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Economie de la presse - Modèle

Date de création: 09-05-2016 21:32
Dernière mise à jour: 09-05-2016 21:32
Lu: 336 fois


COMMUNICATION- ÉTUDES ET ANALYSES- ÉCONOMIE DE LA PRESSE - MODÈLE

 

Journée d’étude : « La presse écrite en Algérie : regards croisés d’universitaires et des praticiens du secteur », ENSJSI-BEN AKNOUN/ALGER (Lundi 9 mai 2016)

 

 

                                  DE LA NOUVELLE ECONOMIE DE L A PRESSE

 

Par Belkacem AHCENE-DJABALLAH, professeur associé à l’Ensjsi, journaliste indépendant *

ahdjab@gmail.com

 

 

 

On l’avait annoncé dans nos divers écrits, déjà à partir de la fin des années 90. Aujourd’hui, on le voit, on le sait.

Dans la plupart , sinon dans tous les pays du monde libéral, du moins dans les nouvelles économies libérées - brutalement et sans préparation approfondie -  des contraintes de la propriété collective ou étatique , les paysages médiatiques, carrefours et rond -points des enjeux politiques, idéologiques et financiers , ont été les premiers à en « faire les frais »

. Pour les pays les plus « ouverts » aux réformes, le capital étranger s’est engouffré dans la brèches et s’est rapidement approprié les moyens les plus intéressants, ou en a créé de plus puissants et de plus attractifs ou, alors, il a joué de rôle de partenaire au « savoir-faire » indéniable et incontournable, du moins au départ.

Ceci a été très visible dans les pays de l’ex-bloc soviétique (Europe de l’Est, dont la Russie), mais aussi dans certains pays arabes et africains où, désormais, journaux, radios télés privés et agences de publicité à capitaux privés –tout ou partie – foisonnent. Tout cela dans une atmosphère de concurrence en apparence sauvage, mais qui a l’avantage d’être , sinon loyale, du moins « claire ».Avec , bien sûr, en certains endroits, un pouvoir politique- surtout lorsqu’il est assuré par des « héritiers », vieux ou encore jeunes , des anciens régimes autoritaristes – qui tente de conserver ou défendre son pré-carré (en l’occurrence l’audiovisuel avec une préférence pour la télévision) , mais sans grande conviction (sinon celle financière) , sachant bien qu’il est désormais très « surveillé » par « lanceurs d’alerte » et les nouveaux monopoleurs de la mondialisation- globalisation

En Algérie, nous n’en sommes pas encore là mais, à mon sens, cela ne saurait tarder. Déjà, les appétits capitalises (au sens économique du terme et non idéologique)  s’aiguisent tout particulièrement avec une plus grande ouverture du marché à l’initiative privée et aux Ide....depuis tout particulièrement le début des années 2010. Processus s’accélérant avec la crise financière due à la baisse des ressources pétrolières....et par contre-coup une forte contraction de la ressource publicitaire (baisse de 50% et plus). Le récent rachat du groupe El Khabar en avril 2016 (lui-même lié au groupe El Watan par le biais d’infrastructures communes comme les imprimeries) par un gros industriel, dirigeant une véritable multinationale (Cevital)   annonce la couleur.

 

QUELQUES EXEMPLES A L’ETRANGER

.Le Fonds souverain de l’émirat du Qatar est certainement parmi les plus offensifs ces dernières années , tout particulièrement dans le domaines des médias : fin décembre 2011, il devenait premier actionnaire du groupe Lagardère média avec une prise de participation de 10, 07% (et 7,87% des droits de vote). Le groupe Lagardère (qui est aussi dans l’armement) , premier éditeur mondial de presse magazine, propriétaire de Paris Match et de Elle , possède quelque 212 titres édités dans 45 pays. Son titre , Elle, hebdomadaire féminin, a , à lui seul, 42 éditions internationales..... A noter que Qatar Holding est propriétaire du PSG, d’une partie des droits audiovisuels du championnat de France et de la Champions League de football…

