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Milliardaires algériens- Analyses A. Mebtoul/L'Expression

Date de création: 12-08-2018 20:17
Dernière mise à jour: 12-08-2018 20:17
Lu: 39 fois


FINANCES- ETUDES ET ANALYSES- MILLIARDAIRES ALGERIENS- ANALYSE A. MEBTOUL/L’EXPRESSION

Autopsie pour les milliardaires d'Algérie

(c) Pr Abderrahmane MEBTOUL/ L’Expression, lundi 5 juillet 2018

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LES GROSSES FORTUNES ET LE MARCHÉ ÉCONOMIQUE

Les plus grosses fortunes en Algérie ne sont pas forcément dans la sphère réelle, mais au niveau de la sphère informelle notamment marchande

L'objet de cette contribution est de répondre à la question: y a-t-il de véritables entrepreneurs en Algérie producteurs de richesses? Il ne faut pas confondre capital argent avec accumulation du capital qui détermine la richesse d'une nation.

Une personne ou un groupe qui possède beaucoup d'argent n'est pas forcément un entrepreneur qui, lui, investit dans la reproduction de la valeur au sens noble du terme, contribuant à la valeur ajoutée interne du pays. Aussi, se pose cette question cruciale, avec les différents scandales financiers à répétition qui créent un sentiment de frustration et de démotivation au niveau de l'immense majorité de la population algérienne à qui on demande des sacrifices, les véritables milliardaires algériens sont-ils au niveau de la sphère réelle?
Les récents scandales, notamment de la cocaïne et autres (immobiliers) montrent que les plus grosses fortunes en Algérie ne sont pas forcément dans la sphère réelle, mais au niveau de la sphère informelle notamment marchande, avec une intermédiation informelle, à des taux d'usure. Devant différencier pour les calculs afin de ne pas induire en erreur l'opinion publique, la part de la sphère informelle dans le PIB, au niveau de la structure de l'emploi, de la part de devises échangées sur le marché parallèle et sa part au niveau de la masse monétaire en circulation donnant des taux différents. Selon Deborah Harold, enseignante américaine de sciences politiques à l'université de Philadelphie et spécialiste de l'Algérie, se basant sur des données de la Banque d'Algérie, l'économie informelle représenterait plus de 50% du produit intérieur brut, plus de quatre fois le chiffre d'affaires de toutes les grandes entreprises du FCE réunies. Cette sphère contrôle au niveau de la sphère réelle 65% des segments des produits de première nécessité: fruits/légumes, marché du poisson, marché de la viande blanche, rouge et à travers des importations informelles le textile/cuir, avec une concentration du capital au profit de quelques monopoleurs informels. Cette sphère liée à la logique rentière tisse des liens dialectiques avec des segments du pouvoir expliquant qu'il est plus facile d'importer que de produire localement. Mais il ne faut pas se tromper de stratégie. Nous avons de nombreux entrepreneurs dynamiques, informels, acquis à la logique de l'économie de marché qu'il sagit d'introduire dans la sphère réelle non par mesures administratives autoritaires, mais par de nouveaux mécanismes économiques de régulation. D'une manière générale, il ne faut pas oublier le dynamisme de certains patrons de la presse privée, tant arabophone que francophone, certains sites dirigés par des Algériens initiés aux nouvelles technologies, qui ont permis le développement des espaces de liberté, restant l'audiovisuel en attente, enjeu de pouvoir, expliquant la tentative vaine du verrouillage médiatique à l'ère de l'Internet, de la promulgation de la loi, les quelques chaînes de télévisions privées fonctionnant en off shore. Il faut le reconnaître, le contrôle des médias est un enjeu stratégique pour les entrepreneurs privés algériens. Il existe une règle générale valable pour tous les pays. Lorsqu'on a beaucoup d'argent comme nous l'ont enseigné les fondateurs de l'économie, (l'économie est avant tout politique), on est tenté de faire directement ou indirectement (en plaçant des réseaux) de la politique. Aussi, pour ce secteur particulier existe un danger, pour des cas où l'actionnaire principal est un privé, en cas de non-autonomie de la rédaction, que ces médias s'adonnent à de la propagande, à l'instar de certains autres publics, au lieu de fournir une information objective d'où l'importance d'un code de déontologie. Cela n'est pas propre à la presse et concerne également les chaînes de TV privées, avec les contraintes de la publicité. D'une manière générale, le secteur privé algérien qu'il soit autonome vis-à-vis des sphères du pouvoir ou dépendant, (pour l'octroi de marchés), a une attitude contradictoire vis-à-vis de la politique du gouvernement concernant les grands dossiers. Comme la privatisation (totale ou partielle des entreprises publiques existantes) qu'il s'agit de ne pas confondre avec la démonopolisation (unités nouvelles crées par le secteur privé) avec parfois des alliances contre nature avec des syndicats corporatistes, (intérêts communs de rente), les dossiers de l'adhésion à l'organisation mondiale du commerce, des Accords de libre échange avec l'Europe et de la règle des 49 /51% (l'Etat algérien supportant tous les surcoûts via la rente) régissant le privé international, instaurée en 2009 sans une délimitation claire de ce qui est stratégique et de ce qui ne l'est pas, ayant donné parfois au détriment du Trésor, des situations de rente à certaines relations de clientèle.

