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Football professionnel- Salaires des joueurs

Date de création: 05-12-2016 03:40
Dernière mise à jour: 05-12-2016 03:40
Lu: 33 fois


SPORTS- ENQUETES ET REPORTAGES- FOOTBALL PROFESSIONNEL- SALAIRES DES JOUEURS

© Yazid Ouahib/El Watan, mardi  15 novembre 2016. Extraits

I/ Sur les 343 footballeurs professionnels enregistrés au niveau de la Ligue de football professionnel (LFP), 99 joueurs qui représentent 29% de l’effectif global perçoivent un salaire inférieur à un million  de dinars. 79 joueurs (23%) ont un salaire qui se situe entre 1 000 000 et 1 500 000 dinars.

72 footballeurs (21%) ont un salaire compris entre 1,5 million et 2 millions de dinars. 43 joueurs (13%) émargent à un salaire situé entre 2 millions et 2,5 millions de dinars. 29 joueurs (8%) touchent entre 2,5 million et 3 millions de dinars. Les joueurs professionnels qui ont un salaire de 3 millions et plus sont au nombre de 22 (6%).

Les 22 joueurs les mieux payés du championnat sont issus de trois clubs : 10 portent les couleurs du CS Constantine, 7 jouent à l’ES Sétif et 3 au MC Alger. Ces trois clubs ont la plus grande masse salariale de la Ligue 1. L’USM Alger et le CR Belouizdad comptent chacun un joueur avec un salaire de 3 millions de dinars et plus.

Au rayon des joueurs salariés à moins d’un million de dinars (99 joueurs, soit 29%), c’est le CA Batna qui possède le plus fort contingent avec 15 joueurs, suivi de l’O Médéa (13), USMH (12),  NAHD (10), RC Relizane (9), ES Sétif (8), DRB Tadjenant, MC Oran et JS Saoura (5),  CRB et MOB, JSK et USMBA (3), USMA(2), CSC (1). Le MCA n’a pas de joueur qui émarge à moins d’un million de dinars.

Dans la seconde tranche, 1 000 000- 1 500 000 DA, ils sont 79 joueurs représentant 23% de l’effectif de la Ligue 1. C’est le ventre mou avec celui de 1,5 million à 2 millions de dinars (72 joueurs représentant 21% de l’effectif total). Plus on avance dans les salaires, plus le nombre de joueurs et le taux se réduisent. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il y a  22 joueurs qui émargent à 3 millions de dinars et plus mensuellement et qu’aucun de ces footballeurs très bien rétribués n’est titulaire en équipe nationale.

Mieux encore, le CSC  compte le plus de joueurs qui ont un salaire égal ou supérieur à 3 millions de dinars, mais  aucun ne figurait sur la liste des joueurs locaux retenus pour le dernier stage à Sidi Moussa, dirigé par Neghiz et Milovan Rajevac. Ce qui montre toute l’aberration d’un système construit sur de mauvaises bases et où la logique est toujours absente. La grille des salaires défie toutes les normes du football professionnel.

Des joueurs surévalués, des salaires faramineux, des dirigeants dépensiers, dépendant des subventions, avec un train de vie sans commune mesure avec les possibilités et ressources financières, sans projet ni ligne de conduite adaptée au contexte, des sociétés qui ne génèrent aucun bénéfice lié à leur activité, un déficit qui se creuse d’année en année, une situation de faillite irrémédiable, couverte par la complicité de commissaires aux comptes…

Des ingrédients d’une banqueroute annoncée mais retardée pour on ne sait quelle motivation.
Pendant ce temps, dans les établissements hospitaliers, des médecins s’échinent à sauver des vies ; à l’école et à l’université, des enseignants et des professeurs prodiguent le savoir ; dans les usines des travailleurs triment du matin au soir pour un salaire de misère. Quelque chose ne tourne pas rond dans l’Algérie et son football.

II/ L’étude du tableau de l’évolution mensuelle des salaires des joueurs de Ligue 1 sur les saisons 2014/2015, 2015/2016, 2016/2017 indique une tendance très marquée vers l’augmentation. Elle est en constante inflation .

