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Télévisions satellitaires-Gestion/Financement

Date de création: 19-08-2016 22:27
Dernière mise à jour: 19-08-2016 22:27
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COMMUNICATION- ENQUÊTES ET REPORTAGES- TELEVISIONS SATELLITAIRES -GESTION/FINANCEMENT

ENTRETIEN : Hamraoui Habib Chawki : « Je ne partage pas la ligne anti-Bouteflika d’El Khabar »

© www.tsa-algerie.com / Yacine Babouche/ jeudi 30 juin 2016 

 

Ancien ministre de la Culture et ancien directeur de l’ENTV, Hamraoui Habib Chawki occupait jusque très récemment le poste de PDG de la chaîne privée El-Djazaïria. Il explique dans cet entretien accordé à TSA les raisons de son départ de la chaîne et offre sa perspective sur l’état du paysage audiovisuel algérien.


Pourquoi avez-vous quitté vos fonctions de PDG d’El Djazaïria ?

Il y a des raisons subjectives et d’autres objectives, je ne veux pas entrer dans les détails. Je pense que les objectifs ont été atteints. Quand j’ai pris mes fonctions, El Djazaïria était la cinquième chaîne la plus regardée en Algérie. Avec le mois de ramadan, la chaîne est presque passée au troisième rang des chaînes les plus regardées en Algérie malgré l’avènement de l’Euro. J’ai beaucoup d’amitié et d’affection pour les propriétaires Aissiou et les Ould Zmirli. Il n’y a pas de tensions réelles, mais il y a eu parfois des différences de point de vue, d’opinions, de vision et de visibilité à l’avenir. Globalement, je suis très satisfait de ce qui s’est passé à El Djazaïria, comment elle est aujourd’hui et je laisse derrière moi une chaîne debout et crédible qui est susceptible de continuer de charmer les sponsors à l’avenir.

Sur quoi portaient les divergences entre vous et les propriétaires de la chaîne ?

J’ai beaucoup de respect pour eux, il y a eu une différence d’opinions amicale et nous nous sommes quittés dans la fraternité et je garde un bon souvenir de cette collaboration. Mais effectivement, j’ai ma ligne professionnelle et je suis jaloux de mes prérogatives. Eux ont un droit de regard sur la gestion et je tolérais cet aspect sans problème. Mais quant à l’écran, je suis jaloux de mes prérogatives et là il y a eu un problème de vision et de visibilité pour la chaîne. En professionnel, je me suis dit qu’il fallait garder l’amitié et leur donner la possibilité d’aller voir avec d’autres personnes pour continuer le travail. La séparation s’est faite dans l’apaisement, sans tensions et au contraire, je reste à leur disposition bénévolement pour aider là où je peux pour l’essor de la chaîne.

Comment font les chaînes privées de droit étranger qui travaillent en Algérie pour payer leurs prestations à l’étranger ?

Il y a beaucoup d’acquéreurs de chaînes privées en Algérie qui ont des comptes à l’étranger. Ceux-là ont une activité depuis vingt, trente ou quarante ans au niveau national et à l’international. Il y a des choses qu’ils peuvent payer à l’étranger et des choses qu’ils peuvent payer ici. Ce n’est pas illégal et ça doit encore plus s’éclaircir avec l’avènement de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav). Les frais à l’étranger sont minimes, notamment pour le satellitaire, mais la grande majorité de l’activité se fait en dinar car les prestations sont en dinar et les revenus sont en dinar.

Quel budget faut-il concrètement pour bien faire fonctionner une chaîne de télévision privée en Algérie ?

Je pense qu’il faut au moins un milliard de dinars par an pendant les trois premières années, après ça commence à diminuer pour s’équilibrer à partir de la cinquième année. Ceci est valable à condition que l’activité économique soit bien portante dans le pays. Il est vrai qu’il y a des chaînes qui ont commencé avec beaucoup moins que ça, mais il faut savoir qu’il faut avoir des locaux, des studios, une masse salariale importante, acheter le matériel… Il y a beaucoup de choses à mettre en place la première année. Ça peut être plus, ça peut être moins. Tout dépend de l’ambition et de ce qu’on veut faire de sa chaîne.

Et à partir de quel moment une chaîne peut-elle générer des bénéfices selon vous ?

