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Roman Mourad Chetti- "Berbères.Le pays des Massylès...."

Date de création: 09-07-2018 11:59
Dernière mise à jour: 09-07-2018 11:59
Lu: 45 fois


HISTOIRE- BIBLIOTHÈQUE D’ALMANACH- ROMAN MOURAD CHETTI- « BERBÈRES. LE PAYS DES MASSYLÈS.... »

Berbères. Le pays des Massylès. Roman de Mourad Chetti. Casbah Editions, Alger 2017, 800 dinars, 380 pages.

L’auteur l’avoue lors d’une rencontre tenue récemment à Constantine : il n’a pas utilisé, dans le titre, le terme « Amazighs » mais « Berbères »......ceci pour « attirer l’Attention, susciter l’Intérêt, provoquer le Désir et faire passer à l’Acte...d’achat....soit A.i.d.a ». Donc, le titre est volontairement racoleur. « C’est fait exprès » .Ainsi soit-il !

Autre approche :l’écriture romancée de l’Histoire.....une « légèreté » assumée, bien qu’il n’est ni le premier ni le dernier à utiliser ce subterfuge stylistique qui rapproche bien plus l’écrivain (et l’historien ) du grand public.Tant mieux !

Un biais qui , donc, ne peut qu’accrocher : raconter l’histoire du pays  en se fixant sur un pan et/ou un personnage  bien précis. Cela permet de sortir des généralités d’une part, et d’autre part  de « ratisser large » par la suite. Un biais qui manquait cruellement à l’édition nationale, bien que l’on ait vu des expériences éditoriales réussies.

L’histoire ? Racontée  en l’an 804 du calendrier berbère, par le roi de toute la Numidie, Massinissa, « unificateur de la Numidie et roi des tribus intérieures (durant 56 ans) , maître de Gétules et Aguellid du peuple de la terre » ..... fils de Gaïa..... fils de Zelaslan, neveu de Maghdis (c’est sous son règne que fut édifié le Madghacen, du côté de Batna) .... descendant d’Aylimas......fils de Ylès ,lui-même .......fils de Aylimas 1er.

L’histoire ? C’est celle de la nation Massylès, occupant  toute la partie orientale de la Numidie, à l’Est de l’Algérie actuelle et la partie occidentale de la Tunisie .Les autres occupants - en partie occidentale , en Algérie centrale et occidentale- n’étaient autres que les Massaesyles, les cousins ou frères ennemis)

Le roman démarre avec l’histoire de Ylès le prince berbère : En -396, le général Kartaginois Himilcon occupe Messine et assiège Syracuse. Mais la peste fait des ravages dans son camp au point où il ne pense qu’à s’enfuir. Il négocie le départ de ses troupes kharthaginoises en laissant sur place les autres soldats ....dont les numides. Ylès , le prince berbère est ainsi vendu comme esclave à Denys le Tyran, le souverain de Syracuse. Il y rencontre Aristhoklès, futur Platon, tous deux assignés aux travaux dans la bibliothèque de la cité. Libérés tous les deux, ils se rendent à Athènes. La grande aventure « moderne » du peuple Massylès commence...

L’histoire ? Celle d’un peuple guerrier, fier , ne pratiquant pas l’esclavage, donnant le premier rôle à la famille et aux clans, pratiquant  une gouvernance « démocratique » (élection d’un chef , l’Aguellid  , appuyé par l’assemblée des délégués des tribus –qui n’avait pas le pouvoir absolu- pour assurer la cohésion intertribale  )  et, surtout, ne supportant pas l’exploitation par d’autres peuples étrangers, d’où une lutte (politique et militaire) incessante  contre les occupants à l’image des  féodaux karthaginois (de la « cendre des Troyens ») accueillis, au départ,au niveau du golfe de Tunis,   en « réfugiés pacifiques  », venus de Tyr avec, à leur tête, une femme, Elyssa (qui sut s’y prendre avec l’Aguellid Yarbaal sensible à ses charmes .....qu’il ne goûta d’ailleurs pas ) ,  mais peu peu  devenus assez puissants et colonisateurs du pourtour méditerranéen. Rome est venue par la suite ; les relations , longtemps cordiales , du moins tant que dura la domination grecque sur la mer Méditerranée, avec Kharthage, s’étant peu à peu détériorées.

Karthage, s’appuyant sur les comptoirs phéniciens et existantes et disséminés le long des rivages .....face à Rome  et la force de ses légions. Et, la Numidie comme enjeu économique et militaire. Déjà !

 

L’Auteur : Originaire de Chullu (Collo). Professeur de Civilisation en début de carrière (Université de Constantine). Se spécialise par la suite en commnunication  et en commerce international. Enseignant en management des entreprises, journaliste, chroniqueur......

Extraits : « Lorsque l’âme d’une personne était agitée, il pouvait en résulter l’ambition ou la haine. Seule la raison pouvait produire un comportement vertueux à travers la justice, la force, la prudence et la tempérance » (p 92), « Les deux fondements d’une éducation sont la gymnastique et l’art.Et la spiritualité ? Elle fait partie de l’éducation morale . C’est pour cela qu’il est primordial de donner un sens pédagogique à la transmission du savoir aux jeunes générations » (p 92), « Ce joug karthaginois attisa la rancœur des populations numides er pesa énormément sur les Berbères en général.....Un peuple maltraité de cette façon n’avait pas besoin de beaucoup pour être poussé à la rébellion » (p 297), « La mort n’était pas considérée comme une fin définitive mais elle était une renaissance qui contribuait au renouvellement de la vie , de la nature. Ce n‘était qu’un  passage, un changement d’existence » (p 339).

Avis :Des chroniques –assez vivantes- bien plus qu’un roman. Passionnant ! Peut-être trop d’histoires, et des histoires trop détaillées, avec souvent des raccourcis....ce qui rend la lecture et le suivi de l’aventure Berbère difficile. On s’y perd un peu !On attend la suite (l’auteur a promis six volumes au total) avec impatience .Ah ! le roman aurait gagné en compréhesion si les lieux évoqués étaient (en annexe , par exemple) précisés avec leurs appellations actuelles. Tous les lecteurs ne sont pas des historiens. Ex :Chulu=Collo, Theveste= Tébessa, Ampsaga= Rhumel, Kalama= Guelma, Capitale des Massylès (sous Massinissa) , après avoir été celle des Massaesyles  = Cirta puis Constantine (Kasentina)..... 

Citations : « Celui qui aime partager verra dans le regard de celui qui reçoit les signes de la gratitude » (p 16), « Celui qui m’enseignera vaudra mieux que celui qui me donnera » (p 50), « Quand la calomnie s’insère au milieu de l’amitié, c’en est fini de la prospérité des corps » (p 68), « L’inhabileté de l’artisan ne provient pas de la mauvaise qualité de son art. L’absence de talent d’un musicien n’est pas la faute de la musique. L’artiste peut être un ignorant , mais chaque art possède le mérite qui lui est propre » (p 150)