L’évolution de la masse salariale entre 2014 /2015 était de l’ordre de 23% et celle du salaire moyen de 22%. A titre comparatif, la masse salariale mensuelle durant la saison 2014/2015 était de 289 825 000 DA et le salaire moyen de 12 106 000 DA. La saison suivante, il y a eu une évolution dans la courbe. La masse salariale mensuelle est passée à 355 791 000 DA et le salaire moyen à 14 740 000 DA. Pour la saison en cours (2016/2017), la masse salariale mensuelle a explosé : elle est de 471 540 000 DA avec un salaire moyen mensuel de 2,274 600 millions de dinars.

L’évolution de la masse salariale en 2015/2016 est de 33% tandis que l’évolution du salaire moyen est de 50%. Au classement de la masse salariale des joueurs par club, le CS Constantine est largement en tête avec 61 millions de dinars, loin devant le MC Alger (49 millions de dinars), l’ES Sétif (42 millions de dinars), la JS Kabylie et l’USM Bel Abbès (36 millions de dinars), l’USM Alger (35 millions de dinars), talonnée par le MC Oran (34 millions de dinars) et le CR Belouizdad (33 millions de dinars).

La JS Saoura (30 millions de dinars) ferme le peloton des 30 mil lions et plus. Sous la barre des 30 millions de dinars on trouve le MO Béjaïa (28 millions de dinars), le DRB Tadjenanet (26 millions de dinars), le NA Hussein Dey (22 millions de dinars), l’O Médéa (18 millions de dinars) et enfin le CA Batna (16 millions de dinars). La masse salariale des joueurs de l’USM El Harrach et du RC Relizane n’a pas été communiquée. Remarques importantes sur ces données : le CS Constantine a fait exploser les salaires de ses joueurs ces trois dernières années. En 2014/2015, la masse salariale était de 26 millions de dinars.

La saison suivante (2015/2016), elle a grimpé à 35 millions, puis elle a pratiquement doublé (61 millions) en 2016/2017. Le MC Alger et l’ES Sétif ont emprunté la même cadence inflationniste ; le premier est passé de 26 millions de dinars en 2014/2015 à 30 millions de dinars en 2015/2016 et à 49 millions de dinars en 2016/2017 ; le second était à 22 millions de dinars en 2014/2015, 23 millions en 2015/2016 avant d’atteindre la barre des 42 millions de dinars en 2016/2017.

La JS Kabylie, qui avait une masse salariale moyenne au cours des saisons 2014/2015 (19 millions de dinars) et 2015/2016 (18 millions), a cassé sa tirelire pour la saison en cours où elle l’a littéralement doublée avec 36 millions de dinars. L’USM Alger, qui avait la plus importante masse salariale en 2014/2015 (34 millions de dinars), l’a réduite à 31 millions la saison suivante avant de l’augmenter sensiblement (35 millions de dinars) en 2016/2017.

Deux clubs ont emballé les salaires des joueurs cette saison : le MC Oran et le CR Belouizdad qui ont franchi la barre des 34 millions (MCO) et 33 millions (CRB). En 2014/2015, le grand club oranais avait distribué 19 millions de dinars au titre des salaires mensuels et le CRB 18 millions de dinars. Les clubs semblent s’être donné le mot pour conforter la politique suicidaire pour laquelle ils ont opté dès le départ, en faisant fi des dangers qu’ils font courir à leurs clubs à travers un endettement forcené et mortel à terme. Qui les arrêtera ?

III/ Les salaires des joueurs professionnels en Algérie sont une insulte pour le citoyen qui n’arrive pas à joindre les deux bouts et qui va devoir faire face à une situation encore plus difficile au cours des prochains mois et années.

Les chiffres donnent le tournis. Pour la saison 2016-2017, l’effectif total des joueurs des clubs de Ligue 1 est de 343 joueurs. La masse salariale mensuelle est de 471 540 millions de dinars, c’est-à-dire 47 milliards et 154 millions de centimes. De quoi assurer les salaires de milliers de travailleurs d’entreprises publiques et privées. La facture du football professionnel est très lourde. Elle est sans commune mesure avec ce qu’il produit. Pratiquement rien.