. Autre exemple : le groupe privé chinois Wanda, spécialisé dans les loisirs et la culture (chiffre d’affaires annuel de 16,7 milliards de dollars) , est devenu, en mai 2011, le premier propriétaire mondial de cinémas en acquérant le géant des multiplex aux Etats Unis AMC (American Multi-Cinema ), pour 2,4 mds usd  : 5 000 écrans dans 346 multiplex pour environ 200 millions de spectateurs en 2011. Wanda possède déjà et gère de nombreux cinémas (86 multiplex et 730 écrans en Chine)  , des hôtels de luxe et des commerces en Chine....et il vient de racheter les studios Legendary (actionnaire majoritaire), producteur de Batman, de Jurassic World , de Steve Jobs...  avec pour objectif de faire , avec une somme de 8 mds usd , de l’industrie chinoise cinématographique la première de la planète en cinq ans

. En France, depuis 2014, un homme d’affaires franco-israélien, 3è fortune française, 51 ans, déjà propriétaire de Numéricable , de SFR ( 18 millions d’abonnés racheté à Vivendi pour 13,4 mds usd) de Virgin Mobile, de Portugal Télécom....) , Patrick Drahi, s’est approprié Libération, l’Express, l’Expansion, L’Etudiant...., la chaîne de télé i24 News, une partie de Next Radio TV (BFM Tv et RMC) à hauteur de 49% tous rassemblés dans un groupe de médias géant AMG(Altice Media Group)  &AMP News Co. Le groupe est présent dans 9 pays (dont Israël et les Etats Unis).Depuis fin avril  2016,  Patrick Drahi passe à l’offensive avec une  stratégie de « convergence » entre ses activités dans le secteur des télécoms et dans les médias (contenu et contenant) . SFR, qui compte 18 millions d’abonnés,  va acquérir les activités médiatiques regroupées au sein de la société Altice – elle-même propriété de l’homme d’affaires, et devenir SFR Médias....tout ceci pour lancer cinq chaînes dont 5 sportives pyantes

 

Toujours en France, le mythique quotidien Le Monde, en grosse difficulté de financement,  est finalement repris, en juin 2010, par un groupe d’hommes d’affaires Bergé-Pigasse et Niel (ce dernier est le patron de l’opérateur internet et télécom Free) ....et Bernard Arnault est propriétaire du Parisien-Aujourd’hui en France, de Radio Classique et Les Echos....alors que Bolloré est propriétaire Direct Matin, Canal Plus et C News (ex-iTélé)...et a des participations (25%) dans  Télécom Italia, le premier opérateur télécoms du pays  et compte s’associer ou s’associer à Mediaset de Berlusconi

. Dans le monde on a l’exemple le plus criard, celui de la News Corporation de Rupert Murdoch, troisième groupe médias dans le monde après Time-Warner et Disney qui a racheté , fin 2007, le groupe Down Jones qui comprend The Wall street journal (pour 5,6 mds usd) qui appartenait depuis un siècle à la famille Bancroft, et  le Sun . Le groupe de Murdoch est ,aussi , propriétaire de 42% de la presse britannique (dont le Times)  et de deux bouquets satellites (avec Sky Tv, entre autres), de News of the world, Sunday Times.... et Sky Italia en Italie. On rappelle, que le groupe de Murdoch, tout en étant anti-arabe et pro-sioniste avait noué, début 2010, un partenariat avec le propriétaire du groupe Rotana, le prince saoudien Al Walid. Ils étaient déjà associés puisque Al Walid détenait déjà 7% des parts de la News Corporation. Leur objectif commun : exploiter le marché régional du Moyen Orient

. On se souvient, aussi, de la percée des oligarques russes , en 2009-2010,  qui avaient investi dans la presse d’Europe occidentale (après avoir été écartés de l’audiovisuel national par Poutine) . France-Soir le quotidien créé en France fin 1944 et qui tirait à un million d ’exemplaires/jour avec jusqu’à 9 éditions/jour dans les années 50-60, est repris par Serguei Pougatchev- un proche du Kremlin, qui a placé son fils à la tête du journal......Il  y a , aussi, Alexandre Lebedvev, un ancien du KGB qui avait racheté pour 1livre symbolique le prestigieux The Independant britannique, alors criblé de dettes et le même Lebedvev a racheté le quotidien populaire britannique The Evening Standard

 

Pour ce qui concerne le marché algérien de la communication en général et  celui de la presse en particulier :

. Nous avons eu, une première étape allant de mars-avril 1990 (loi relative à l’Information : libéralisation du champ médiatique) jusqu’à la fin des années 90.

Cette étape a été marquée par ce que l’on coutume d’appeler l’ « aventure intellectuelle », tout particulièrement dans la presse écrite, la publicité ainsi que la production  audio-visuelle.

