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Roman Chabane Ouahioune- "L'Aigle du rocher...."

Date de création: 12-09-2018 17:44
Dernière mise à jour: 12-09-2018 17:44
Lu: 14 fois


ENVIRONNEMENT – BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN CHABANE OUAHIOUNE- « L’AIGLE DU ROCHER.... »

L’Aigle du rocher. Une histoire d’un aigle du Djurdjura. Roman de Chabane Ouahioune. Enag Editions, Alger 2010, 490 dinars, 261 pages 

Connu pour son immense humanité, l’auteur qui s’est retiré « sur ses terres » assez tôt nous livre, là, un roman assez original ; un roman qui relève de l’observation quasi-scientifique de la Kabylie centrale....mais à partir non  de l’étude des hommes et de la société mais à travers la « vie » d’un Aigle du Djurdjura, « Ghist », un solitaire maître des cîmes (un  célibataire, « Aazri », car il vivait seul).   Une approche littéraire assez originale mais très instructive, car la société et la nature kabyles, vues de « ciel » ,nous apparaissent bien plus réelles. Un roman ?....Un conte aussi qui nous transporte (plutôt ce qui reste de nos âmes et de nos yeux d’enfant) dans une autre réalité, celle que l’ on a rêvé de vivre ou de mieux connaître.  

En fait,  l’histoire est racontée par un grand-père à son petit-fils, Loulou,  jeune écolier mais aussi apprenti berger quand cela s’impose. La guerre de libération nationale n’est pas encore totale mais les coups de  feu et des bombardements commencent, de temps en temps, à apparaître  dérangeant  une région se consacrant alors uniquement à sa (sur-)vie  et encore quelque peu éloignée de la pollution de la « modernité »

L’Aigle du rocher en question (iguidir b’vvcruf) en question a une envergure gigantesque. Peut-être le plus grand et on peut le reconnaître aux deux plumes lui manquant à l’aile droite . C’est le roi incontesté de la montagne, à la force et au pouvoir reconnus par tous les animaux de la région.

Il est le seul à avoir accès à des lieux inaccessibles aux hommes ordinaires, pics vertigineux des montagnes et grottes  du majestueux Djurdjura. Il est, aussi, craint mais surtout respecté par les hommes car, comme la buse, « mesdherith », tabou. Intouchable ! Il dispense le bonheur et la force à ceux qui le respectent ou simplement ont la chance de le voir au petit matin. D’ailleurs, après une blessure par arme à feu, capturé par un paysan, il sera vite adopté et aimé  par la famille. Hélas, la famille éloignée de sa terre, il reprendra son aventure mais il aura connu la communauté des hommes, leurs qualités et leurs défauts.

D’en « haut » , il nous fait découvrir la beauté des paysages kabyles qu’il ne quittera temporairement qu’à contre-cœur. Presque tous les autres animaux, toutes les agglomérations, tous les champs, tous les arbres , les buissons et les ronces épineuses, toutes les sources et les rivières,  toute la vie animale, le froid, la faim, la soif, les luttes quotidiennes entre groupes ou individus pour un « territoire » ou pour simplement un cadavre ou une proie...Il ira plus loin jusqu’aux Bibans et aux Portes de fer et il compare.

 

 

 

 

 

 

 

L’Auteur : Né en 1922 à Tassaft Ouaguemoun (Tizi Ouzou) . Enseignant, avocat.....écrivain et journaliste –chroniqueur. Un essai, plusieurs romans à son actif, entre 1979 et 2001, une pièce de théâtre en 2000,  des récits en 1986 et 1992 ( « Itinéraires brûlants », Enal Editions et « Randonnées avec Ait Menguellet », Innayas Editions) . Décédé le 4 avril 2016 à Tassaft Ouaguemoun.

Extraits : « A notre époque, la question est de se demander si les enfnats de la Berbèrie seront à la hauteur des enjeux de la modernité et des grands bouleversements du monde. S’adapteront-ils ou perdront-ils leur héritage et leur âme ? Pour l’heure, nous ne savons même pas de quoi sera fait demain. » (p 54), « Aucune bête ne cherche à s’attaquer à un autre, les pires ennemis respectent la trêve de la soif qui menace de les tuer tous. Seul le chacal, ce mécréant sans foi ni loi, profite tant qu’il en a la force de la triste occasion, pour tuer quelque bête affaiblie et incapable de fuir » (p 80), « Face au danger commun, les animaux s’unissent. Les pires ennemis se respectent, ou s’ignorent. Ils savent que l’union est nécessaire pour le salut commun » (p 177), « Jusqu’à nos temps modernes qui ont vu l’apparition d’engins efficaces et d’avions, les Kabyles ont pu vivre indépendants sur leurs territoires, tels des aigles farouches et invincibles sur leurs aires. Par la suite, ils ont préféré bâtir sur des pitons, des villages fortifiés » (p 258)

Avis : Un hymne à la nature.....et vu d’en haut, l’humain est si petit, et l’animal si grand .En espérant voir certaines parties de l’ouvrage repris dans les ouvrages scolaires du primaire et du secondaire.

Citations : « Quand un aigle est repu, il se repose et ne cherche pas à chasser.Quand un homme est riche, au lieu de se sentir comblé, de remercier la providence et de mener une vie normale, il cherche à s’enrichir encore davantage, le plus souvent au détriment de ses semblables » (p 65), « Aux hommes comme aux animaux, les mésaventures , lorsqu’on ne les oublie pas, donnent l’expérience profitable. Les malheurs peuvent instruire plus que les événements heureux et permettent de tirer des enseignements pour l’avenir » (p 101), « La vie est ainsi faite. Elle incite à la violence. Comme les hommes, les bêtes se jalousent et ne pensent qu’à leurs propres intérêts et n’admettent pas la concurrence de voisins.L’égoïsme se retrouve également chez les animaux. Chacun se croit supérieur aux autres, plus malin, plus intelligent, plus fort.Et instinctivement, l’un ou l’autre ressent le besoin de s’imposer , d’éprouver sa force, de démontrer ses capacités pour se faire craindre et respecter par les autres. Les hommes sont pareils. Mais ces derniers sont surtout déterminés par le besoin de la richesse matérielle. Ce qui fait d’eux souvent des êtres cupides » (p 149), « C’est connu, les situations de batailles ou de troubles sont toujours mises à profit pour régler de vieux comptes. Les mêlées sont propices pour donner ou recevoir un coup vengeur » (p 186), « La terre tout entière souffre des procédés humains alors que le comportement animal procède de la régulation et des équilibres naturels indispensables à la pérennisation de la vie » (p 189), « Les animaux ne cherchent qu’à contenter deux besoins, se nourrir et défendre leurs petits. Même un lion, une fois repu, ne cherche pas autre chose. Il se repose pour digérer et dort. Les hommes , outre ces deux nécessités qu’ils ont en commun avec les bêtes , en ont une troisième qui les taraude et qui les pousse à des excès, la guerre. C’est le désir de se procurer de l’argent ou des ressources qui leur en font gagner. Le désir de gagner de l’argent peut leur faire oublier toute moralité, toute fraternité et toute pitié. L’argent construit le monde, assure l’existence des hommes, mais leur enlève trop souvent l’humanisme... » (p 261)