C’est un gouffre sans fin avec des appétits sans limite. Le salaire moyen est de 2,214 600 millions de dinars, ce qui représente 123 fois le Salaire national minimum garanti (SMIG). Ce qui équivaut à 10 ans de travail d’un employé au bas de l’échelle salariale. Ce que ce dernier perçoit en 30 ans de service, le footballeur professionnel au salaire moyen de 2 millions de dinars l’a en 3 mois. Ce n’est pas tout. Sur les 343 joueurs professionnels de Ligue 1, il y a 22 footballeurs dont le salaire est de 3 millions et plus de dinars par mois. Cette catégorie représente 6% des 343 joueurs pros. Leur salaire fait 166 fois le SNMG. Deux salaires d’un joueur appointé à 3 millions de dinars/mois couvrent 33 ans de travail d’un modeste salarié.

Ces chiffres, que beaucoup mettent en doute, n’englobent pas les primes, la prise en charge (soins, déplacements, hébergement, restauration…), ainsi que d’autres avantages qui gonflent la facture. Le salaire en euros, au cours officiel, d’un joueur qui émarge à 2 millions de dinars, est de l’ordre de 18 470 euros. Pour celui qui a un salaire de 3 millions de dinars, c’est 25 000 euros par mois. Le chapitre des salaires est en constante évolution. Le football professionnel ne semble ni concerné ni touché par la crise économique qui frappe de plein fouet l’Algérie. Les clubs déficitaires sur toute la ligne continuent de distribuer des salaires faramineux qui défient tout entendement.

Comment est-il possible pour des clubs qui ne vivent pas du produit de leur activité de continuer à arroser des joueurs avec l’argent qu’ils ne gagnent pas grâce à leur activité ? Les instances du football, Fédération et Ligue de football professionnel, n’assument pas totalement leurs responsabilités vis-à-vis des clubs professionnels institués en Sociétés par actions (SPA) régies par le code de commerce et maintenus en vie au mépris de toutes les règles du vrai professionnalisme.

Un club, qui plus est société par actions, endetté, en faillite avec un bilan négatif sur le plan financier, ne doit en aucune raison être autorisé à participer à un championnat réservé exclusivement aux clubs professionnels. Dans sa configuration actuelle, son fonctionnement et ses bilans, le football professionnel en Algérie n’a aucune chance de survivre au retrait de ses initiateurs. Lancé dans le précipitation, sans une véritable étude de faisabilité, il s’est révélé être une véritable fumisterie qui a entraîné derrière elle l’ensemble du football algérien. Le football amateur a été lâché, il s’est dramatiquement appauvri. Son destin compromis au profit d’un professionnalisme de façade est sans avenir.

IV/  Le problème des cotisations a longtemps empoisonné le quotidien des joueurs, des clubs et des instances du football et plus particulièrement la Ligue de football professionnel (LFP).

Depuis quelques mois, celle-ci s’est totalement impliquée dans la résolution de cet épineux dossier grâce aux efforts de Fouzi Guellil (membre élu et cheville ouvrière de la LFP) et de la jeune équipe qui l’entoure. Chargé par le président de la LFP, Mahfoud Kerbadj, de piloter l’opération, pour le compte de la Ligue, pour «l’examen des modalités pratiques de mise en œuvre des dispositions du décret 16.152 fixant l’assiette, le taux de cotisation et les prestations auxquelles ouvrent droit l’encadrement technique sportif et les sportifs des clubs professionnels».

Toute l’année 2016 a été consacrée à ce chapitre par des séries de réunions regroupant les représentants de toutes  les parties (CNAS, FAF, LFP) impliquées dans ce dossier pour arrêter le dispositif de mesures à l’effet de reconstituer le montant des créances détenues par la CNAS des différents clubs pros. Interrogé sur les résultats de ces larges consultations, Fouzi Guellil indique : «On est toujours en attente de l’arrêté interministériel pour la mise en œuvre du décret exécutif.

A l’issue des réunions tenues avec les responsables de la CNAS, les propositions arrêtées conjointement par la CNAS et la LFP ont été transmises à qui de droit. Elles comprennent le montant des cotisations, l’assiette de calcul, le taux (15 fois le SNMG), c’est-à-dire 270 000 dinars.» Les clubs ont été sommés de déposer leur situation pour consolidation. Pour ce qui est de l’état de rapprochement exigé, de nombreux clubs ne l’ont pas encore fait avec la CNAS. Les clubs sont tenus de prendre leurs dispositions pour déposer, dans les meilleurs délais, leur déclaration des exercices antérieurs, de s’acquitter des dus en cours (2016) pour pouvoir bénéficier de l’exonération des majorations (pénalités), d’un échéancier en adéquation avec les capacités financières des clubs.

