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Récit Louis Ferri- "L'Algérie, c'est d'abord l'Algérie"

Date de création: 31-10-2018 11:10
Dernière mise à jour: 31-10-2018 11:10
Lu: 44 fois


HISTOIRE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- RECIT LOUIS FERRI- « L’ALGERIE,C’EST D’ABORD L’ALGERIE »

L’Algérie , c’est d’abord l’Algérie. Récit de Louis Ferri (préface de Zeddour Mohammed Brahim). Editions Alem El-Afkar , Alger/Mohammedia 2017 (1ère édition en 1956, « Cahiers du Témoignage Chrétien ») , 500 dinars, 173 pages

 

Que savons-nous exactement du soutien des intellectuels chrétiens aux Algériens dans leur combat libérateur ? Pas grand-chose, tout particulièrement au niveau des nouvelles générations, celles d’après –guerre (mises à part quelques exceptions ayant échappé au formatage des esprits entrepris par les enseignants et /ou pseudo-historiens arabo-islamistes) . Pas grand-chose. A peine quelques noms cités ça et là mais de plus en plus oubliés ( Il fait avouer que nos grands héros algéro-musulmans  le sont déjà en bonne partie, la vie « moderne »  d’une part et les dérives conservatrices  ayant (dé-) formé les cerveaux) . 

Henri –Irénée Marrou, André Mandouze, Paul-Albert Février, Edmond Michelet, Georges Montaron, Robert Davezies, Claude Bourdet, Robert Barrat, Léon Duval , David Rousset......et bien d’autres (d’autres confessions dont l‘israélite) . Et, le journal « Témoignage Chrétien » ( seul journal rescapé de la Résistance française contre le nazisme et le régime de Vichy....,  un des premiers journaux à s’engager dans les luttes de décolonisation et  contre la torture.... ;  journal de la gauche chrétienne , dont le directeur était Georges Montaron  et ,un certain temps, Hervé Bourges en tant que Rédacteur en chef. Un journal qui connu 96 saisies ...pour « diffamation envers l’armée », ciblé par un attentat Oas à la bombe....)

Dès 1956, il consacre le numéro 37 de ses « Cahiers »  à l’Algérie. Un n° oublié après l’adoption de la loi sur les pouvoirs spéciaux (12 mars 1956), « par laquelle la France entend conserver par la guerre ce qu’elle a conquis par la guerre » .

Une brochure qui, d’abord, présente la « réalité humaine et économique de l’Algérie : histoire, population et niveau de vie, économie, main-d’œuvre et chômage, problème scolaire » et tente de  décrire « la naissance du sentiment national algérien », tout en s’interrogeant : « Y a-t-il plusieurs nationalismes algériens  se référant au « fait français » en Algérie ...., un « fait » opposé par les gouvernements français qui se sont succédé (« Un autre nationalisme ? ») . Puis, elle   publie les opinions dominantes du moment : celles du Sultan du Maroc et du Président Bourguiba,  celles des Mouderres de la Zitouna,  la résolutions de la Conférence de Bandœng, de l’Onu (la Question algérienne étant inscrite à l’ordre du jour) , celles des Oulémas (manifeste du 7 janvier 1956) , des centrales syndicales (Usta, Ugta, Cisl, Cgt d’Algérie, Cgt, Fo, Cftc,   Ugtt....) , de Messali Hadj (interview à « Die Welt ») , de Ferhat Abbas (16 décembre 1955 in « La République Algérienne ») , du Dr Ben Salem (Déclaration, in « Le Monde » du 12 décembre) , du Fln, .....ainsi que celles françaises : De Gaulle (en décembre 43 et en juin 55), de Mendès France (dans « L’Express ») , d’Emile Roche (un radical) , de G. Bidault du Mrp, de la Sfio , de Charles André Julien, de Poujade, du Parti de la Jeune République, de Mgr Duval , des Evêques d’Algérie, de Mgr Perrin (archevêque de Carthage) , de la Jeunesse ouvrière chrétienne...et de chrétiens de l’Afrique du Nord.

A noter que la brochure présente « un dossier sur la répression en Algérie »  , un extrait d’un rapport de la Commisson internationale contre le régime concentrationnaire, Cicrc  (déjà publié  en janvier-février 56 par la revue « Saturne ») ...dont étaient membres David Rousset et Germaine Tillon. Un  rapport qui est « très malheureusement très en dessous de l’actuelle réalité » . « Témoignage Chrétien » avait déjà publié ,le 6 janvier 1956 ,un appel des 700 internés politiques du camp d’ « hébergement » (appellation officielle !!!!....après l’institution de l’état d’urgence le 3 avril 1955)  de Djorf (M’sila) ...puis le 20 janvier un document sur l’exécution sommaire de toute une famille, en août 55....

Conclusion :Le partage  entre « le rejet de la guerre destructive et source de haine » ...et « l’abandon pur et simple ». Des solutions ? Des « compromis qui satisfassent les aspirations nationales algériennes trop longtemps ignorées ou méprisées » ! Difficiles à avoir  car « la réalité algérienne évolue  avec une extraordinaire rapidité ».....et, comme on le verra par la suite, l’entêtement et le radicalisme militaro-colonialiste allait en empirant, augmentant les fractures......au grand désepoir de l’ « humanisme chrétien ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Auteur Journaliste, militant progressiste  chrétien

Extraits : « L’engagement de nombreux chrétiens en faveur de l’indépendance de l’Algérie était mu par leur foi ancrée dans les valeurs humanistes chrétiennes » (M-B Zeddour, p 13), « Un grand clivage existe dans tous les domaines entre la population européenne à qui on a tout donné et la population musulmane à qui on a tout pris.Ce qui explique l’esprit de révolte » (M-B Zeddour, p 18) , « En Métropole, le chômage présente un caractère « conjoncturel ». En Algérie, il est « structurel ». Le déséquilibre s’y accroît entre la poussée démographique et l’expansion économique » (p 80)   

Avis : Initiative à saluer. Exhumer des écrits et des ouvrages, signés d’ « étrangers »,  consacrés au soutien à la guerre de libération nationale. Ouvrage documentaire très instructif. Pour savoir ce qu’était l’Algérie et la guerre (pour les moins de soixante ans) et pour remonter le temps et se souvenir , pour les septuagénaires et plus .Et, surtout , en signe de reconnaissance à ceux qui ont partagé nos ouffrances ....en souffrant

Citations :  « A l’approche de la fin de la guerre, l’Algérie française apparait de plus en plus comme un Frankenstein, une créature monstrueuse qui se retourne contre son créateur » (M-B Zeddour, p 25), « Il ne peut y avoir de défaite s’il s’agit de faire face à une situation nouvelle avec des moyens nouveaux. La défaite consiste à refuser une évolution inéluctable au nom de principes dépassés » (p 40) , « Rome qui a écrasé et nivelé tant de peuples avant de les éduquer n’a résussi ni à écraser les Berbères ni à les transformer. Bien plus, ce sont les Berbères eux-mêmes qui ont rejeté leurs maîtres ; Romains, Vandales et Byzantins n’ayant fait que passer comme des météores » (p 43), « Dire que l’aspect démographique est l’un des problèmes clés sinon le problème fondamental est devenu la tarte à la crème de toute étude sur l’Algérie » (p 51), « C’est de la prise de conscience des biens perdus depuis 1830 par la faute de la colonisation qu’est né le sentiment national algérien » (p 87), « Une oppression unique soude dans la même résistance des provinces autrefois dispersées. C’est ainsi que naît une nation » (p 89)