Des journalistes  dits « indépendants » (encouragés par le gouvernement « réformateur » de Mouloud Hamrouche) sont sortis du secteur public et sont allés créer les premiers entreprises de presse privées afin , certes de réussir commercialement, mais surtout de contribuer à l’émergence et au développement d’une information de service public et d’intérêt général. On restait encore assez militants....et ,d’ailleurs, on restait encore assez attachés au soutien matériel et financier de l’Etat (facilités au niveau des locaux,  de la diffusion, de l’impression et de la publicité)

On est ainsi vite arrivé à l’existence de plus de 250 titres de presse écrite (et d’entreprises de production de la communication  audiovisuelle...par des journalistes et techniciens venus de l’ENPA, de l’ANAF , de l’ENTV et de l’ENRS) et à plus de 400 agences de publicité (surtout des régies) et  à quelques sociétés de diffusion ( créées soit par des journalistes ou par des transfuges des ENAMEP).

A noter que durant cette étape......de démarrage, certains journaux privés ont rapidement connu un certain succès grâce à l’aide DÉSINTÉRÉSSÉE, il fallait le croire, d’entreprises n’ayant rien à voir avec la presse : une aide en matériels informatiques, à l’exemple d’Astein avec Le Soir d’Algérie  (à l’époque, un micro-ordinateur ou une PAO, c’était cher et rare), parfois des locaux, souvent de la publicité....et peut-être un peu d ’argent (par le biais de participations au capital assez symboliques : ex de Rebrab dans Liberté, de Hadji dans El Youm) . A l’image de ce qu’avait fait l’Etat au départ, en 90-91(avance aux partants  de trois années de salaire)   

On a donc vu des sortes de stratégies (peut-être non encore étudiées) d’ « infiltration » dans les directions des entreprises :

L’insécurité ambiante de l’époque qui a suivi n’a pas favorisé la stabilité et la vigilance des rédactions : les journalistes les plus expérimentés (les « pères fondateurs ») se sont vus obligés de se cacher ou de s’exiler, faute de moyens de protection appropriés (les journalistes devenus la cible préférée des terroristes islamistes) et le Conseil supérieur de l’Information  ayant été supprimé, suite au rétablissement du ministère de la Communication.

On assiste alors à une autre démarche , de l’infiltration à l’appropriation d’une bonne  partie du capital (soit en rachetant des actions, soit en augmentant le capital....afin d’obtenir la majorité des actions) . Seuls les journaux à composante multiple faite surtout  de journalistes (El Watan, Le Soir d’Algérie , El Khabar, Le Quotidien d’Oran...) ou les Eurl résistèrent et dont les statuts ne permettraient pas aux actions de sortir, en tout cas facilement , du collectif originel.

Cette appropriation était d’autant plus aisée que la plupart des nouveaux « gros investisseurs » , surtout des industriels ou de « gros «  commerçants détenaient des parts du marché de la publicité . Certains d’ entre- eux, étant arrivés tardivement, ont contourné le processus en s’en allant créer leur propre agence de publicité  et de régie (première source de financement, le lectorat n’étant pas encore bien assis) ,en s’associant, entre autres ,avec des multinationales occidentales ou arabo-asiatiques comme Havas, Rscg, Publicis, Dentsu...ou en facilitant leur entrée sur un marché porteur et prometteur (ex : Karoui et Karoui...)

. Nous avons ensuite , une deuxième étape allant de la fin des années 90 à la fin des années 2000....accompagnant la « libéralisation » encore plus large de l’économie nationale 

Cette étape est marquée par ce que l’on pourrait appeler, pour la presse,  l’ « aventure commerçante », tout particulièrement dans la presse écrite et  la publicité .......la production  audio-visuelle indépendante, c’est-à-dire privée, ayant disparu en grande partie (mis à part les producteurs reconvertis dans le documentaire et dans la publicité étant donné le monopole encore exercé par l’ENTV et l’ENRS et la disparition des salles de cinéma).Ce type d’aventure était la seule permise et on se souvient du groupe Khalifa (transport aérien et banque , entre autres) qui avait essayé de se lancer dans l’audiovisuel (à partir de l’étranger) ...sans résultat durable. Djilali Mehri , un milliardaire, avait, aussi des projets , ainsi que d’autres....qui se limitèrent à la seule presse écrite ou à des « boîtes » de publicité :

