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Ahmed Bey

Date de création: 11-11-2016 16:34
Dernière mise à jour: 11-11-2016 16:34
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HISTOIRE- PERSONNALITES- AHMED BEY

 


 
L’histoire de cet homme est un roman-fleuve (1787-1850) , une sorte d’épopée où l’amour incandescent des femmes – et ses deux bras séculiers, la jalousie et la vengeance – peut conduire à la mort. De fait, le seul sérail que Constantine ait jamais connu et où notre homme habitait a été bouleversé par d’innombrables intrigues de cape et d’épée, mais aussi par des passions brûlantes qui ont vu le jour entre les femmes de l’ancestrale coutume, cloîtrées, interdites, promises ou délaissées, et tous les visiteurs de passage mâles, les livreurs, les bijoutiers visqueux de la Ville-Rocher et autres aventuriers peu recommandables. Mais ni l’inceste, ni le crime, ni la trahison, ni même les rivalités politiques n’auront raison du pittoresque Ahmed Bey, dernier sultan ottoman à avoir mené une vie de pacha avant que ne débarquent les Français. Mais qui aujourd’hui se souvient de lui ? Et comment le réhabiliter alors que tous les seigneurs qui lui ont succédé l’ont décrié, pour des raisons connues d’eux seuls. Les généraux français Clauzel, Damrémont ou Lamoricière, qu’il a combattus, parfois en vain, l’Algérie indépendante qui lui trouvait une origine trouble – pour ne pas dire turque, contrairement à l’émir Abd el-Kader qui symbolise la continuité de la race –, et plus tard le FLN, dont l’histoire officielle est monolithique et qu’un tel personnage, parce qu’il était aimé par la population, dérange, l’ont effacé ou réduit au silence. Personnage de roman, ai-je dit ? Oui, mais de roman de cour fastueuse avec son harem pléthorique, sans commune mesure avec la doxa qui interdit aux hommes de prendre plus de quatre femmes légitimes – plus de trois cent cinquante femmes de tous les âges et de toutes les couleurs, dont au moins une Italienne. Cette dernière s’est d’ailleurs largement “confiée par la suite. Une autre, Aïcha, servit d’espionne aux Français. Mais le combat politique d’Ahmed Bey est plus significatif encore : il a été le premier et l’un des plus grands révolutionnaires de l’Algérie précoloniale, y compris en s’opposant franchement au dey d’Alger avant de se rabibocher avec lui au moment de la conquête française en 1830. Ahmed Bey, également appelé El-Hadj Ahmed, gouverna Constantine de 1827 à 1837 au nom de la Régence turque. À ce titre, et bien qu’il ne fût pas pacha, il refusa de servir la France, de devenir le vassal du roi de France, et s’opposa à toute forme de colonisation. Il se battit vaillamment au côté des siens jusqu’à la fin, une fin triste comme le sont généralement celles des grands vaincus. Ahmed Bey erra dans les Aurès de 1842 à 1848, soit une année après la reddition de l’émir Abd el-Kader. Pourtant, l’Algérien moyen connaît ce dernier, et le porte aux nues, alors qu’il ignore jusqu’au nom d’Ahmed Bey, à moins qu’il ne soit né à Constantine même, où un culte secret lui est encore rendu.

Ayant renoncé à la lutte en 1848, il s’installa à Alger où il fut brièvement interné. Il y mourut en 1850, le 30 août. Il avait soixante-trois ans. Comment réhabiliter cet homme, si courageux, sans réécrire son histoire, sans exhumer ses faits d’armes, sans lui dédier une sépulture ? Décidément, l’histoire coloniale et, plus tard, l’histoire algérienne ont été oublieuses de bien des noms !”

 Extrait de : Malek Chebel. “Dictionnaire amoureux de l'Algérie.”