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Roman Hocine Haroun- "Le roseau sentimental"

Date de création: 12-09-2018 18:48
Dernière mise à jour: 12-09-2018 18:48
Lu: 3 fois


VIE POLITIQUE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN HOCINE HAROUN- « LE ROSEAU SENTIMENTAL »

Le roseau sentimental. Roman de Hocine Haroun. Tafat Editions, Alger 2017, 500 dinars, 155 pages.

 

 Heureusement, l’auteur l’avoue ,d’emblée, dans son « avertissement » au lecteur . Il lui était très difficile d’écrire « simplement ». Il n’a jamais pu le faire et ce dès sa prime scolarité, et ce  malgré les conseils de son professeur de français : « Ecrit plus simplement et raconte plutôt les petites histoires vécues dans le village ou écoutées chez les grand-mères près de l’âtre ». Pas question ! Entêté comme une mule ! Déjà rebelle ! Au Parti iunique qui régnait sur (presque ) tout.....Même la  langue maternelle , « Taqbaylit »,  était interdite. Tout se disait donc en parabole, en symbole. Tout se chantait plutôt ou, rarement, s’écrivait.

A cette époque, il y avait déjà des écrivains et des chanteurs engagés....qui « traçaient aux jeunes réfractaires le sillon de la revendication ». Des éveilleurs à la libre expression, que ce soit dans le fond (la révolte) ou dans  la forme.  .Une écriture hachée, métaphorique, symbolique et « un contenu un tantinet surréaliste ». Beaucoup même !

Ce qui fait qu’à la moindre inattention, on se perd dans une histoire relevant certes d’une réalité, d’un vécu , mais totalement transportée dans un monde imaginaire. Mais, au fait, la vie n’est –t-elle pas un mélange de rêves et de réalités, de nuits et de soleils, d’épreuves et de joies, d’amour et de déceptions....

L’histoire, celle d’un jeune homme, Yidir, enfant unique, ni frère , ni sœur, ni grand-père, ni grand-mère (morts à sa naissance, ce qui ,déjà , est, quelque part, une perte de  racines) , ni tuteur  qui, après une scolarité brillante au primaire au niveau de son village natal, un village reculé en haute montagne de Kabylie,  se retrouve « jeté » dans un collège de At Doualla, de la même Kabylie.

Une séparation précoce et inattendue. Un arrachement des racines, du berceau, du terreau d’accueil.

Il était le Seul et Unique érudit du village ,considéré par l’ensemble des familles du village comme l’Elu.... « l’homme par qui la paix arrive/Le bonheur siège/La liberté s’instaure ». Surtout qu’en face, il y avait le Parti Unique avec un « Chef » , M’hemmed l’égorgeur,l’Amghar,  au surnom hérité de la guerre, « régnant sur les vivants comme sur les morts » , et détenant le monopole de la commercialisation de la viande .Assisté  lui-même de Slimane , lui aussi boucher-égorgeur. Décidemment, chez nous, dans le cloaque politico-économique, les bouchers ont un bel avenir !

Et, entre les deux, il y a Rosina, une belle jeune fille, venue d’on ne sait où, libre de toute attache.....qui aime Yidir...mais qui est convoitée par le « Chef ».

Le reste, c’est la vie en internat au Lycée...la rencontre avec Thileli.... « Liberté/ Liberté qui cherchait à se libérer ». Une autre Rosina. Il y a aussi Tinhinan.....Une seule et même personne ? Un seul rêve inabouti mais jamais abandonné . La liberté !

A noter , page 123, un beau passage sur l’ «  idéologie »...et tous les mots récurrents qui hantent les esprits des villageois , pour les convertir , mais en fait pour les pervertir.........les villageois voulant seulement manger, vivre en paix et vivre libres, « comme avaient vécu les ancêtres, loin de l’idéologie, de la rhétorique et du mensonge ».Un rêve éternel........encore inabouti. Hélas ! Et, c’est peut-être tout cela qui donne un texte riche,  parfois incompréhensible, qui doit se lire tout en réfléchissant, car tellement porteur  d’espoirs , certes modérés....car si Rosina est l’idéal, le héros  n’est qu’un roseau....sentimental..

 

 

 

 

 

 

 

L’Auteur : Enseignant de langue française. Plusieurs romans (3) dont « Faty, sa fille Thas et Monsieur Pons » à l’Enag

 

Extraits : « Depuis que le parti avait investi le village, la méthode traditionnelle d’élection de ce dernier (l’Amin ou l’Amghar, « c’était du pareil au même »), était volontairement dévoyée, bafouée » (p15), «  Le chef suprême du Parti unique jugea que Si M’hend et son double Si Slimane devenaient de plus en plus fous. Il leur fallait bien du repos. Mais au Parti.....unique, Parti unique ! on avait plus besoin de fous que d’intellos » (p 22), « Rien ne se disait ouvertement/ Tout se chuchotait/Tout se négociait sous cape » (p 25), « Qu’ils meurent ces taureaux, ces paysans ! Qu’ils finissent dans l’abattoir ! Peu importe si le village mourait avec eux. Il y avait les autres Si M’hend et Si Slimane....Tinhinan pleurait le sort des vaches » (p 70) 

Avis :  Un roman ? Un poème ? Un roman –poème..... Difficile à commencer (à lire ) , mais dès les premières pages parcourues, vous en êtes possédé   .

Citations :  « Aujourd’hui, le village pleure les vivants qui lui font peur ;ces vivants cupides qui le vident de ses entrailles. Les vivants que j’appelle les morts. Oui, les morts tels qu’ils le méritent » (p 44), « La vérité était masquée. La vérité était introuvable. Il faut la chercher même si elle est introuvable » (p 77), « La lâcheté  a fait de l’homme un « être erreur » », un parasite qui doit sa vie à la démagogie envers les autres,  et cela a créé en lui sa propre subordination » (p 120), « Me briser plutôt que de ployer, plutôt que de me plier, puisque à force de se plier on finit bien par se briser. Se briser mal » (p 147), « Quand la mer est pure , nul égout ne peut la brouiller mais quand le cœur est pur, une simple parole blessante peut définitivement le souiller » (p 149)