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Kamel Beniaiche, enquête - "Sétif, la fosse commune...."

Date de création: 05-07-2018 09:21
Dernière mise à jour: 05-07-2018 09:21
Lu: 41 fois


HISTOIRE- KAMEL BENIAICHE ENQUETE- «  SETIF, LA FOSSE COMMUNE.... »

Sétif, la fosse commune. Massacres du 8 mai 1945. Enquête  de Kamel Beniaiche (Préface de Gilles Manceron). El Ibriz Editions, Alger 2016, 900 dinras, 337 pages

Mardi 8 mai 1945 : Le monde libre scelle la capitulation des armées nazies.

Le matin, la ville de Sétif est en ébullition. La cité a été repeinte pour l’occasion....Une ambiance de kermesse. C’est, de plus, jour du marché hebdomadaire, ce qui a amené à la ville bon nombre de ruraux.

Environ 8 000 Algériens, sans armes et sans « aâssa » (canne habituelle) doivent défiler , pacifiquement,   scouts en tête (répondant à l’appel de l’AML et du PPA, interdit depuis 1939, selon l’auteur, p 38)  ...et aller déposer une gerbe de fleurs au monument aux morts, et seulement « brandir des slogans politiques », « démontrant leur bonne foi ». Car, des dizaines de milliers d’Algériens sont morts pour libérer l’Europe du nazisme . La France coloniale (dont une bonne partie avait épousé la  « cause » nazie à travers le pétainisme) l’oublie assez vite. En cours de route, le drapeau algérien est brandi......Bousculade. Saâl Bouzid est abattu par le policier européen Olivieri ( Peur ? Une « autorité » mal contrôlée ? Exécution d’ ordres venus d’en haut ? Ou , provocation délibérée ?....). D’autres tirs et « chasse à l’Arabe » . Réaction de la foule...à Sétif et ailleurs, la rumeur ayant la part belle : 103 morts et 110 blessés européens....Répression féroce .....même dans les endroits de la région (et du pays) où il n‘y eut aucun incident durant les défilés.....Jusqu’à Guelma .  Kherrata, El Eulma, Bordj Bou Arréridj,Ain El Kébira, Bougaa, Ain Abbasa, Bouandas, El Ouricia...... 45 000 morts algériens (6 000 tués et 14 000 blessés selon le Gouvernement général de l’époque) , des exécutions sommaires (dans une « chasse aux merles » menée par les troupes – composées entre autres de légionnaires, de soldats sénégalais et marocains - et les milices formées de colons haineux), des emprisonnements sans jugement ou suite à des procès expéditifs, des milliers de disparus sans sépulture victimes d’exécutions extra-judiciaires, des charniers sans compter (dont beaucoup restent encore à découvrir), des villages et douars  entiers bombardés, mitraillés et détruits (300 sorties aériennes en six jours et pilonnages des montagnes des Babors par les forces navales –dont le croiseur « Duguay –Trouin » - à partir des rivages de Bejaia et Jijel )   , des familles et des tribus décimées, des viols, des incendies, des humiliations publiques, des cadavres sans sépulture livrés aux chacals et aux chiens.........les leaders politiques nationalistes accusés d’être responsables des « émeutes » et emprisonnés (à l’exemple du « Tigre », Ferhat Abbas et  du Dr Ahmed Saâdane –qui furent arrêtés dans le salon d’attente du gouverneur général d’Alger, le 8 mai 1945 à 10 h 30. Mis au secret, ils n’apprirent les événements du Constantinois que deux semaines après -  et de Cheikh Bachir Brahimi.....et, même Mme F. Abbas, Marcelle Stoetzel,  sera malmenée et écrouée à El Harrach, puis à Alkbou, puis  en résidence surveillée, à Mascara) , des interdictions de séjours.....des traumatismes pour la vie, que l’on redécouvre à travers les témoignages recueillis auprès de survivants. Même les enfants ne sont pas épargnés. Ainsi , 17 collégiens sont priés «de quitter les bancs du collège » (ex-Albertini)  pour avoir participé à la manifestation de Sétif....On y retrouve les noms de ......Kateb Yacine,  Abdelhamid Benzine, Benmahmoud Mahmoud, Mostefai Seghir, Maïza Mohamed Tahar, Zeriati Abdelkader, Torche M-Kamel, Khïer Taklit, Abdeslam Belaïd, Djemame Abderezak........et , certains  seront, par ailleurs, emprisonnés. Un véritable massacre en « vase clos », la pressse coloniale (mis à part, un peu plus tard, « le Courrier algérien ») et , aussi , « métropolitaine » (comme « Le Monde » ou « Le Figaro ») n’évoquant que les morts européennes. Seules les révélations du Consul général britannique à Alger, Carvell  et du consul de Suisse à Alger, Arber, lèveront, par la suite ,  le voile sur une partie de l’holocauste. De Gaulle, qui dirigeait alors la France (gouvernement provisoire) , ne lui a consacré que deux lignes dans ses « Mémoires ».

 

L’Auteur : Né à Sétif en juin 1959. Ancien professeur de l’Enseignement secondaire, journaliste correspondant d’ « El Watan » (bureau de Sétif) depuis juin 1996.

Extraits « On ne déclenche pas une insurrection avec des mains vides, des cailloux ou des chaises du café de France. Les incidents qui se sont produits dans tous les coins de la région de Sétif ne sont ni plus ni moins qu’une révolte des damnés humiliés par la faim, la misère, les maladies, les injustices et les servitudes » (Un acteur des événements, p 18) , « On ne m’avait pas envoyé dans le trou pour avoir commis un délit, mais pour le seul crime d’être un indigène aspirant , comme beaucoup d’autres, à une citoyenneté pleine et entière » ( Cheikh Ahmed, p 64)

Avis : Onze années de recherche et cinquante témoins . Un livre – pas facile à lire - qui fourmille de détails sanglants et émouvants. Un livre  qui alimente la nécessaire réflexion sur les responsabilités françaises dans la répression (un « crime d’Etat » selon le préfacier Gilles Manceron)  mais aussi qui pousse à s’interroger sur les responsabilités personnelles et particulières...... Un ouvrage qui n’oublie pas de mentionner les meurtres et les violences commises à l’encontre d’Européens

Un ouvrage qui est, aussi, disponible en arabe (nouvelle couverture et à compte d’auteur. Edité en 2018) .

Citation : « Le drame de mai 1945 est ancré dans ma tête. Il a scellé la rupture et construit la haine. Au fil du temps, celle-ci s’est accentuée. Les rapports entre musulmans et colons ne sont plus les mêmes.......Le déclenchement de la Guerre de Libération réveille l’hémorragie qui sommeillait en nous » (Essaïd, p149),