On assiste  à l’accélération du mouvement, non encore de concentration, mais surtout d’appropriation de la totalité des capitaux des entreprises existantes (ex : El Youm et Liberté...et on avait déjà parlé d’El Khabar racheté, et la rumeur avait même évoqué El Watan).......toujours avec l‘aide d’un journaliste ou d’un groupe de journalistes, ces derniers obligés qu’ ils sont, encore sans statut et la loi relative à l’Information inappliquée, à « chercher du travail », et tout heureux de le trouver  en un temps de gros chômage, comme pour faire pendant à un Etat qui, d’ailleurs, pousse à cela ou laisse faire , au nom de la liberté d ’entreprise ou, tout bêtement, en guise de punition » (sic !). Les exemples sont connus. Des entreprises   industrielles, commerciales  privées et des personnalités ou personnages politiques sont souvent cités (Blanky, Betchine, Benaoun, Haddad, Djebbari, Djebbar, Idjerouidène, Meguenni, Basta, Mehiaoui, Bensahnoun, Hadji, Nezzar, Bensaadooun, Benferhat, Hadjas, Rahmani, Djezzy, ).Parfois, ce sont de simples « affairistes » à l’affût d’un « placement » qui rapporterait d’une manière ou d’une autre : Un hôtelier, un imprimeur, un restaurateur, un concessionnaire automobile , un regroupeur -diffuseur de presse, un transporteur, un petit entrepreneur, un importateur-exportateur, un ancien syndicaliste .....  Par ailleurs, les partis politiques ne sont pas en reste et après l’échec , durant la première étape quant à la création de journaux partisans et affichant franchement (ou presque) leur couleur politique, ils créent, par le biais d’entreprises SARL commerciales, des journaux (surtout des périodiques) qui défendent leurs orientations (Chorfi pour le Rnd, Daadouâ, Si Affif et  Abdelhamid Mehri pour le FLN en 1992,  avec Saout El Ahrar, selon les époques, Tayeb Houari, Sg de l’Onec..)...

Certains appareils sécuritaires encouragent la continuation de parution (en favorisant surtout l’octroi de quantum publicitaire conséquent au niveau de l’ANEP qui « monopolise » de fait la publicité institutionnelle ainsi qu’au niveau de certaines entreprises commerciales et industrielles privées comme Djezzy ou les concessionnaires automobiles .... le non-paiement à temps des factures d’imprimerie, les plus importantes étant celles du secteur public....et les abonnements des administrations , l’ANEP ayant créé une entreprise de diffusion)  .Ils encouragent , aussi, certains journalistes à créer des journaux favorables au pouvoir en place . Surtout à l’approche d’élections ....tout particulièrement à partir du 3è mandat présidentiel de A. Bouteflika .On avait même vu un quotidien naître à Biskra (créé par le ministre de l’Agriculture d’alors, Barkat).....au titre évocateur ,  El ‘Iza ou el Karama qui a disparu juste après les élections pour le 3è mandat)...de même qu’une chaîne satellitaire de la même veine , Le Président . L’opposition politique  a agit de même  

. Nous avons enfin , une troisième étape allant de la fin des années 2000 à nos jours ....accompagnant la «néo- libéralisation » encore bien  plus large qu’auparavant de l’économie nationale...et avec  une présence plus forte  d’entrepreneurs liés , directement ou  non , au pouvoir en place depuis 1999 (quatre mandats présidentiels)  et pratiquant une « stratégie de placement » de leurs capitaux

Cette étape est marquée par l’apparition lente mais inéluctable  d’un nouveau modèle économique de la presse (1), ce que l’on pourrait appeler l’ « aventure industrielle et commerciale ».Bien sûr, rien n’est conçu à l’avance et tout est spontané et s’imposant de lui-même.

Le hasard a fait que le gouvernement a parlé , en mars 2016, de nouveau modèle économique - la crise financière due à la baisse des prix du pétrole sur le marché international entraînant une contraction de l’économie et des ressources publicitaires (de 50 à 60%) ....En avril, il n’y avait même pas d’avant-projet ou de grandes lignes  de ce projet . Comme si on voulait, involontairement ( ???) , laisser le secteur de la presse (le premier , en mars-avril 1990 à être lancé dans la « libéralisation économique ») essayer les nouvelles règles de la nouvelle économie de marché.

