Mao, avec Kossyguine, avec Ho Chi Minh, avec Kim Il Sung.......la Guerre d’Algérie devant les Nations Unies,....les finances de la guerre.....les ambitions  du Président Bourguiba.....les missions d’explications dans les pays de l’Est....les négociations.....

Il  analyse : ainsi,  la guerre d’Algérie aura, sur le plan de la science du droit,  puissamment contribué à contester la norme juridique coloniale, et à concevoir de nouvelles normes juridiques internes et internationales  davantage porteuses d’une libération et d’une égalité des peuples ... « Pour le juriste, acteur ou observateur de la guerre d’Algérie , c’est un sujet fascinant, absolument fascinant, que de voir comment un système juridique se grippe, est pris de fièvre, se surchauffe,  agonise et meurt.... » . Une véritable  « guerre du droit ».

Il révèle , avec des exemples à l’appui , que le premier et le plus important pourvoyeur de fonds de la Révolution armée était l’émigration algérienne en Europe et non point les Etats arabes ou amis........que des responsables en mission ont passé , en transit et en attente d’une correspondance , dans des aéroports européens (comme à Rome) , leur nuit en salle de transit, car interdits de sortie de l’aéroport......que Ben Bella avait « interdit » l’alcool lors de la réception  organisée à New York en 62 au siège de l’Onu, alors que chez les Saoudiens, il coulait à flots.....

Il éclaire ...sur le déroulement (âpres, surtout sur le Sahara et l’intégrité territoriale de l’Algérie, sur les bases de Reggane et de Mers El Kébir...... sur le statut des Européens  dans une Algérie indépendante) des négociations : Evian I, Lugrin, Les Rousses, Evian II.... ..sur la recherche des moyens d’obliger l’ adversaire à ne pas faire volte-face et à renier les accords (comme cela s’était produit avec la France en Indochine en 46 et  avec la Hollande en Indonésie , toujours en 46). De ce fait, chaque « avancée acquise devait être « cadenassée » (ndlr : Vous voyez que l’idée du « cadenas » trottait dans la tête de nos décideurs depuis bien longtemps) l’une après l’autre.

Et, enfin, il conclut avec un épilogue qui est une véritable leçon de droit international.....et qui, en y réfléchissant bien, remet les pendules à l’heure, démythifie (un peu) la lutte armée des  « guerriers » et réhabilite (beaucoup) le travail ,en douceur et en profondeur, des « politiques ».

 

 

L’Auteure : Né à Sidi Bel Abbès mais ayant grandi à Tlemcen, Docteur en droit, diplômé en sciences politiques, militant actif du mouvement national puis collaborateur  au sein du Gpra (surtout avec Ahmed Françis, alors ministre des Finances)  , expert lors de la plupart des négociations pour l’Indépendance,  chef de cabinet de Ferhat Abbas , alors président de l’Assemblée constituante de 62, ambassadeur (New York/Onu , Paris ) , juge puis président de la Cour internationale de Justice de la Haye, président du Conseil constitutionnel algérien , ministre (Justice puis Ae)... Auteur de l’ouvrage : « En mission extraordinaire. Carnets d’un ambassadeur en France : 1970-1979 », Casbah Editions, Alger  et L’Harmattan,Paris,  2016,  ouvrage déjà présenté in Mediatic.

Extraits « Ferhat Abbas était (donc) d’avis qu’il fallait bien « prendre d’assaut, et de l’intérieur, la forteresse coloniale ». Il m’ encouragea à le faire » (p 67),  L’auteur se référant à une correspondance envoyée à l’auteur, alors étudiant en France et préparant le concours d’entrée à l’ENA, par Ferhat Abbas, en 1953), « La particularité de l’action armée, qui aurait pu paraître suicidaire et vaine au regard de ses grandes faiblesses du départ, était qu’elle succédait à un combat de maturité politique comme celui de l’Udma ou même du Mtld, qu’elle reposait sur une expérience multiforme d’actions violentes épisodiques riches d’enseignements et qu’elle renvoyait à un peuple qui pratiquait la résistance au quotidien » (p 107) , « Le goutte-à-goutte de la contribution mensuelle de chaque émigré rendait belles les rivières emportées par les « porteurs de valises » (p 265)  

Avis : On dira, aujourd’hui, ce qu’on voudra du personnage (ce qu’il est et ce qu’il a été dans un passé récent) mais, tout en ayant été un grand diplomate, il a été et reste un de nos  plus grands spécialistes de droit international, sinon le plus expérimenté. « Monsieur Droit » .....et « Monsieur Constitution » !

Un récit historique.....et un mélange très heureux et plus qu’instructif des genres.

 

Citations : « Le Gouvernement provisoire de la République algérienne possédait d’autres caractères que ceux qui pouvaient le réduire à un gouvernement local belligérant. Il fut proclamé en même temps que la République algérienne , ce qui impliquait la résurrection de l’Etat algérien.C’était donc le gouvrrnement de l’Algérie , total et non local »(p 119), « J’étais toujours persuadé qu’il n’y avait pas d’Etat sans archives » (p 136), « Le président Ferhat Abbas, toujours optimiste et orfèvre du mot qui rassure » (p 186), « La négociation possède quelques effets pervers, car elle démobilise les esprits qui ont du mal à reprendre le combat si nécessaire » (p 218), « Dans sa lutte de libération nationale ainsi déclenchée, le peuple algérien qui s’est reconnu le droit aux armes n’ a pas pour autant négligé les armes du droit » (p 341),  « De même que les civilisations sont mortelles, les systèmes juridiques le sont » (p 344)

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