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Essai Rabah Sebaa- "Algéricides"

Date de création: 09-07-2018 12:04
Dernière mise à jour: 09-07-2018 12:04
Lu: 30 fois


VIE POLITIQUE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI RABAH SEBAA- « ALGERICIDES »

Algéricides. Chroniques d’un pays inquiet. Essai de Rabah Sebaa (Préface de Ahmed Zitouni). Editions Fraz Fanon, Tizi Ouzou, 2017. 700 dinars, 338 pages.

 

« Saignée à blanc, l’Algérie respire encore », assène l’auteur, « en faisant d’un paradoxe algérien à rendre fou n’importe quel psychiatre en exercice, tout un ouvrage »....De la bonne littérature.

Des chroniques qui tirent leur sève nourricière de faits sociétaux habitant et agitant le quotidien de la societé algérienne. Presque toute ! Pas toute, évidemment car il y a les nantis, les affairistes....tous ceux qui sont arrivés, réussissant à exploiter les failles d’un système à géométrie variable,  à « tirer leur épingle du jeu », sans souci des équilibres sociétaux et de l’intérêt public. Bien sûr , on ne les voit pas tous, car il y a encore bien des « tamis cachant le  soleil » et les lumières des vérités.

Bien sûr, ce ne sont pas les dénonciations qui manquent. Mais rien n’y (a )fait : « Vous pouvez écrire durant toute la vie. Et même après  la mort. Vous pouvez écrire dans les langues que vous voulez. Et dans toutes les tribunes que vous voulez. Vous pouvez dénoncer. Objecter. Rouspéter. Contester. Protester. Insulter......Rien ne bouge. Tout continue en empirant. Toutes les engeances régnantes se font plus insolentes. Ouvertement arrogantes. Et ostentatoirament plus provocantes.....Pendant que les magouilleurs magouillent, les voleurs volent, les détourneurs détournent, les souteneurs soutiennent, les nominateurs nomment, la palabreurs parlent, les partisans patouzent, les bureaux bureaucratisent. Et l’Algérie agonise ». C’est tout dit !

A travers 156 textes ,tous accompagnés d’un bref « après-dire » emprunté à un auteur ou penseur , agrémenté d’un commentaire ....sans commentaire.

Tout y passe à la « moulinette » Sebaa. Une douche froide ! Un vériable seau d’eau glacée ! Un coup d’ongle rageur sur la croûte recouvrant le pus d’une plaie ancienne , profonde, pathétiquemnt actuelle, qui a pour nom gâchis :l’intolérance, l’enfant, la science , la mère-célibataire, la retraite, les chômeurs, la pédophilie, la prostitution, la femme, les couples d’ amoureux, le système éducatif, les couches moyennes , les bidonvilles, la marchandisation du travail, la médecine du travail, l’économie de marché, les élus, la protestation syndicale, le piston, , la hogra, les élections, le pouvoir, la justice, la pauvreté, la pratique de l’Islam, les partis politiques , les détournements, la mort (cérémonie de l’inhumation), la publicité, la lecture du livre, la femme au foyer, les retraités de luxe, les marchés informels, l’enrichissement par détournement , l’avortement, la réforme de la justice, les Sdf, la vie en habitations collectives, les comités de soutien, les sans-logis, le « hosd » et le « boghd », les concessionaires, la langue, le terrorisme, les soins à l’étranger, les enfants abandonnés , les locaux et les logements détournés puis sous-loués , les locaux et les logements loués à des nationaux par des étrangers, les détournements, la mort et les enterrements, la publicité , les marchés informels, l ’avortement, les comités de soutien, les épidemies, , les oeuvres sociales , les trafics aux frontières, les médicaments périmés, le gachis de la vigne arrachée, les non-voyants, le Sida, la rareté de l’eau, l’hygiène publique, la circulation automobile......................Noir c’est noir..........et une seule (peut-être d’autres que j’ai ratées) ensoleillée, consacrée à la ville d’Oran (« Orantitude », p 226) qui, avec « toutes les saveurs (qui) sont dans l’air » est une « ville (qui) se pare impétueusement de ses plus heureuses humeurs ». Tout n’est donc pas si désespérant ! D’ailleurs, la dernière chronique, « Demain » (p 335) annonce que le pays « tournera la page. Sans état d’âme et sans fanfare. Avec seulement son proverbial florilège de promesses et d’espoir.Et ses empiternels rêves en bandoulière....Narguant toutes les félonies, toutes les forfaitures, toutes les conspirations, toutes les agressions, toutes les infamies, toutes les ignominies ......résolu à porter sa dignité haut et fort ». Inch Allah !

 

L’Auteur : Professeur de sociologie et d’anthropologie linguistique. Chercheur en épistémologie des sciences sociales. Auteur de plusieurs ouvrages, essais, chroniques, récits et nouvelles

Extraits : « Les Algériens ont la chance de regarder l’univers à travers une étincelante quadrichromie. Quatre grandes fenêtres qui donnent sur des horizons prometteurs. Quatre langues bourrées de sensibilité et d’imagination. Un tamazight enraciné, un algérien partagé, une arab universalisé et un français réapproprié » (p 51), « C’est durant cette même période d‘austère collectivisme que toutes les fortunes colossales se sont constituées en Algérie » (p 166), « Il en est du tourisme comme du livre, du théâtre, du cinéma, des musées, de la musique et de tous les produits de l’intellgence conjuguée à la création. Irrévocablement condamnés à l’exil par une engeance qui excelle dans l’art de ligoter l’imagination » (p 252)

Avis : Des textes assez courts.En fait des chroniques journalistiques qui visent juste et frappent fort. Mais, trop de sujets, l’un faisant oublier l’autre. « Ue soupe à la grimace servie en mille –feuilles »(Préface, Ahmed Zitouni)

Citations : « L’Algérie est une grande fatigue qui se repose. Un pays exténué qui attend. Qui espère pendant qu’il se meurt  » (Ahmed Zitouni , préface p 8) , « Il n’est de pire vice que l’orgeuil de la vertu » (Ahmed Zitouni, préface p 17), « Se reconnaître dans l’altérité la plus insoupçonnée, c’est voyager en soi. A travers les autres. Tous les autres » (p27), « Selon El Khawarizmi, « rien n’est plus néfaste que l’ignorance déguisée en vertu ». Mais que dire de l’incompétence érigée en performance ? » (p36), « Il n’y a rien de plus vivant qu’une langue ou une religion. Toutes les deux charrient une spiritualité qui traverse des siècles en nourrissant  de leur sève une multitude de populations. Et , si elles leur survivent, elles le doivent principalement au mouvement qui les habite et qui les porte » (p 43), « D’après Blaise Pascal, « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ». Mais quel est le farceur qui a planté une valise dans la tête de chaque Algérien ? » p 64), « La loi du silence et la solidité de la protection garantissent l’impunité. Et le mutisme sur l’enrichissement sans cause. Qui commence à être la valeur nationale la plus partagée » (p 132), « La presse écrite dérange vraiment et sérieusement ....Elle dérange , car en Algérie, plus qu’ailleurs, elle joue le rôle d’intelligentsia critique. Tout en se drapant dans l’habit de l’opposition. La vraie........L’intelligentsia, critique de substitution » (pp 155- 156), « Selon Moufdi Zakaria, « l’Algérie est le sourire de Dieu sur terre ». Est-ce pour cela que toutes les larmes du monde ne parviendront jamais à noyer la flammme inextinguible qui danse frénétiquement au fond de son regard et à transformer ce sourire en rictus ? » (p 258),