Entraves au secteur productif

Le secteur privé algérien s'est développé largement à l'ombre du secteur d'Etat selon le fameux slogan «secteur privé facteur complémentaire du secteur d'Etat». Ce qui le freine c'est l'environnement et la sphère informelle dominante en Algérie. Le milieu des affaires est peu propice aux initiatives créatrices de valeur ajoutée à l'instar de la politique salariale qui favorise des emplois-rentes au lieu du savoir et du travail. Cela explique que les entrepreneurs cités, face à une concurrence étrangère (nombreux privés dans l'import) à laquelle ils n'étaient pas préparés, ont des filières d'importation afin d'équilibrer leurs comptes globaux. Que l'on visite bon nombre d'anciennes zones industrielles (Est- Centre - Ouest ou la zone de Ghardaïa) et l'on constatera que bon nombre d'anciennes usines se sont transformées en aire de stockage expliquant d'ailleurs le dépérissement du tissu productif où l'industrie représente à peine 5% du produit intérieur brut. La raison essentielle est représentée par les contraintes de l'environnement: bureaucratie pour plus de 50%, un système financier administré, (plus de 90% des crédits octroyés sont le fait de banques publiques), un système socio-éducatif inadapté et enfin l'épineux problème du foncier. A cela s'ajoute du fait de l'ancienne approche culturelle, une méfiance vis-à-vis du privé tant local qu'international du fait que les tenants de la rente ont peur de perdre des parcelles du pouvoir. Cela explique d'ailleurs ces alliances entre la sphère bureaucratique et certaines sphères privées spéculatives mues par des gains de court terme via la rente. Or le véritable dynamisme de l'entreprise, qu'elle soit publique ou privée, suppose une autonomie de décision face aux contraintes tant internes qu'internationales évoluant au sein de la mondialisation caractérisée, l'incertitude, la turbulence et l'urgence de prendre des décisions en temps réel. Par ailleurs, selon les données quantitatives de l'Office national des statistiques (ONS) il y a «prédominance» du secteur commercial et le caractère «tertiaire de l'économie nationale plus de 83% du tissu économique global, étant fortement dominé par les personnes physiques à plus de 95% alors que les personnes morales (entreprises) représentent seulement 5%. Ce résultat est révélateur d'une économie basée essentiellement sur des micro- entités peu initiées au management stratégique. Les quelques cas analysés précédemment, qui sont d'ailleurs confrontés à de nombreuses contraintes, ne peuvent permettre à eux seuls une dynamisation globale de la production hors hydrocarbures, nécessitant des milliers d'entrepreneurs dynamiques. Car si le secteur privé réalise 80% de la valeur ajoutée hors hydrocarbures du pays, et plus de 60% de l'emploi, il ne représente d'ailleurs que 2 à 3% du total des exportations contre 97/98% pour Sonatrach, sa part dans l'investissement global est négligeable, D'une manière générale que représente le secteur privé algérien face au chiffre d'affaires de Sonatrach qui contribue directement et indirectement via la dépense publique/via les hydrocarbures à plus de 80% du produit intérieur brut? A cela s'ajoute le manque d'unification des organisations patronales privées où, sans être exhaustif nous avons la Confédération générale des entreprises algériennes (Cgea) la Confédération générale du patronat (CGP-Btph), la Confédération des industriels et producteurs algériens (Cipa), la Confédération nationale du patronat algérien (Cnpa, la Confédération algérienne du patronat (CAP), le Conseil supérieur du patronat algérien (Cspa), l'Association des femmes chefs d'entreprises (Savoir et vouloir entreprendre-Seve), le Club des entrepreneurs et des industriels de la Mitidja (Ceimi). Quant au Forum des chefs d'entreprise (FCE), il regroupe environ 499 entreprises qui peuvent corollairement appartenir à des associations syndicales, couvrant 18 des 22 secteurs économiques et représentant un chiffre d'affaires de 14 milliards de dollars, employant environ 105.000 salariés, le FCE étant considéré comme un think tank (laboratoire d'idées) et non comme une organisation syndicale, ayant annoncé depuis quelques mois qu'il se transformerait en syndicat.

