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Dinar- Etude A. Mebtoul

Date de création: 06-07-2018 18:52
Dernière mise à jour: 06-07-2018 18:52
Lu: 4 fois


FINANCES- MONNAIE- DINAR- ETUDE A. MEBTOUL

© Abderrahmane Mebtoul, Le Quotidien d’Oran, jeudi 10 mai 2018

Selon la banque d’Algérie, «le taux de change du dinar vis-à-vis des principales devises est déterminé de manière flexible sur le marché interbancaire des changes, en fonction des conditions de l’offre et de la demande ». La même institution préciser que «la valeur externe du dinar est fixée au taux du marché interbancaire des changes où la dépréciation de la valeur du dinar, par rapport à l’euro et le dollar, est le résultat du différentiel entre le taux d’inflation enregistré en Algérie et celui constaté dans le reste du monde».

Paradoxalement, le taux d’inflation dans les pays développés entre 2013/2017 est inférieur à ½% et malgré cela le dérapage du dinar continue alors que les produits importés ne connaissent pas de baisses sensibles.  Or, dans une économie productive structurée, la dévaluation ou le dérapage de la monnaie nationale favorise les exportations –hors hydrocarbures- et freine les importations.

En Algérie, c’est tout le contraire qui s‘est produit ! Ce qui montre que les mesures monétaires sans vision stratégique n’ont pas d’impacts. Tout cela renvoie à la nature de l’économie rentière et à la faiblesse d’un tissu productif local, la rente des hydrocarbures donnant une cotation officielle artificielle. L’Etat fait “déraper” (la Banque d’Algérie parle de glissement) le dinar pour voiler l’importance du déficit budgétaire, biaisant ainsi les comptes publics. On voit que lorsque le cours du dollar baisse et le cours de l’euro hausse, la Banque d’Algérie dévalue, pour des raisons politiques, à la fois le dinar par rapport tant au dollar que de l’euro alors que le dinar, dans une véritable économie de marché, devrait s’apprécier par rapport à la monnaie internationale qui se déprécie.

 

Quelle a été  l’évolution de la cotation du dinar algérien de 1970 à mai 2018 ?

1970 : 4,94 dinars un dollar
1980 : 5,03 dinars un dollar
1985 : 5,03 dinars un dollar
1989 : 8,03 dinars un dollar
1990 : 12,02 dinars un dollar
1991 : 18,05 dinars un dollar
1994 : 36,32 dinars un dollar
1995 : 47,68 dinars un dollar
1996 : 54,74 dinars un dollar
1997 : 57,71 dinars un dollar
1998 : 58,76 dinars un dollar
1999 : 66,64 dinars un dollar
2001: 69,20 dinars un euro 77,26 dinars un dollar
2002 : 75,35 dinars un euro -69,20 dinars un dollar
2003 : 87,46 dinars un euro 77,36 dinars un dollar
2004 : 89,64 dinars un euro 72,06 dinars un dollar
2005 : 91,32 dinars un euro 73,36 dinars un dollar
2006 : 91,24 dinars un euro 72,64 dinars un dollar
2007 : 95,00 dinars un euro 69,36 dinars un dollar
2008 : 94,85 dinars un euro 64,58 dinars un dollar
2009 : 101,29 dinars un euro 72,64 dinars un dollar
2010 : 103,49 dinars un euro 74,31 dinars un dollar
2011 : 102,21 dinars un euro 72,85 dinars un dollar
2012 : 102,16 dinars un euro 77,55 dinars un dollar
2013 : 105,43 dinars un euro 79,38 dinars un dollar
2014 : 106,70 dinars un euro 80,06 dinars un dollar
2015 : 108,60 dinars un euro 99,50 dinars un dollar
2016 : 120,70 dinars  un euro et 108,47 dinars  un dollar

2017 : 135,84 dinars un euro et 115,48 dinars un dollar

08  mai 2018 : 115,68 dinars un dollar et 137,85 dinars un euro

 

 

Pourquoi cet artifice comptable ? 

La raison essentielle est qu’en dévaluant le dinar par rapport au dollar, nous aurons une augmentation artificielle de la fiscalité des hydrocarbures, et la fiscalité ordinaire à travers la taxe des produits importés, sachant que les produits des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15% sont importés. Car les recettes des hydrocarbures sont reconverties en dinars, passant, par exemple, de 75 DA un dollar à 115 dinars un dollar. Idem pour les importations libellées en monnaie étrangère, les taxes douanières se calculant sur la partie en dinars, cette dévaluation accélérant l’inflation intérieure.

Tout cela voile l’efficacité réelle du budget de l’Etat à travers la dépense publique et avait gonflé par le passé  artificiellement le fonds de régulation des recettes calculé en dinars qui s’est épuisé fin 2017. Cela renforce la défiance vis-à-vis du dinar où le cours officiel se trouve déconnecté par rapport au cours du marché parallèle traduisant le cours réel du marché étant coté  à plus de 200 dinars sur le marché   parallèle. Selon les experts internationaux, l’absence des bureaux de change a permis la prolifération des opérations sur le marché noir à un taux qui ne répond à aucune règle monétique.

