Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Pouvoir - Yefsah Abdelkader

Date de création: 13-09-2016 10:09
Dernière mise à jour: 13-09-2016 10:09
Lu: 139 fois


VIE POLITIQUE- BIBLIOTHEQUE D’AL MANACH – POUVOIR - YEFSAH ABDELKADER

Histoire politique de l’Algérie, 1954-1984. Etude de Abdelkader Yefsah (Préface de Salem Chaker) . Enag Editions, Alger 2016 ( Première édition Enap, Alger 1990) . 479  pages , 950 dinars.

 

C’est tout de suite à partir de sa problématique que l’on s’aperçoit que l’auteur allait donner un grand coup de pied (d’universitaire rigoureux) dans la fourmilière politique d’un pays enfoncé dans un système politique inadapté –  en fait depuis 1954, car il y eut simple transposition du pouvoir « rebelle » , celui du temps de guerre - autour d’un pouvoir en crise permanente , lieu de luttes , ouvertes ou larvées, occultées du temps de guerre,  mais toujours acharnées , entre factions et clans.

Bien sûr, c’est , toujours , à partir du clan dominant (dont le centre de gravité peut se déplacer géographiquement) que l’intégration nationale est pensée......avec, toujours, son amarrage à l’armée.....sans laquelle le clan n’est rien .

Questionnements :

Comment et pourquoi l’armée a toujours été (à l’exception de la période 56-57), au centre du pouvoir politique en Algérie .

Puis, comment le Fln , censé encadrer et conduire la société civile , n’est en fait que la courroie de transmission des militaires .

Ensuite, comment , malgré de multiples crises politiques qui cachent très mal les luttes pour le pouvoir, le régime algérien, et notamment depuis 1965, est un régime stable grâce à son unanimisme affiché et érigé en dogme.

Et, comment l’inadéquation de son discours politique par rapport à sa pratique quotidienne a peu à peu abouti à un divorce entre le régime et le peuple et permis la naissance d’une classe dominante en Algérie.

Enfin, en quoi le régime algérien n’est pas encore un Etat de droit mais un Etat répressif et policier fondé sur les prébendes et le bakchich.

Observations finales (conclusion)  :

. Le pouvoir politique est de nature militaire

. Le parti unique Fln n’est en réalité que la courroie de transmission des militaires

. L’unanimisme, personnalisation du pouvoir = immobilisme

. La société civile refuse sa domestication. Niée dans son existence , elle se défend comme elle peut. Instinctivement ....faisant, à l’instar du régime, de l’improvisation

. L’Etat n’est pas encore un Etat de droit. C’est l’Etat de l’arbitraire

. L’Etat –Clan est un Etat de bakchich et de favoritisme

. L’Etat-clan étant un Etat arbitraire, il est par essence un Etat répressif et policier

 

 

 

 

 

L’ Auteur : Universitaire, politologue, né en 1952 à Tala Amara (Tizi Rached), maître de conférences à l’Institut des sciences politiques d’Alger depuis 1983....avant de partir en France au début des années 90.   A disparu de la circulation universitaire nationale et c’est bien dommage. Avait déjà publié un premier ouvrage en 1982 (éd. Anthropos) : « Le processus de légitimation du pouvoir militaire et la construction de l’ Etat en Algérie »

Extraits: « Le socialisme spécifique du parti unique a laissé place à un simulacre de démocratie tandis que l’économie dirigée a accouché d’une économie de bazar. L’Algérie est devenue, depuis, un vaste Prédaturium » (p 7, avant-propos)  , « Nous nous trouvons ainsi en face d’un pouvoir politique totalitaire, volontariste qui, niant la réalité algérienne dans sa complexité mouvante, s’efforce de « construire » un Etat à l’image de ses fantasmes qu’il « baptise » tantôt « moderne » , tantôt « arabo-islamique » et tantôt les deux à la fois » (p 19)

Avis : Peut être considéré, à mon avis, comme un des  premiers ouvrages universitaires politiques de niveau scientifique et critique, pratiquant une véritable « pédagogie de la vérité »  (au départ, une thèse de Doctorat en sciences politiques ) , publié en Algérie ( d’abord par une Enap-Editions alors plus que dynamique, car ne dépendant plus du Fln à ce moment ,  au début des années 90 , sous le titre plus explicite et moins inodore : « La Question du pouvoir en Algérie ».....et les mécanismes administratifs de la « censure » ayant sombré).Une mine d’or pour comprendre les racines du mal qui ronge (encore ?) le pays.  A servi de modèle à bien d’autres qui ont suivi. Le contenu concerne une certaine période, mais en fait, il déborde aisément sur toutes celles qui ont suivi......jusqu’à nos jours....les nouvelles ( ?) formes politiques (comme le tout « nouveau » titre) n’ayant apporté rien de fondamental au fond. Toujours la même problématique ! Des progrès et des changements certes, mais à peu près les mêmes constats.

Citations : « Quand la raison abdique, la bigoterie prospère et l’immonde n’est pas loin » (p 7, avant-propos),  « Il n’y a de production scientifique qu’indépendante et critique » (p 10, Salem Chaker, préface) , « L’Etat –mamelle, tout autant que l’Etat-repoussoir , déçoit , car il est l’Etat de la minorité » ( p 318) , « Un peuple qui a le sentiment d’être l’acteur de sa destinée ne met pas le feu à ses biens et il n’existe pas, de par le monde, de peuple de Néron » (p 420, postface, rédigée en janvier 1990).