Pour une nouvelle gouvernance

Il existe actuellement une atmosphère de psychose faisant fuir les capitaux ou la majorité se refugie dans des activités de gain de court terme,alors que l'investissement durable repose sur la confiance. Les missions des entrepreneurs publics, de bon nombre d'institutions stratégiques de l'Etat et du secteur privé ont besoin dêtre démystifiés, souvent assimilés faussement à des voleurs, alors que cela concerne une minorité. Le secteur privé national productif public et privé a besoin de plus d'autonomie et d'espaces de liberté, ne signifiant pas le capitalisme sauvage. Les milliers d'entrepreneurs et d'intellectuels algériens qui réussissent à l'étranger sont un exemple édifiant. Retenons d'abord ce qui reste (cette fuite des cerveaux qui constitue une véritable hémorragie), tout en encourageant la diaspora qui peut être un pont entre l'étranger notamment et la terre natale et également avec des investisseurs étrangers afin de favoriser le transfert managérial et technologique grâce à des copartenariats et des colocalisations. Il faut s'attaquer à l'essentiel qui est une gouvernance mitigée, liée à une profonde moralisation de ceux qui gèrent la cité. Sans vision stratégique, comment adapter l'Algérie à la mondialisation par plus d'espaces de libertés, en levant les contraintes d'environnement afin de permettre l'épanouissement de l'entreprise créatrice de richesses, en combattant non par des textes, mais réellement cette corruption socialisée qui menace les fondements de l'Etat algérien, poussant la majorité à se tourner vers les valeurs spéculatives, il ne faut pas s'attendre à un véritable développement de l'Algérie. Il y a lieu de souligner que la base de la réussite des réformes doit reposer sur une transparence totale et une large adhésion sociale. Dans les pays développés le niveau élevé d'éducation favorise la transmission de l'information, étant dans une économie de marché structurée. Comme nous l'avons montré dans plusieurs contributions nationales et internationales récentes en posant la problématique du futur rôle de l'État dans ses relations avec le marché, il s'agit de faire naître le marché dans un contexte de non-marché, à travers cette mutation systémique bouleversant la cohérence des anciens réseaux, pour créer une dynamique nouvelle à travers de nouveaux réseaux acquis aux réformes(de nouvelles forces sociales) dans le cadre d'une nouvelle cohérence synchronisée avec les mutations de l'économie mondiale. Cette dynamique sociale est seule à même d'éviter ce manque ce cohérence et de visibilité dans la politique socio-économique dont les changements perpétuels de cadres juridiques (fonction des rapports de force au niveau du pouvoir) en sont l'illustration où plusieurs centres de décisions politiques, atomisant les décisions et rendant volontairement opaques les décisions, traduisent le non-consensus. En cas de non-vision stratégique axée sur la concurrence, le processus de libéralisation qui doit être maîtrisée s'avérera un échec patent avec le risque de passage d'un nouveau monopole privé spéculateur, favorisé par le monopole source d'inefficience. Car dans la pratique des affaires n'existent pas de sentiments, tout privé, algérien, chinois, européen ou américain est guidé par la seule logique du profit (tout autre discours est de la démagogie), appartenant à l'Etat régulateur représentant l'Etat-nation de lutter contre les malversations, les surfacturations, d'avoir une vision claire de la politique socio-économique pour sécuriser l'investisseur, concilier les coûts sociaux et les coûts privés et donc l' efficacité économique et une profonde justice sociale, qui ne saurait signifier égalitarisme, source de démotivation.

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