La  sphère informelle contrôlant la majorité  des circuits de distribution pour les produits importés non-subventionnés impose le prix final au consommateur  en référence au cours du marché parallèle,  et, par effet de contagion,  même certains biens  produits  localement.  

Cela ne peut que conduire à terme à accélérer le processus inflationniste.  La valeur de la monnaie, rapport social, traduit avant tout la faiblesse de la production et de la productivité interne, corrélée en Algérie à 70% aux réserves de change qui eux mêmes proviennent de la rente des hydrocarbures. Le niveau d’inflation ne peut être compris qu’en analysant d’abord la productivité du travail et les liens dialectiques entre le développement, la répartition du revenu et le modèle de consommation par couches sociales.

Celui qui perçoit 200 euros par mois n’a pas la même perception de l’inflation que celui qui perçoit 30 000 euros. Selon un rapport de l’OCDE, la productivité du travail en Algérie est une des plus faibles dans le Bassin méditerranéen. Pour se prémunir contre l’inflation, et, donc, la détérioration du dinar, l’Algérien ne place pas seulement ses actifs dans le foncier, l’immobilier ou l’or, mais une partie de l’épargne est placée dans les devises. C’est un choix de sécurité dans un pays, où l’évolution des prix pétroliers est décisive.

En Algérie malgré cette dévaluation qui ne dit pas son nom, certaines règles juridiques comme celle des 49/51% généralisée vivant de l’illusion de l’aisance financière, non adaptée à la conjoncture actuelle  et actuellement certaines mesures techniques comme la  restriction  des importations sans  vision stratégique, ne  font que s’attaquer à des aspects conjoncturels. Or, de  véritables  réformes structurelles  impliquent  une nette volonté politique.

Avec la tendance à la diminution des réserves de change, il sera impossible de continuer à verser des salaires sans contreparties productives. Le pouvoir d’achat  des Algériens  en moyenne représentant moins de 20% de celui des habitants de pays européens, mais le montant faramineux de subventions et transferts sociaux, non ciblés qui ne s’adressent pas essentiellement aux plus démunis, fausse totalement les données économiques.

Aujourd’hui, si les réserves de change tendaient vers 10/20 milliards de dollars, la banque d’Algérie coterait le dinar à plus de 200 dinars  pour un seul euro ! Ce qui explique que les actions d’intégration du capital argent de la sphère informelle au sein de la sphère réelle ont eu  un impact très mitigé. Par ailleurs, la différence de la valeur du dinar entre le cours officiel et celui du marché parallèle et la distorsion avec les cotations des monnaies de pays voisins expliquent également les fuites de produits hors des frontières. Les mesures administratives ne peuvent qu’être ponctuelles, sinon il faudrait une armée de contrôleurs.

Évitons les fausses solutions 

Dans ce contexte, il est urgent d’éviter d’apporter des fausses solutions à des problèmes mal posés. La solution réside en de nouveaux mécanismes de régulation conditionnant la dynamisation de la production locale dans des segments à valeur ajoutée au sein de filières internationalisées ainsi que des mécanismes de contrôle démocratiques reposant sur une plus grande moralité de ceux qui dirigent la cité.

Cela rend urgent l’approfondissement de la réforme globale, notamment réhabiliter l’entreprise et son principe fondamental le savoir, la réforme du système financier de distribution de la rente, inséré aux réseaux internationaux, actuellement de simples guichets administratifs, où les banques publiques contrôlent plus de 85 % des crédits octroyés, les banques privées malgré leur nombre marginal.

Des partenariats gagnant/gagnant pour pénétrer les marchés internationaux sont nécessaires notamment en direction de l’Afrique, continent d’avenir et à enjeux multiples, où l’Algérie peut avoir des avantages comparatifs ne devant pas  être utopique,  à condition d’avoir des entreprises compétitives et des relais  notamment des succursales bancaires car la concurrence est vivace.

L’Algérie avec l’amenuisement de ses recettes d’hydrocarbures peut-elle continuer à généraliser ces taux d’intérêt bonifiés au profit de jeunes dont la majorité n’a pas la capacité d’être entrepreneurs et qui ne pourront pas rembourser même pas le principal ? Un bilan des avantages et des résultats des bénéficiaires des différentes agences d’investissement (exonération TVA, taux d’intérêt bonifiés) devient urgent afin d’éviter de dépenser sans compter pour une paix sociale fictive grâce, toujours, à une rente des hydrocarbures éphémère, laquelle, si elle est bien utilisée, devient une bénédiction, mais mal utilisée, elle est, par contre, une malédiction, source de corruption et de gaspillage.

Évitons, toutefois, la sinistrose. La situation est différente de la crise de 1986 avec le niveau relativement élevé des réserves officielles de change, bien qu’en baisse et le niveau historiquement bas de la dette extérieure pouvant surmonter les «chocs» externes, sous réserve d’une nouvelle gouvernance centrale et locale et d’une réorientation de  la politique socio-économique actuelle.

La raison essentielle de la faiblesse du dinar réside finalement en la faiblesse de la production et de la productivité renvoyant au  mode de gouvernance interne de l’Algérie. Cependant, notre pays recèle d’importantes potentialités et il faudra travailler dur pour obtenir le développement économique qui est une condition sine qua non pour la stabilité.

Par le Dr Abderrahmane MEBTOUL, Professeur des Universités et expert international