On relève donc que ,depuis le début de la décennie, et cela va s’accélérant, les journaux  font face à de nombreuses difficultés mettant en péril leur existence même (2).

Cela n’était pas très visible au départ car ceux qui étaient touchés étaient des journaux aux tirages limités et à l’influence politique et économique peu importantes, d’autant que le nombre d’employés était assez réduit , la mise au chômage ne soulevant pas de gros débats.

Déjà , sur le terrain, on voyait s’imposer avec force (face au groupe de presse étatique, l’  ATC : Algerie trust communication/SPA, appellation de l’ancienne  SGP Presse et Communication depuis  janvier 2011 (3) . Elle regroupe les entreprises publiques de presse ,  c’est-à-dire les 6 quotidiens  , les  4 sociétés d’impression ( c’est-à-dire SIA, SIO, SIE et SIMPRAL avec 7 unités dont deux au Sud du pays)   une demi-douzaine de  grands groupes de presse bien outillés... : El Watan, El Khabar (avec leurs 5 unités d’impression réparties à travers le pays  ) ce dernier doté d’une chaîne de télé satellitaire  , Ennahar (tirant plus de 300 000 ex) doté de plusieurs  chaînes de télé satellitaire  , Echourouk (tirant près de 400 000 exemplaires/jour) doté de plusieurs  chaînes de télé satellitaire  , Le Quotidien d’Oran (avec son imprimerie à Oran ), Liberté (soutenu par son propriétaire majoritaire, le PDG de Cevital qui avait investi déjà dans l’affichage) , Le Temps d’Algérie (deux quotidiens, l’un en arabe et l’autre en français,  propriétés du groupe ETRHB) doté de deux   chaînes de télé satellitaire.... Il y a aussi quelques autres, certes aux moyens limités mais ayant un capital lecteurs fidèle et un quantum publicitaire minimum : Le Soir d’Algérie, L’Expression, La Tribune 

Le paysage audiovisuel venait ,en effet,  à la veille du 3è mandat présidentiel, d’être envahi par une multitude de chaînes (de contenu algérien mais au siège social se trouvant à l’étranger, en attendant l’application de la loi relative à l’audiovisuel de 2014. Les  rédactions et des entreprises de production se trouvent, pour la quasi-totalité,  en Algérie ; le monopole de la production n’existant plus) . On en décomptait près d’une cinquantaine fin 2015 (52 selon L’Expression –« Ecran libre » -  du mercredi 4 mai 2016) , aussi bien généralistes que thématiques ou publicitaires, émettant pour la plupart, sur le satellite Nilsat et sur le satellite émirati Yahsat. Sans transparence financière aucune , « acceptées » ou encouragées par les institutions , avec , parfois des bureaux accrédités (seulement 5 début 2016), elles ont littéralement « aspiré » , grâce à des conditions tarifaires plus que favorables (dumping pratiqué à outrance ainsi que le « sponsoring »....ce qui a entraîné des durées de vie assez courtes....14 chaînes privées ayant fermé depuis 2014).....une bonne partie  du gisement publicitaire déjà existant, affaibli à partir de 2015 (4), par la crise du pétrole...et une bonne partie du gisement des téléspectateurs qui ,par contre- coup, ont abandonné la presse écrite (déjà un peu bousculée par l’internet). Le grand problème réside non dans leur existence même, profitable au téléspectateur algérien devenu un grand «  zappeur » , mais dans le fait qu’elle étaient, pour la plupart, financées par l’informel algérien , lui-même animé par des hommes d’affaires et industriels installées ou non en Algérie, parfois eux-mêmes liés à des mouvements politiques : Haddad des Travaux publics, Kermiche (d’Ifri),  Mazouz de l’Agro-alimentaire , Takhout des Transports collectifs  et concessionnaire automobiles, Djebbari de l’Immobilier, Meguenni, industriel du carton et propriétaire du Midi Libre, Hadj Zmirli, président du Nahd ,de l’immobilier et la pharmacie,  actionnaire dans El Djazairia Tv, Nabil Amra actionnaire dans El Haddaf Tv et propriétaire du groupe de presse El Heddaf-Le Buteur proche dit-on du Fln, , Belkhadem, Madjer, Si Affif, .......) , un entraîneur de football.....On a eu le propriétaire de « Flash » , et on  va avoir, certainement ,  Rahim  de l’hôtellerie (Arcofina et Ardis)   ...

