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Essai- Ammar Belhimer- "Les voies de la paix......"

Date de création: 12-08-2018 20:20
Dernière mise à jour: 12-08-2018 20:20
Lu: 37 fois


VIE POLITIQUE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI AMMAR BELHIMER- « LES VOIES DE LA PAIX.... »

 

Les voies de la paix. Rahma, concorde et réconciliation dans le monde. Essai de Ammar Belhimer. Editions Anep, Alger 2018, 900 dinars, 300 pages.

La réconciliation, pourquoi et comment ? Quelles que soient les périodes ou les conflits auxquels elles succèdent, elles visent partout à asseoir un dialogue entre protagonistes....pour panser les blessures, réparer les dégâts matériels, physiques et psychologiques.....et pour retrouver le chemin du développement, de la démocratie et des libertés.

Ceci dit, ces démarches ne sont pas uniques. On relève donc une diversité de voies cherchant à concilier les parties ou forces en présence pour les amener à la paix. Elles ne sont pas toutes à succès. Elles ne sont pas toutes acceptées par tous. Tout dépendant aussi du degré et de la nature de la violence exercée ou /et subie, que ce soit dans une dictature ou face à une rebellion ou une guerre civile.

C’est ce qu’essaye de montrer (et de démontrer ?) l’auteur qui s’est , peut-on dire , « frotté » au problème presque directement, en tant que journaliste, en tant qu’universitaire, en tant qu’ observateur de la société , en tant qu’essayiste et ....en tant que proche (durant les années 90) de certains hommes politiques alors en phase avec les événements tragiques en Algérie.

Mais, avant de se pencher sur la « douloureuse »  expérience algérienne, il va, d’abord, décrypter les politiques de réconciliation connues à travers le monde : en Espagne (« ni vainqueurs ni vaincus »), au Chili (« réhabilitation et prévention »), en Allemagne (« au-delà du Mur »), en Afrique du sud (« justice et réconciliation »), au Rwanda (après le  « génocide »), en Bosnie (avec un Etat « faible et divisé, condition de la paix », en Tunisie (avec la rencontre de « légitimité ») .

On a ,aussi, une présentation du contexte international , avec les « avatars du wahabisme » et les thérapies de choc menées en Asie centrale (qui « éradique ») et à Singapour (qui a « un arsenal législatif impitoyable » ).

Viennent ensuite  les conséquences en Occident et en Europe avec ,entre autres « l’après-11 septembre 2001 », le « djihadisme en procès » et « les dérives antimusulmanes »....... et le « modèle pour l’Europe » se faisant avec l’ « interdiction du foulard », « pas de crucifix en classe », « le voile dans l’espace public », l’ « objectivité et le pluralisme à l’école » , « le voile, la laïcité er la libre entreprise ».

Nous voilà au cœur du livre : « La voie algérienne ». Une crise qui a duré près de dix années (1992-1999), qui  a fait entre 150 000 à 200 000 morts,  des dégâts matériels incommensurables (18 000 « disparus » selon la Laddh, des centaines de milliers d’infirmes et d’orphelins, plus de 500 000 exilés, 1,5 à 2 millions de personnes déplacées, 20 milliards de dollars de pertes financières alors que les caisses de l’Etat étaient quasi-vides...) et des traumatismes psychologiques aux effets dévastateurs aujourd’hui encore......malgré  les moyens mis en œuvre par  la politique de « réconciliation nationale ». On a beaucoup écrit et presque tout dit sur le pourquoi et le comment de la  « décennie rouge » (devenue au fil du temps une « décennie noire », puis avec  des textes la « tragédie nationale ») ; avec des thèses puisées dans celles farfelues de l’Ecole psychiatrique d’Alger (1918- 1932), celles étonnantes d’une jurisprudence italienne (2007), des stéréotypes (bien) tenaces en Allemagne , en France et en Angleterre, évoquant une  « guerre d’indépendance inachevée » quand il s’agit de personnes,  Algériens d’origine...d’origine seulement . Des thèses qui reprennent le stéréotype orientaliste faisant de l’Algérien une tête brûlée macho pour lequel la vie humaine a peu de valeur.....Tous (les Occidentaux) oublieux que les dérivés du wahhabisme (et non du nationalisme algérien)  « que sont l’intégrisme et son expression armée sont les produits des ses laboratoires  et que leurs premières victimes, à une échelle continue et massive, sont les musulmans eux-mêmes »