Je pense qu’une télévision ne régénère jamais beaucoup d’argent. C’est un gouffre d’argent, c’est une passion, un pouvoir, mais gagner de l’argent avec une chaîne est vraiment rêvé. Néanmoins, s’il y a une bonne gestion et de la rigueur on peut être dans l’équilibre.

Le ministère de la Communication a mis en demeure, pour la dernière fois, les chaînes privées pour régulariser leur situation. Avez-vous été impliqué dans le processus de régularisation d’El-Djazaïria lorsque vous étiez encore PDG ?

La chaîne El-Djazaïria, quand les acquéreurs actuels l’ont achetée, était déjà accréditée par le ministère de la Communication. J’ai, en outre, signé un accord pour les droits d’auteur avec l’Onda. Ce sont les deux choses importantes pour le gouvernement algérien. Pour ce qui est de la mise en demeure, cela fait deux ans que j’ai appelé, lors d’une conférence à la Bibliothèque nationale, les autorités à régulariser la situation des chaînes privées pour qu’elles puissent travailler dans un cadre juridique clair. Avec le retard qu’il y a eu dans l’installation de l’Arav, il y a effectivement eu des écarts qui ne sont pas à applaudir.

La manne publicitaire sera-t-elle suffisante pour couvrir les besoins de treize chaînes de télévision de qualité ?

Les gens qui viennent faire une chaîne de télévision en pensant qu’ils ramasseront l’argent de la publicité se trompent. La publicité est un élément de financement, mais ça ne suffit pas. Celui qui vient à la télévision doit aussi mettre un peu de sa poche, c’est un investissement. Il ne faut pas seulement compter sur l’argent de la manne publicitaire, qui est importante aujourd’hui en Algérie, mais elle ne peut pas financer tout le paysage audiovisuel. Car on parle des chaînes de télévision, mais il y a également les radios qui vont aussi pousser comme des champignons.

Trouvez-vous que la chaîne KBC fait l’objet d’un acharnement des autorités ?

Qu’un ministre saisisse la justice est un acte républicain à applaudir et non pas à dénoncer. Faire confiance à la justice est non seulement un acte républicain mais aussi du bon sens. Maintenant, je ne peux pas être un ancien ministre de la Culture et ne pas être peiné de ce qui se passe pour Mehdi Benaïssa et Nora Nedjaï, qui ont tant donné à la grande famille de l’audiovisuel et du cinéma. Je leur exprime ma fraternité et mon amitié, mais j’ai confiance en la justice pour qu’il y ait un dénouement des plus justes et des plus rapides. Une nouvelle fois, je ne pense pas qu’on en serait arrivé à ce stade si l’Arav avait déjà été installée depuis longtemps.

Il y a aussi l’émission satirique Nass Stah qui a été arrêtée par la gendarmerie…

Je ne pense pas que la gendarmerie ait agi sans le procureur et sans la justice. Cela dit, je ne partage pas la ligne anti-Bouteflika d’El Khabar mais je suis pour que les gens d’El Khabar puissent s’exprimer librement tant qu’ils ne touchent pas la dignité et l’honneur de l’être humain. On peut s’exprimer sans insulter et sans toucher la dignité et l’honneur des gens et de leur famille, du président jusqu’au dernier citoyen.

En parallèle, que ceux qui défendent le président Bouteflika le fassent avec élégance. Je suis de ceux qui ont tout le temps défendu le président Abdelaziz Bouteflika parce que ce qui me laisse adhérer à ses projets c’est déjà sa personne. Le président Bouteflika est l’une des personnalités les plus habiles, les plus élégantes et les plus diplomates de notre histoire contemporaine et on ne peut donc pas être son porte-parole en utilisant des propos de voyous et de clochards et en faisant descendre notre président dans les caniveaux et les égouts. Toute personne qui s’autoproclame porte-parole du président Bouteflika doit être aussi élégante, aussi habile et aussi diplomate sans avoir peur d’aller dans les débats politiques et démocratiques, y compris dans les plateaux d’El Khabar.

De qui parlez-vous exactement ?

Je parle dans l’absolu. S’il y a des gens qui pensent pouvoir liquider son adversaire avec des méthodes qui ne sont pas élégantes, ça ne représente pas le président Abdelaziz Bouteflika. Il est clair, parce que nous sommes nombreux à être pro-Bouteflika qu’il y a dans nos rangs un peu partout des médiocrates qui veulent s’imposer par d’autres moyens qui ne représentent pas tous les sympathisants du président Bouteflika.