La FAF s’est engagée à apporter sa contribution financière pour alléger le fardeau de la dette des clubs vis-à-vis de la CNAS. Les clubs réfractaires risquent, s’ils ne s’acquittent pas de leurs obligations, le maintien des majorations, le refus de bénéficier d’un échéancier et aussi le blocage des comptes. Le processus de règlement de la situation comprend 4 étapes. La CNAS affectera un agent de contrôle pour chaque club. A l’effet de l’assister pour l’établissement de ses différentes déclarations.

Rapprochement entre la CNAS et les clubs une fois connu le montant des créances détenues sur les clubs par la CNAS, et ce, pour la validation du montant de la créance. La CNAS cernera le montant de la créance pour la consolidation tel que précisé par la loi de finances 2015. Une fois le dossier finalisé, la FAF et la LFP interviendront pour fixer un échéancier de paiement. La CNAS a remis à la LFP la liste des contrôleurs chargés du suivi du dossier. Une réunion CNAS-LFP est programmée le 6 décembre prochain pour finaliser le dossier des cotisations des joueurs

 

V/ Les clubs de Ligue 1 sont peu regardants sur le chapitre des salaires versés aux joueurs. C’est pratiquement le Pérou par rapport à la conjoncture difficile que traverse le pays sur le plan économique.

Pour la saison 2016-2017, le salaire mensuel moyen est de l’ordre de deux millions deux cent quatorze mille six cent dinars (2 214 600 dinars). Ce chiffre est calculé sur la base de la masse salariale mensuelle (47 milliards de centimes) versée aux 343 joueurs pros de Ligue 1. Sur ce chapitre, deux clubs se détachent largement. Le CSC et le MCA avec respectivement un salaire moyen de 280 et 235 millions de centimes. Arrive en 3e position l’ESS avec 191 millions de centimes. L’USMA n’est pas loin avec 185 millions.

Le salaire moyen d’un joueur à la JSK est de 172 millions de centimes, suivi du MCO 166 millions de centimes, l’USMBA 164 millions de centimes, le CRB 158 millions de centimes, le MOB 140 millions de centimes, la JSS 136 millions de centimes, le DRBT 119 millions de centimes, le NAHD 100 millions de centimes, l’OM 86 millions de centimes et le CAB ferme la marche avec 74 millions de centimes. L’USMH et le RCR n’ont pas fourni les chiffres.

L’évolution de la masse salariale (2016-2015) est importante. Elle a atteint des taux faramineux que les plus grands clubs du monde ne peuvent se permettre en période de crise et de vaches maigres. La palme revient à la JSK qui a augmenté de 92% la masse salariale des joueurs. La croissance du salaire moyen à la JS Kabylie est de l’ordre de 111%. Légèrement moins qu’au MCOran (115%) avec une masse salariale en augmentation de 81%.

L’ES Sétif est dans ces eaux avec 82% de la masse salariale et un pic de 107% du salaire moyen. Le CS Constantine n’a pas été très regardant sur ces deux chapitres avec 75% d’augmentation de la masse salariale et 91% en ce qui concerne le salaire moyen.
Le MC Alger a augmenté sa masse salariale de 64% et le salaire moyen de 72%. L’USM Bel Abbès a vu sa masse salariale augmenter de 54% et le salaire moyen de 75%. L’O Médéa et le DRB Tadjenanet figurent en bonne place dans la première moitié de ce tableau avec respectivement 53% , 74% et 65% , 80%.

Le CR Belouizdad et le NA Hussein Dey sont côte à côte sur ces deux lignes avec 43% (CRB) et 42% (NAHD) pour l’augmentation de la masse salariale, et 56% et 61% pour le salaire moyen. Deux clubs ont contrôlé l’augmentation de la masse salariale et le salaire moyen. C’est l’USM Alger avec 11% d’augmentation de la masse et salariale et 41% du salaire moyen et le MO Béjaïa avec 12% d’augmentation de la masse salariale et 34% du salaire moyen.

Globalement, la masse salariale et le salaire moyen ont connu des augmentations de 33% et 50%. Ces augmentations sont en hausse par rapport à l’exercice précédent. Elles indiquent une forte propension à gonfler les revenus des joueurs. Elles n’augurent rien de bon pour l’avenir.

© Yazid Ouahib