La voie algérienne ? En fait, une « longue marche », le résultat d’ébauches et d’approches datant de la crise de 1962 (Fln/Ffs), puis d’août 90 avec la loi 90-19 portant amnistie, puis  le 29 juin 2010 avec l’accord (Charte de Berriane) entre les deux communautés religieuses dans la région de Berriane.....puis, après la « longue tragédie » et des textes devant favoriser la lutte contre le terrorisme et la subversion (nouveau poste de ministre des Droits de l’Homme en juin 1991/décret législatif en septembre 1992) , des « constructions juridiques particulières », entrecoupées par des initiatives internes (tractations et consultations)  ,  des initiatives externes (Sant’Egidio 1 et 2) , un panel de l’Onu et bien des pressions externes . On a donc, au final, des  mesures de clémence/rahma (en février 1995), un texte sur le rétablissement de la concorde civile (juillet 1999)....et, enfin, une Charte pour la paix et la réconcilation nationale , adoptée en septembre 2005 par référendum populaire et mise en œuvre le 27 février 2006. « L’Algérie peut être fière de son expérience » nous dit l’auteur (entretien, « Le Soir d’Algérie », 10 juin 2018). Encore faut-il – chez nous comme chez les autres ; chez nous , peut-être plus que chez les autres....les voisins ?  - qu’on (décideurs politiques , leaders d’opinion et aussi citoyens) arrête d’instrumentaliser l’Islam et  d’associer, à tort et à travers, les notions d’Islam et de pouvoir.

 

 

 

 

 

 

L’Auteur : Longue carrière de journaliste. Docteur en droit, professeur à l’Université d’Alger, essayiste et journaliste-chroniqueur. Auteur des plusieurs études , tout particulièrement en droit économique ; et de trois ouvrages dont « La dette extérieure de l’Algérie.... » (1998), « Les Printemps du désert » (2016) et « Les Dix commandements de Wall Street » ( 2017)

Extraits : « Une vraie réconciliation passe par la mise à nu de l’horreur, des mauvais traitements, de la douleur, de la déchéance, de la vérité. Parfois, elle peut même aggraver les choses. C’est une entreprise risquée, mais qui vaut la peine, car c’est en affrontant la véritable situation qu’on peut espérer parvenir à une vraie guérison »(p 20) , « Monseigneur Teissier, l’archevêque d’Alger, commentera : « Oui, il faut le dire, les amis de Sant’Egidio sont ceux qui nous ont tués » (p 141), « La conciliation renvoie à une signification juridique très précise, désignant une procédure utilisée par des parties en conflit, désireuses d’arriver à un règlement amiable sans avoir à passer par une procédure judiciaire » (p 144), »

Avis : La patte et la plume du journaliste, la rigueur de l’enseignant (de la « vieille école », il faut le préciser !).....mais ouvrage un peu trop « académique » , surtout la seconde partie. « Clair et éclairant » (Fouad Soufi, historien)

Citations : « Longtemps, la réconciliation nationale passait par l’amnistie et celle-ci équivalait à une amnésie sociale interdisant de raviver les malheurs du passé. L’inconvénient premier de la démarche est l’accumulation de rancœur refoulée chez les victimes et le renoncement de la société à tirer les leçons du passé pour en éviter le retour :parce que la page était tournée sans avoir été lue, rien n’empêchait de réécrire les mêmes horreurs » (p 11) , « Un semblant de réconciliation ne peut qu’aboutir à un semblant de guérison » (p 20) , « Dans toutes les institutions, il y a le « dit » et le « non-dit » , ce qu’elles affirment et ce qu’elles taisent. Les sociétés étant hiérarchiques, ce qui est « dit » est, en règle générale, favorable aux strates supérieures ;ce qu’elles « ne disent pas », est l’état de subordination des strates inférieures » (p 189), « Tout a un prix, même le malheur des gens. Sacré capitalisme qui nous pousse à nous émouvoir des crimes de ses propres rejetons et avatars ! Cela ne dédouane pas pour autant totalement le monde musulman » (p 203), « Ce n’est qu’en se réconciliant avec eux-mêmes que les musulmans d’aujourd’hui pourront se réconcilier avec les autres « (p 207), « Le monde musulman paraît obéir à une logique universelle : le repli sur le local en politique dans un monde pourtant économiquement globalisé » (p 215), »Si la démocratie , comme le marché, a besoin d’un Etat de droit, le contraire n’est pas toujours vrai.Un Etat de droit peut revêtir un caractère autoritaire , poursuivre des objectifs de marché, hors de toute préoccupation démocratique, avec pour seul dessein une scrupuleuse observation des règles qu’il édicte dans l’intérêt des puissances étrangères « (p 215),