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Exécutif Provisoire mars 1962

Date de création: 05-07-2018 09:39
Dernière mise à jour: 05-07-2018 09:39
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HISTOIRE- ENQUETES ET REPORTAGES- EXECUTIF PROVISOIRE MARS 1962

 

© Mustapha Benfodil/El Watan, lundi 19 mars 2018, Extraits

La république éphémère de Rocher Noir

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http://www.elwatan.com/img/trans.gifIl y a 56 ans, le cessez-le-feu entrait officiellement en vigueur entre le FLN/ALN et l’armée coloniale en vertu des Accords d’Evian. Les mêmes Accords prévoyaient la création d’un Exécutif provisoire chargé, notamment, de gérer la période de transition jusqu’au transfert définitif du pouvoir aux nouvelles autorités de l’Algérie indépendante. Dans une étude intitulée : «L’Exécutif provisoire. Les enjeux d’une transition chaotique» (parue dans l’ouvrage collectif La Guerre d’Algérie revisitée, ed. Karthala, 2015), le professeur Aïssa Kadri apporte un précieux éclairage sur cette période charnière qui a vu la naissance du jeune Etat algérien dans un contexte marqué par des violences inouïes, entre déchaînement meurtrier de l’OAS et luttes de pouvoir entraînant une «guerre des Wilayas» lors de la crise de l’été 1962.

Il y a 56 ans jour pour jour, le 19 mars 1962, à midi, le cessez-le-feu entrait en vigueur entre le FLN et l’armée coloniale. La Guerre de Libération prenait officiellement fin. C’était au lendemain des Accords d’Evian, signés le 18 mars à Evian-Les-Bains, en Haute-Savoie.

Entamés le 7 mars 1962, à l’Hôtel du Parc, les pourparlers entre la délégation algérienne, conduite par Krim Belkacem, et la délégation française, dirigée par Louis Joxe, ministre d’Etat chargé des Affaires algériennes, débouchent sur un accord au terme de 11 jours de négociations, avec, à la clé, un document de 93 pages.

L’article 1 des Accords d’Evian dispose : «Il sera mis fin aux opérations militaires et à toute action armée sur l'ensemble du territoire algérien le 19 mars 1962 à douze heures.» Les Accords prévoient notamment l’organisation d’un référendum pour que les deux peuples «choisissent leurs destins». C’est ainsi que, le 8 avril 1962, un premier référendum fut organisé en France.

Les électeurs devaient se prononcer sur cette question : «Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le président de la République et concernant les accords à établir et les mesures à prendre au sujet de l’Algérie sur la base des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 ?» En clair, il s’agit d’une validation, par le peuple français, des Accords d’Evian. Le «oui» l’emporta avec 90,81% des suffrages exprimés.

Le 1er juillet 1962, un référendum d’autodétermination est organisé en Algérie autour de cette question : «Voulez-vous que l'Algérie devienne un Etat indépendant coopérant avec la France dans les conditions définies par les déclarations du 19 mars 1962 ?» Le «oui», évidemment, triompha avec 99,72% des voix (..................................................................) 

Abderrahmane Farès, notaire de profession, est désigné à la tête de ce gouvernement de transition. Le poste de vice-président est revenu à Roger Roth, natif de Sedrata, avocat au barreau de Philippeville (Skikda), «un homme de dialogue et un ‘‘libéral’’».

Parmi les dix autres membres, cinq représentent le GPRA : Chawki Mostefaï (médecin ophtalmologue, délégué aux Affaires générales ; il occupait le poste de chef de mission du GPRA à Rabat avant d’être désigné chef du groupe FLN au sein de l’Exécutif provisoire), Belaïd Abdesslam (étudiant, chargé des Affaires économiques), Abderrezak Chentouf (avocat, délégué aux Affaires administratives), Hamidou Boumediène (médecin radiologue, délégué aux Affaires sociales) et Mohamed Benteftifa (pharmacien, délégué aux Postes).

Pour ce qui est des deux autres membres « d’«origine européenne», il s’agit de Charles Koenig, instituteur puis professeur de CEG (collège), maire de Saïda ; dans l’Exécutif provisoire, il est délégué aux Travaux publics puis député de Saïda au sein de l’Assemblée constituante.

L’autre délégué est Jean Mannoni, médecin de profession, délégué aux Affaires financières. Enfin, les autres membres algériens sont : Abdelkader El Hassar, avocat, délégué à l’Ordre public ; M’hamed Cheikh, agriculteur et éleveur, chargé de l’Agriculture et enfin El Hadj Bayoud, figure religieuse du M'zab, délégué aux Affaires culturelles.

En soutien à ces hommes, note Kadri, il y a tout un aréopage de jeunes cadres, «une jeune élite» qui «constituera le vivier (…) de l’Etat national en construction». Parmi eux : Mohamed Khemisti, Missoum Sbih, Abdelatif Rahal, Abdelmalek Temmam, Abdelkader Zaibeck, Smail Mahroug ou encore Mohand Mahiou, premier directeur de cabinet de Abderrahmane Farès (.........................................) 

Le président de l’Exécutif provisoire (qui n’est autre que le père de l’écrivain Nabile Farès) est né en 1911 à Amalou, près d’Akbou.

Il s’installe comme notaire à Collo en 1936 avant de s’engager dans une carrière politique au long cours après 1945. Il siège au conseil général du département d’Alger puis devient membre de l’Assemblée constituante en 1946. Marqué par les massacres du Nord-Constantinois de l’été 1955, il se rapproche du FLN.

Il s’installe à Paris en 1956 où il est chargé par la Fédération de France de collecter des fonds. Il décline une offre du général de Gaulle qui lui avait proposé un poste de ministre en 1958. Le 4 novembre 1961, il est arrêté pour «atteinte à la sûreté de l’Etat» et incarcéré à la prison de Fresnes. Il sera libéré le 19 mars 1962, et quelques jours plus tard, le voici donc propulsé à la tête de l’Exécutif provisoire (.................................................... )

La grande majorité des compagnons de Abderrahmane Farès «va être durablement marginalisée pour une large part ou instrumentalisée». «A. Farès fut emprisonné à la suite de F. Abbas qui va démissionner de la présidence de l’Assemblée nationale le 15 août 1963.» Kadri indique que c’est Roger Roth qui succédera à Ferhat Abbas.

Il sera dès lors «le premier président européen de la première Assemblée algérienne». Il explique : «Les deux autres vice-présidents, Hadj Ben Alla et l’Aménokal du Hoggar, se désistant, c’est à la demande de Ben Bella que Roger Roth exerça les fonctions de président en lieu et place de Ferhat Abbas.» «Les autres responsables de l’Exécutif, à l’exception de Belaïd Abdesselam (…), reprirent leurs activités professionnelles et se distancièrent de la politique.»

Ce sera notamment le cas du président Farès. «On sait que l’Algérie indépendante n’utilisa pas longtemps les talents politiques de A. Farès», écrit l’historien Charles-Robert Ageron dans une brève note de lecture consacrée à La Cruelle vérité. «Emprisonné à Fresnes par les Français, il fut arrêté par les Algériens le 7 juillet 1964 et interné à In Salah jusqu’au 7 juin 1965.

Quelques jours plus tard, le colonel Boumediène prenait le pouvoir et A. Farès renonçait sagement à toute vie politique.» Abderrahmane Farès décède le 13 mai 1991, à Zemmouri, près de Rocher Noir. En mai 2016, l’ancien bâtiment qui avait servi de siège à l’Exécutif provisoire, et qui est situé à l’intérieur de l’université de Boumerdès, a été classé officiellement monument historique.