La crise financière a précipité (à partir de 2015)  le mouvement de contraction des marchés internes , obligeant ainsi des titres – dont les propriétaires et animateurs sont  plus journalistes ou « affairistes »  que gestionnaires - soit à « mettre la clé sous le paillasson» (5)  (ex : Algérie News en français et Djazair News en arabe , de Hamida Ayachi, L’Echo d’Oran en arabe, El Youm, El Ahdath, Le Financier, L’Actualité...et bientôt La Voix de l’Oranie , Sawt El Gharb et El Adjwa en arabe...) , soit chercher à se vendre au « plus offrant » , à l’exemple du rachat de 95% des cactions du groupe El Khabar par Nesprod, une filiale du groupe Cevital du milliardaire Isaad Rebrab (plus de 406 milliards de cts), vente d’El Djazairia TV , recherche de participation extérieure au groupe Echourouk.....

Bien sûr, il y a la loi de janvier 1992 qui , dans ses   articles 16 (agrément incessible) et 25 ( interdiction de possession, contrôle  ou direction par une même personne morale de plus d’ une seule publication d’information  générale de même périodicité ) , pourrait empêcher la concentration, mais gageons qu’il sera aisément contourné et la loi, très mal faite au départ, conçue en fonction d’intérêts circonstanciels et intéressés , va être, à la faveur de la nouvelle Constitution révisée, elle-aussi, certainement adaptée au nouveau « modèle économique algérien », lui-même adapté au nouveau capitalisme algérien (un capitalisme dit « de complaisance », comme on le voit surtout dans les pays à démocratie autoritariste ?)

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------* ancien DG de l’ANEP (84-85) et de l’APS (85-90) , ancien membre désigné du Conseil supérieur de l’Information (90-93)

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                                              NOTES

 

1) Voir la contribution, in L’Expression de Kamel Sidi Said (jeudi 5 mai 2016, p 11) , sur «Presse :  L’autre modèle économique » , dans laquelle il indique , à juste titre, que « si les quotidiens ont admirablement réussi le challenge rédactionnel , ils sont loin d’avoir réussi le challenge organisationnel ....et de grands efforts de gestion s’imposent» .

2)157 titres de quotidiens enregistrés au ministère de la Communication fin avril 2016  selon le bureau d’études Mmg (Note : Agréés certes, mais non obligatoirement visibles sur le marché ou paraissant régulièrement, certains ayant même totalement disparus) . Au total, il y aurait plus de 400 titres de presse toutes périodicités et tous statuts confondus

3)L’Etat est propriétaire, aussi, d’une Agence de presse, l’APS, d’une Agence de publicité, l’ANEP (une SPA) , d’une Entreprise de télévision, l’ENTV avec 5 programmes, les seuls pour l’instant autorisés et une Entreprise de radio, l’ENRS doté de 48 chaînes locales et de plusieurs chaînes nationales généralistes (3) et spécialisées (4). L’Etat a , aussi, le monopole de la diffusion avec TDA. Toutes des EPIC

4) Selon Immar , un institut d’études et de sondage algéro-français  en communication, le marché de la publicité algérien est passé de 13 milliards de dinars (119 millions de dollars) en 2008 à 35 milliards de dinars (320 millions de dollars) en 2015......les télévisions s’accaparant plus de 80 %...et la presse écrite à peine près de 15% environ

Selon le PDG de la SN ANEP (Horizons, mardi 3 mai 2016), il existe un peu plus de 4000 agences de publicité en Algérie dont des agences internationales qui gèrent entre 70% et 80% du marché publicitaire . La régie de l’ANEP ne gère, selon lui, pas plus de 20% du marché publicitaire national. Par ailleurs, il affirme que les grandes entreprises dans les domaines de l’automobile, de la téléphonie et de l’agroalimentaire sont entre les mains de ces agences privées qui brassent jusqu’à 80% du marché

 

5) Selon un rapport de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme , LADDH (El Hayat, mardi 3 mai 2016) , plus de une quarante  titres de presse vont  disparaître dans les mois qui suivent

Le ministre de la Communication déclarait , à juste titre (lundi 25 avril 2016), que « sur les 155 titres de presse quotidienne, il y a  20 ou moins qui ont un poids et une importance sur le marché et sur les 20 , il y a peut-être 10 qui sont érigés et gérés comme des entreprises de presse »