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Sud algérien-Etude Crisis group 2016

Date de création: 05-12-2016 02:49
Dernière mise à jour: 05-12-2016 02:49
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SOCIETE- ETUDES ET ANALYSES- SUD ALGERIEN- ETUDE CRISIS GROUP 2016

Selon Crisis Group, les autorités ont maintenu une paix précaire via des subventions, la répression et des stratégies de maintien de l’ordre.

Sous le titre «Sud de l’Algérie : turbulences à l’horizon», le très sérieux think tank international Crisis Group (ICG) a rendu public (début décembre 2016) un rapport alarmant sur la situation dans le Sud et appelle le gouvernement à mieux répondre aux attentes des populations de la région.

«Tandis que des vagues de contestation ont touché depuis 2013 le sud de l’Algérie, riche en hydrocarbures, les autorités ont maintenu une paix précaire via des subventions, la répression et des stratégies de maintien de l’ordre. Pour apaiser les tensions, l’Etat doit renforcer la transparence, communiquer avec les manifestants et résoudre les problèmes de gouvernance sous-jacents», note le rapport du Crisis Group. Ainsi, le calme revenu à Ghardaïa, Ouargla et In Salah risque d’être juste une accalmie, car les réponses des autorités n’auront servi qu’à mater la contestation et non pas à résoudre les problèmes soulevés par les manifestants. Selon Crisis Group, une tendance se dégage : «Le ressentiment s’accroît à l’égard des autorités centrales dans une partie du pays longtemps restée secondaire politiquement.»

La politique du bâton et de la carotte utilisée par le gouvernement jusqu’à présent n’a servi, dit le rapport, qu’à «sauvegarder une paix précaire» mais n’a pas abordé les questions sous-jacentes. «A l’approche d’une succession présidentielle incertaine et compte tenu des conséquences douloureuses des faibles prix du pétrole, l’Algérie ne peut pas s’en tenir au traitement des symptômes ; elle devrait remédier aux insuffisances de la gouvernance et associer ses populations marginalisées à la prise de décision politique», indique Crisis Group, en précisant qu’elle devrait le faire dès maintenant, «tant que les difficultés sont encore amplement maîtrisables, plutôt que de les laisser s’envenimer et affecter dangereusement la transition politique à venir».

Revenant dans son rapport sur les trois mouvements qui, depuis 2013, ont mobilisé les Algériens dans le sud du pays et ailleurs, le think tank (spécialisé dans la prévention des conflits et des guerres) évoque les violences intercommunautaires de Ghardaïa, le mouvement écologique contre l’exploitation du gaz de schiste à In Salah et les manifestations des chômeurs à Ouargla. «Ces questions, longtemps délaissées, doivent être prises au sérieux, non seulement dans l’intérêt de cette vaste région, mais aussi en raison de leur impact grandissant et bien réel sur le ‘noyau’politique du pays, dans le Nord», explique le même rapport.

Et d’ajouter : «Les autorités centrales d’Alger, qui ont tendance à regarder le mécontentement local avec méfiance, sous-estiment son ampleur. Elles continuent de raisonner en terme de subventions, de répression, et de maintien de l’ordre, des outils qui ont à peine pu empêcher qu’un climat parfois violent ne dégénère.» ICG, qui estime qu’un engagement politique en profondeur porterait ses fruits à travers le pays, note qu’avec la crise financière qui frappe l’Algérie, les autorités seront de moins en moins en mesure de substituer la dépense publique à une politique inclusive et à la bonne gouvernance. Ce qui était valable hier ne l’est plus aujourd’hui.


Il faut écouter ses citoyens

«L’instabilité de ces dernières années démontre que les citoyens du Sud ne sont plus disposés à taire leurs revendications d’un renforcement de la transparence, de la communication et du respect de la part de leur gouvernement», indique le rapport d’ICG. Ce dernier rappelle que si l’Algérie perçoit les conseils extérieurs comme une ingérence, elle devrait tout de même écouter ses citoyens. «Une grande partie de l’indignation des manifestants découle du sentiment qu’ils ne sont ni entendus ni impliqués.» ICG propose trois grandes mesures à entreprendre pour rétablir la confiance. A commencer par le lancement d’une enquête parlementaire ou autre forme d’investigation indépendante pour examiner les relations intercommunautaires à Ghardaïa et comprendre les sources de la violence et proposer des réparations adéquates.

Aussi, élaborer des procédures transparentes d’embauche dans le secteur public et garantir l’équité, avec la promotion de l’investissement privé responsable et la diversification de l’économie. Enfin, adopter une politique plus transparente dans l’exploration et la production du gaz de schiste, en indiquant où elle a lieu et en encourageant la recherche sur ses effets potentiellement négatifs au niveau local et sur la façon de les atténuer. Cette mesure devrait être assortie d’un débat national sur les avantages économiques et les inconvénients de la fracturation hydraulique.

ICG alerte les autorités algériennes : «La contestation dans le Sud révèle un problème de gouvernance plus large dont les groupes djihadistes ont déjà cherché à tirer parti.» Le risque, note encore le think tank, est que le mécontentement dans le Sud soit exploité comme un instrument aux mains des groupes radicaux. «Reconnaître que la contestation dans le Sud (au milieu d’une région de plus en plus troublée) pose un problème de gouvernance et pourrait encourager un changement de cap qui désamorcerait les tensions en ces temps de bouleversements géopolitiques mondiaux, de troubles régionaux, de récession économique et d’incertitude politique», conclut ICG.