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Islam- Gresh Alain

Date de création: 13-09-2016 10:14
Dernière mise à jour: 13-09-2016 10:14
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SOCIETE- BIBLIOTHEQUE D’AL MANACH- ISLAM- GRESH ALAIN

L’Islam, la République et le monde. Essai de Alain Gresh. Casbah Editions 2005 (Librairie Arthème Fayard, 2004), 439 pages, 900 dinars

Caractéristiques principales , résultats de l’histoire et de la politique (et non du Coran) du monde musulman ? Quatre en tout :

Tout d’abord, le milliard et quelque de musulmans ....qui vit, pour son écrasante majorité, dans le « tiers-monde » ;  la persistance d’un fort sentiment religieux ; le sentiment profond d’unité de l’Oumma’, lequel se concrétise , entre autres, lors du pèlerinage à la Mecque et , avec l’émergence de l’internet, la création d’une « oumma virtuelle » ; enfin, la diffusion , notamment à partir des années 1970, d’une lecture très conservatrice de la religion, souvent encouragée par l’appareil religieux –et de l’argent-saoudien

.L’inaptitude de nombre d’organisations islamistes à dépasser la lecture littérale  et le conservatisme expliquent selon l’auteur la crise qu’elles traversent et leur incapacité à conquérir l’Etat.

Il a, ensuite, distingué trois types de mouvements islamistes :

-        L’islamisme traditionnel qui veut l’instauration d’un Etat islamique, et la politique est au coeur de sa pensée et de son action . Mise en œuvre de la Charia et établissement préalable d’une société juste ;

-        Le courant ayant fait le choix - volontaire ou imposé  par la répression d’Etat – de la violence...Avec la lutte à mort contre les pouvoirs établis en terre musulmane , tous considérés comme des pouvoirs impies. Aucun succès enregistré, vu l’incapacité de mettre en œuvre le projet de construction d’un Etat islamique.  D’où , « au milieu des décombres » se créent des partis classiques...et la propagation de nouvelles formes d’usage de la religion, compatibles avec le libéralisme .

-        Le « troisième type » est un mouvement déterritorialisé  avec Al Qaïda, dont l’influence se situe aux marges du monde arabe et ...dans le monde occidental et , «  sans revendications précises » et aux « discours apocalyptique » (note : l’ouvrage a été publié avant l’émergence du  mouvement de « quatrième type », l’ « Ei »  de Daesch  qui s’attache à se créer une base géographique et politique, en Irak et en Syrie.....puis en Libye,   condition, lui semble-t-il (pour Daesch),  de réussite). L’arme du terrorisme et des attentats souvent aveugles   est utilisé avec, en face, du temps de Bush qui a ouvert la voie, une stratégie  de « mobilisation du monde civilisé» et d’interventionnisme armé « contre la barbarie » encore plus aveugle et plus sanglante. La peur est attisée....déclenchant des campagnes contre ...l’Islam et les musulmans.

Tout y passe , dans des alarmes bien françaises et des polémiques sans fin ( du foulard à la menace du  communautarisme en passant par des « détours algériens », Al Qaïda qui «  recrute en France »,  les « nouvelles classes dangereuses », les viols , la machisme dans les cités  .....)  , avec une question essentielle totalement occultée : qu’est-ce qu’un musulman ? Et, avec une tendance à mettre tous les œufs dans un même panier alors qu’il y a un « arc-en-ciel de tendances et de choix personnels »  . Cette perception de la majorité des Français d’une « communauté » monolithique , soudée par la foi....a fait oublier que si les musulmans sont bien unis par un principe, c’est celui des valeurs de la République auxquels adhèrent 95% d’entre eux... et 78% d’entre eux pensent que l’Islam est compatible avec les lois de la République (Le Figaro, avril 2003).

Qu’à cela ne tienne , l’incompréhension perdure. En juillet 2003, déjà, une Commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité dans la République , dite commission Stasi, du nom de son président,  est mise en place .Une commission « au-dessus de tout soupçon ? » . Pas si sûr ! Avec des témoins bien choisis...avec la relégation « dans les poubelles de l’histoire » des problèmes sociaux ... avec, au final, des propositions vite oubliées...et la propension à « étendre le combat » (sic !) .....aggravant ainsi un climat déjà délétère avec les stéréotypes impériaux débiles datant surtout de l’époque coloniale, émis bien souvent par des « sommités » intellectuelles et politiques  (Victor Hugo, René Chateaubriand, Alexis de Tocqueville, Guy de Maupassant....Engels..Léon Blum, Jules Ferry....Théodore Roosevelt...) ou par des ouvrages (Ainsi, la définition de l’Arabe par Le dictionnaire Larousse de 1908 et de 1948) .  La « lepénisation des esprits » en marche ? Le racisme, un cancer !

 

 

 

L’Auteur : Ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, spécialiste du Proche –Orient. Il est d’ailleurs né au Caire, en 1948, en Egypte , où il y a vécu toute son enfance et sa prime jeunesse , jusqu’en 1961 : « Une époque formidable » dit-il. Une enfance cairote qui a laissé des traces. Débarquant en France alors que la guerre d’Algérie touchait à sa fin, il fait la connaissance de Henri Curiel, son père naturel et de ses compagnons , les « porteurs de valises ».Athée, se réclamant du rationalisme, ,il ne croit à aucune vérité révélée......et ,ce qui l’intéresse dans les religions, ce n’est « pas tant ce qu’elles disent..que  ce que font les croyants »  . Pour lui, aussi, « l’islam ne définit pas une politique »  et il est du côté des opprimés contre les oppresseurs.

Ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique (jusqu’en 2005), puis coordinateur de la rédaction des éditions en arabe, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Proche-Orient et l’Islam. Il a été membre de la commission Islam et laïcité , animée par la Ligue des droits de l’homme et le Monde diplomatique

 Extraits : « Nous n’emploierons pas le terme « intégriste », qui fait référence à des mouvements chrétiens et qui n’est utilisé, dans le cas de l’islam, que comme une épithète dénigrante et non analytique » (p 91) , « Le racisme de certains services de police remonte loin, au moins en tout cas à la guerre d’Algérie » (p 164), « L’histoire coloniale fut la grande absente du débat sur le foulard. Faut-il y voir la démonstration que, malgré la « découverte » de l’usage de la torture durant la guerre d’Algérie, la France n’arrive pas à surmonter son amnésie ? » (p 361)

 Avis : Des réponses à presque toutes les interrogations. Une vision libérée, apaisée et rationnelle de l’Islam et  des musulmans

 Citations : «  L’Islam a servi de légitimation aux califats omeyyade et abbasside, à l’Empire ottoman, aux monarchies conservatrices du Golfe, aux républiques libérales arabes des années 1940 comme aux républiques arabes révolutionnaires des années 1960... » ( p 91), « Tous les cadres de vie (dans les sociétés européennes) se fissurent. L’Etat –nation semble se disloquer sous les coups de la mondialisation et de la construction européenne  (...). Ces peurs , certains veulent les cristalliser autour de l’islam, à la fois ennemi insaisissable à l’extérieur et relayé à l’intérieur par une cinquième colonne d’autant plus menaçante qu’elle est à la fois « exotique » et si semblable à nous-mêmes » (p 108), « Si l’égalité des sexes a remporté des victoires, c’est plus au combat , souvent décriés, des féministes qu’à la laïcité qu’on le doit » (p 295),